Getty Images

Le paradoxe Thomas

Le paradoxe Thomas

Le 22/07/2019 à 09:12Mis à jour Le 22/07/2019 à 16:41

TOUR DE FRANCE - Geraint Thomas 2e, Egan Bernal 5e... Ineos peut toujours briguer la victoire finale à Paris. Mais la formation britannique est moins souveraine que par le passé, à l'image du tenant du titre, qui a encore concédé du temps dimanche. Pourtant, le Gallois parait plus confiant après cette 15e étape.

Geraint Thomas est le Poulidor de ce week-end pyrénéen au sens large. 2e du contre-la-montre vendredi derrière Julian Alaphilippe, le Britannique semble également scotché à cette position de dauphin au classement général. Toutefois, même s'il n'avait pas eu droit au bouquet dans le chrono autour de Pau, Thomas paraissait alors en position de force.

C'était avant qu'il ne s'affaisse au Tourmalet puis au Prat d'Albis. Impérial en haute montagne lors de son sacre en 2018, le tenant du titre est nettement plus friable cette fois. "C'est facile de se souvenir du bon temps de l'année dernière et se dire 'je devrais voler', mais j'ai souffert aussi parfois l'an passé et ça ne marche pas comme ça de toute façon", a-t-il rappelé dimanche.

Geraint Thomas

Geraint ThomasEurosport

Maillot jaune virtuel ?

En deux jours, il a ainsi concédé une minute et quarante-et-une secondes à Thibaut Pinot, soit, à une seconde près, le bénéfice du coup de bordure d'Albi. Retour à la case départ. Pour le leader du team Ineos, c'est vraiment l'histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. Tout est affaire de perspective. Il n'est sans doute pas le plus fort actuellement, mais, jusqu'à preuve du contraire, il y a beaucoup plus de monde derrière que devant lui au général.

Seul Julian Alaphilippe le précède encore dans la hiérarchie, et rien ne dit que le Français sera en mesure de tenir trois semaines. Son affaissement, dimanche, dans la montée finale, indiquerait plutôt le contraire. En étant un peu audacieux et très optimiste pour lui, on pourrait donc même avancer que Geraint Thomas est une sorte de maillot jaune virtuel de ce Tour de France 2019.

Vidéo - Prudhomme : "Avoir un gros point d'interrogation sur le vainqueur final, ça fait plaisir"

02:18

Les jambes et la tête

Du coup, autant on l'avait senti touché samedi au Tourmalet, autant il a affiché une certaine confiance dimanche sur les hauteurs de Foix, où il a pourtant cédé davantage de temps sur un Thibaut Pinot. Mais il en a aussi repris à Alaphilippe. "C'est une bonne journée, a-t-il jugé au terme de ce 15e acte. Je me suis senti mieux qu'hier (samedi, NDLR), c'est certain, les jambes ont mieux réagi." Au moins autant qu'avec les jambes, il a fallu courir avec la tête, dimanche. "Tactiquement, c'était une étape compliquée, confirme-t-il. Je ne voulais pas faire la montée en gardant Alaphilippe dans ma roue. Alors on l'a laissé rouler un peu." Et il a "autorisé" Egan Bernal à suivre Thibaut Pinot.

Le Colombien reste le facteur X des Ineos et, par conséquent, du destin de Geraint Thomas. Allié, coéquipier, lieutenant mais aussi rival de fait, le jeune Colombien a eu son bon de sortie. "'G' m'a dit que je pouvais suivre les mouvements et faire ma propre course, confie Bernal. Il m'a dit que ce serait mieux si on avait deux cartes à jouer."

Reste que le leader, à défaut d'être pleinement le patron, c'est toujours Thomas. Parce qu'il est tenant du titre et qu'il est devant au général. "Si, à n'importe quel moment, je dois me sacrifier pour que Geraint Thomas gagne le Tour, je le ferai avec plaisir", assure d'ailleurs le maillot blanc.

Le cul entre deux selles

Entre eux, promis, pas le début de l'ombre d'une embrouille. "Le sujet, ce n'est pas Geraint ou Egan, jure Bernal. L'important, c'est l'équipe. La communication est très bonne entre nous, nous sommes très honnêtes l'un envers l'autre. Si un jour je sens que je suis à la limite, je le dirai à Geraint, il n'y a aucun doute là-dessus."

En position de gagner son deuxième Tour consécutif mais fragilisé, Geraint Thomas a le cul entre deux selles. Mais l'important reste d'être dans le coup. "Il y a tant de gars dans le coup cette année..., constate-t-il. Tout le monde va ressentir la fatigue, il faut serrer les dents et continuer. J'espère que mon expérience de l'année dernière va m'aider."

On aurait tort de minimiser les chances d'Ineos en général et celles de Geraint Thomas en particulier. Avec son Tour de Suisse avortée, il est arrivé avec un déficit de références et de jours de course. Mais cette fraicheur pourrait se muer en atout dans cette dernière semaine. Là où tout reste à écrire.

Vidéo - Thomas et Bernal : Changement de braquet en dernière semaine ?

03:10
0
0