Fred Grappe : "Pinot sous la chaleur ? Il n'y pas de raison que ça se passe mal"

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TOUR DE FRANCE - À l'aube d'un final épique dans les Alpes, la canicule est arrivée sur le Tour. Pour Thibaut Pinot, qui n'aime pas les grosses chaleurs, ce n'est évidemment pas une bonne nouvelle. Mais selon Fred Grappe, directeur de la performance chez Groupama-FDJ, son coureur devrait pouvoir s'en accomoder vu sa forme étincelante. Décryptage.

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Eurosport : Pourquoi certains coureurs supportent beaucoup moins bien la chaleur que d'autres, à l'image de Thibaut Pinot ?
Fred Grappe : Ça c’est comme pour l’altitude, avec les répondeurs et les non-répondeurs : c'est une grosse part de génétique. Certains adorent être sous la chaleur, d’autres non. Mais on peut le travailler. Thibaut a bien progressé par rapport à ça. Il a su, il y a quelques années, que la chaleur lui était compliquée. Il a fallu le sensibiliser, et il a compris qu’il fallait le travailler (depuis l'an dernier, Pinot a installé chez lui un sauna, qu'il utilise après les entrainements, ndlr). Lui n’a pas de problème d’altitude contrairement à d’autres. Chacun a ses points forts et ses points moins forts. Mais il a bien progressé concernant la chaleur.
Pourquoi est-elle si problématique à l'effort ?
F. G. : Plus il fait chaud, plus la température centrale augmente et plus tu es obligé de réduire la puissance que tu développes. Il y a une relation entre température centrale et perception de l’effort. Plus elle l’augmente, et plus le ressenti est difficile. Du coup, il faut se rafraîchir au maximum pour maintenir les watts. Et pour cela, il faut trouver du monde pour ravitailler les coureurs dans les montées de cols. Toutes les équipes ont cette problématique. Récupérer les bidons dans les voitures, ce n'est pas facile parce qu'il faut descendre. Tu peux poster des gens dans les cols, mais quand c’est long, tu ne peux pas en mettre partout. Ainsi, trouver des relais pour passer les bouteilles, c’est aujourd’hui une vraie problématique. Et elle existe dans toutes les équipes. On n’a pas encore résolu le problème du refroidissement pendant l’effort.
Et pour l'heure, on la "combat" comment cette chaleur ?
F. G. : Deux types de refroidissement peuvent s’exercer. Il y a ce qu’on appelle le "cooling interne", qui consiste à faire baisser la température centrale en buvant une boisson plus ou moins fraiche. Il ne faut pas non plus que ce soit trop frais, mais ça marche. Et il y a le "cooling externe", en s’aspergeant d’eau sur le corps et le visage. Mais derrière, tu chauffes à nouveau très vite. C’est pour cela qu'on fait maintenant beaucoup d’entrainements sous la chaleur, pour habituer ton organisme à beaucoup plus transpirer, à évacuer la chaleur, etc…
La canicule qui s'est installée sur le Tour va-t-elle être un facteur décisif ?
F. G. : En tout cas, c’est le plus gros facteur déclenchant de défaillances. Plus il fait chaud, plus tu auras de différences entre les coureurs. Tu peux regarder : à chaque fois qu’il y a eu des gros écarts sur le Tour et ailleurs, c’est quand il faisait chaud, comme à la Pierre-Saint-Martin en 2015. Si tu manques de fraicheur, avec un niveau de fatigue important, la chaleur te fait craquer beaucoup plus vite. Si t’es frais en 3e semaine et qu’il fait chaud, tu passes beaucoup mieux. Le niveau de fatigue accumulé sur les deux premières semaines va compter énormément sous la chaleur. Ceux qui n’ont pas bien récupéré risquent d’exploser.
Doit-on s'inquiéter pour Thibaut Pinot ?
F. G. : Pas plus que ça. Comme il a bien assimilé les deux premières semaines, il est dans une dynamique de performance. Il évolue à 100% de ses moyens, et quand tu es dans un état comme celui-ci, avec tous les voyants au vert, la chaleur passe généralement beaucoup mieux. Il n'y pas de raison que ça se passe mal. Vu qu'il se sent bien, voici ce qu'il devrait se passer : pour une intensité donnée, il va se situer en principe une demi-zone d’intensité en-dessous des autres. Et ça c’est important. Si on se met sur une échelle de perception d'effort qui va de 0 à 10, lui sera peut-être à 4 sur 10 quand d’autres seront à 5 ou 6. Et plus t’es bas en perceptif, plus tu peux aller loin. Le vrai indice de performance, ce sont les watts que tu produis en fonction de ta perception de l’effort.
Donc en fait, cette chaleur serait même une bonne nouvelle pour lui ?
F. G. : Non, je n’irais pas jusqu'à parler de bonne nouvelle. Je préférerais qu’il fasse moins chaud, plus tempéré. Il ne faut pas qu’il fasse trop chaud, car ça peut être vite compliqué. On verra bien, mais la chaleur laisse de l’incertitude quand même.
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