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Les débats du Tour : Ineos doit-il tout miser sur Bernal ?

Les débats du Tour : Ineos doit-il tout miser sur Bernal ?

Le 26/07/2019 à 09:03Mis à jour Le 26/07/2019 à 10:59

TOUR DE FRANCE - Chaque jour, trois questions sont posées à des membres de la rédaction. Chacun donne son point de vue et vous invite à prendre part à la discussion. Ce jeudi, on s'interroge sur les trois hommes qui monteront sur le podium à Paris.

Ineos doit-il miser sur Bernal ?

Julien Chesnais

Au sortir des Pyrénées, j'avais fait du Colombien mon favori. Ce que j'ai vu sur la route de Valloire ne m'a évidemment pas fait changer d'avis. En se montrant irrésistible dans le Galibier, Bernal s'est à la fois positionné comme l'homme fort de cette fin de Tour et l'atout number one d'Ineos. De plus, Bernal est désormais devant Thomas au général. Ce n'est que cinq secondes. Mais symboliquement, ça compte. La formation britannique va-t-elle ériger Bernal comme son vrai leader au détriment de Thomas ? Je ne sais pas si elle osera le faire. Mais pour moi, c'est la meilleure stratégie à appliquer pour espérer finir en jaune.

Vu la résistance d'Alaphilippe, Ineos ne peut plus se permettre d'attendre les trois derniers kilomètres du dernier col de la journée pour attaquer. Elle se doit de prendre des risques. Si j'étais DS chez Ineos, voilà mon plan de bataille pour vendredi : j'envoie deux hommes dans l'échappée (disons Van Baarle et Kwiatkowski) puis Geraint Thomas passe à l'attaque dès l'Iseran, dont le sommet est placé à seulement 37km de l'arrivée.

Dans la descente, il revient sur ses deux équipiers qui font le taff sur la quinzaine de kilomètres de plat avant de déposer leur leader, frais comme un gardon, au pied de Tignes (7,4km à 7%). Pas sûr qu'il aille au bout. Mais qu'importe. Car derrière, pour limiter l'écart, Alaphilippe est obligé de se découvrir, tout comme Pinot, Kruijswijk et Buchmann. Bernal, lui, fume la pipe avant de crucifier tout le monde dans les derniers kilomètres. Emballé, c'est pesé. Et voilà Bernal en jaune vendredi soir. Ou en très bonne position de l'avoir avant Val Thorens.

Laurent Vergne

Jeudi, Egan Bernal était le plus fort. Mais si ce Tour nous a appris une chose, c'est que la vérité d'un jour n'est pas celle du lendemain. Le jeune Colombien constitue sans doute le meilleur atout du Team Ineos dans cette troisième semaine, mais rayer purement et simplement Geraint Thomas de la carte me semble risqué, et même un peu absurde. Cinq secondes seulement séparent Bernal du tenant du titre. Autant dire rien du tout.

La formation de Dave Brailsford a toujours deux cartes maitresses à abattre en fonction des circonstances. Une chose est sûre en revanche : Bernal jouit d’une totale liberté de mouvement. Ce sera sans doute encore plus vrai dans les deux jours à venir puisqu'il se retrouve pour la première fois devant Thomas au général, mais le Prat d'Albis et le Galibier ont prouvé qu'il n'avait pas besoin de cela pour avoir le droit de jouer sa carte. Jeudi, Thomas lui a à nouveau donné le feu vert, signe qu'il ne se sent pas au-dessus de la mêlée.

Mais le Britannique parait tout de même monter en puissance. Et tant qu'il n'aura pas décroché au classement général, il reste un client et un candidat. Peut-être l'étape de Tignes, vendredi, clarifiera-t-elle la donne entre les deux hommes. Mais si ce ne devait pas être le cas, et que cinq minuscules secondes séparent toujours Bernal et son leader de début de Tour, il pourrait y avoir un bon mal de crâne au briefing matinal à Albertville chez Ineos...

Vidéo - "Il n'y a plus qu'un leader chez Ineos, c'est Bernal"

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Alaphilippe a-t-il fait le plus dur ?

Julien Chesnais

Sur le papier, cette première étape alpine était la plus dangereuse pour Alaphilippe. Le maillot jaune y a finalement survécu, ne concédant du temps qu'à un seul concurrent (Bernal), et dans des proportions tout à fait raisonnables (32''). L'opération comptable est excellente. Mais l'impression laissée par le Français laisse craindre que le pire est finalement à venir.

Comme à Prat d'Albis, le maillot jaune a encore affiché ses limites en craquant dans les derniers hectomètres du Galibier. Il n'a dû son salut qu'au démarrage tardif de la grande bagarre et à la présence d'une descente pour rallier l'arrivée, une portion qui lui a permis de combler son retour sur le groupe principal. Vendredi et samedi, il n'aura pas cette opportunité. Pas de descente pour se rattraper, mais deux arrivées au sommet.

Celle de Tignes est courte (7,4km à 7%). Celle de Val Thorens, en revanche… La dernière ascension du Tour est celle qui me fait le plus peur pour Alaphilippe (33,4km à 5,5%). Il n'y aura pas loin d'une heure et demie d'effort. Une éternité à grimper, si loin des caractéristiques du Français. D'ici Paris, c'est là qu'il sera le plus en danger.

Laurent Vergne

Malheureusement pour, lui, non. Sur le papier, l'étape de jeudi était certes l'étape-reine avec les deux monuments que sont l'Izoard et le Galibier, mais ce n'est pas tant le poids historique des difficultés que la manière dont elles sont abordées qui détermineront l'impact de chacune des trois étapes alpestres sur le dénouement de ce Tour. Jeudi, l'Izoard s'est monté au train (élevé, certes, mais au train), et personne n'a bougé avant les tous derniers kilomètres du Galibier. Pour Julian Alaphilippe, c'était un moindre mal.

Surtout, le maillot jaune a su tirer profit du fait que l'arrivée était jugée dans la vallée, après une descente. Sans quoi sa position serait plus fragile à l'issue de ce 18e acte. Vendredi, à Tignes, et samedi, à Val Thorens, la ligne sera tracée au sommet de ces deux ascensions. S'il coince comme au Prat d'Ablis et au Galibier, il n'y aura pas d'appel. La sanction sera immédiate. Et les chances de voir une échappée aller au bout semblent plus faibles qu'à Valloire. Les bonifications pourraient donc également jouer leur rôle et amplifier toute faiblesse du numéro un mondial.

Il est plus que jamais dans le coup et ses rivaux jouent avec le feu en ne l'attaquant pas de plus loin. S'ils attendent systématiquement les 4-5 derniers kilomètres de la dernière ascension, rien ne dit que les Ineos pourront combler leur minute trente de handicap. Mais s'il peut toujours rêver du maillot jaune sur les Champs, Alaphilippe est loin d'avoir fait le plus dur. Il a juste franchi une marche. Les deux qui suivent s'annoncent au moins aussi hautes. Ainsi va cette dernière semaine dantesque.

Vidéo - Durand : "C'est loin d'être gagné, mais Alaphilippe a fait un grand pas"

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Est-ce que Bardet va ramener le maillot à pois à Paris ?

Julien Chesnais

Je pense, oui. Grâce à sa razzia de jeudi (68 points pris), le Français a pris les commandes du classement de la montagne avec une marge intéressante. Wellens n'est qu'à 12 points, mais le Belge me semble trop inférieur à l'Auvergnat pour représenter une réelle menace. Pareil pour Caruso, son prochain poursuivant sur la liste. Avec 28 points de retard, Quintana est son premier réel adversaire. Mais maintenant qu'il s'est replacé au général, le Colombien n'aura plus le bon de sortie. Vendredi, quarante points seront à prendre à l'Iseran, un sommet où l'échappée a de grandes chances d'être encore devant. Bardet pourra en être. Pas Quintana.

Le leader d'AG2R La Mondiale aura donc à cet endroit précis une vraie chance de faire le break, sur Quintana et tout les autres. Derrière, il ne restera plus que 67 points à prendre jusqu'à la fin du Tour, dont quarante à Val Thorens, où un favori devrait s'imposer. Pour l'heure, le mieux placé des cadors est Thibaut Pinot. Son retard n'est que de 36 points. Mais le Franc-Comtois a d'autres à chats à fouetter. Si ce n'est pas gagné d'avance pour Bardet, l'Auvergnat me semble en bonne position pour ramener le maillot à pois à Paris. Un lot de consolation bien relatif vu ses prétentions d'avant-Tour.

Laurent Vergne

Une journée pour sauver un Tour ? Romain Bardet n'a pas gagné à Valloire, Nairo Quintana était bien trop fort pour lui dans le Galibier, mais il n'a pas tout perdu en endossant le maillot à pois de "meilleur grimpeur". La 18e étape était richement dotée en points et a permis au leader de l'équipe AG2R La Mondiale de revenir de nulle part pour s'installer en tête du classement dédié à la montagne.

Pour Bardet, tout risque effectivement de se jouer à l'Iseran, où 40 points seront à nouveau distribués. S'il en a la force, il a donc tout intérêt à tenter de prendre l'échappée vendredi et d'aller cueillir de gros points au sommet. Quitte à exploser ensuite. Peu importe, puisque Tignes rapportera quatre fois moins de points. Autre bonne nouvelle pour Bardet, Quintana, sans doute son principal adversaire, est revenu suffisamment près au général pour ne pas bénéficier d'un nouveau bon de sortie en début d'étape. Bardet, lui, n'aura pas ce problème.

Mais, au fond, si je serais très heureux pour le natif de Brioude s'il devait monter sur le podium protocolaire dimanche avec son beau maillot à pois, ce serait un peu triste pour cette distinction. Le maillot à pois a du prestige et il mérite mieux que d'être un simple prix de consolation ou un objectif tardif, par défaut. Malheureusement, cette édition 2019 confirme que les organisateurs n'ont toujours pas trouvé la bonne formule. Elle change tous les ans, et celle adoptée cette année (points doublés pour les quatre cols hors catégorie à plus de 2000m) n'est pas plus convaincante que les précédentes. La "victoire" de Bardet serait une défaite de plus pour le maillot à pois.

Vidéo - Durand : "Le maillot à pois, Bardet l'a dans les jambes"

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