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Les débats du Tour : Quels ont été les trois moments les plus forts de cette Grande Boucle ?
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Publié 29/07/2019 à 22:44 GMT+2
TOUR DE FRANCE - C'est l'heure des bilans pour cette Grande Boucle 2019. Dans cette troisième et dernière partie, nous nous penchons sur les meilleurs moments de cette 106e édition.
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Crédit: Eurosport
Jean-Baptiste Duluc
L'abandon de Pinot
Pas besoin de beaucoup réfléchir tant ces trois moments m'ont fortement marqué. Il me paraît impossible de ne pas mettre l'abandon de Thibaut Pinot en moment le plus fort de ce Tour 2019. Le grimpeur de la Groupama-FDJ cristallisait tellement d'espoirs, semblait si fort, si déterminé et pourtant si humain que je n'ai pas pu m'empêcher d'être atterré par sa blessure. Il y a quelque chose d'irrationnel, autant dans sa malchance que dans la réaction qu'elle inspire. Je ne suis pas un fan de Pinot de base mais comment peut-on ne pas l'apprécier ?
La 19e étape stoppée net
Ensuite, la neutralisation de la 19e étape restera sans nul doute l'autre gros moment fort de ce Tour. Ce moment, irréel, où les coureurs apprennent qu'ils ont franchi la ligne d'arrivée quelques kilomètres plus tôt au sommet de l'Iseran parce que la route est impraticable plus loin, alors qu'ils sont lancés dans la descente, restera gravé dans l'histoire de l'épreuve. Certes, c'est "extérieur" à la course (par opposition à une chevauchée d'un coureur par exemple), mais c'est du jamais vu sur la Grande Boucle. Le choix des organisateurs de prendre les temps au sommet de l'Iseran, à la main, à l'ancienne, participe encore un peu plus au côté irréel de ce moment. Quand bien même, cela a faussé la course.
Le doublé Alaphilippe - Pinot au Tourmalet
Enfin, comment ne pas parler du duo Pinot-Alaphilippe dans le Tourmalet ? Voir un Français s'imposer au sommet d'un col mythique n'est pas si fréquent (Alpe d'Huez avec Rolland en 2011, Riblon en 2013 et Pinot en 2015, Izoard avec Barguil en 2017), pas plus qu'en voir un remporter une étape de montagne à la pédale (Bardet à Saint-Gervais en 2016 et Peyragudes en 2017). Alors, forcément, voir Pinot s'imposer en costaud, à la pédale, au sommet du Tourmalet a quelque chose de "jouissif". Quand en plus le deuxième s'appelle Alaphilippe et qu'il conforte son maillot jaune sur le futur vainqueur, Bernal, et le tenant du titre, Thomas, à l'arrivée… On ne pouvait qu'adorer !
Laurent Vergne
Bruxelles célèbre Merckx
Paradoxalement, la première image qui me vient en tête n'est pas une image de course, et ce Tour n'avait même pas commencé. Mais il était déjà réussi. L'idée de s'élancer de Bruxelles pour fêter le 50e anniversaire du premier sacre d'Eddy Merckx était une très belle initiative. Il est toujours mieux de rendre hommage aux gens tant qu'ils sont encore là. Entendre la foule immense hurler "Eddy ! Eddy ! Eddy" sur la Grand-Place de Bruxelles le soir de la présentation des équipes, c'était quelque chose. Vraiment. Christian Prudhomme a dit samedi à Val-Thorens que les coureurs avaient peut-être été inspirés par l'esprit d'Eddy Merck, et je ne suis pas loin de penser comme lui.
Pinot et Madiot au Tourmalet
La victoire de Thibaut Pinot au Tourmalet, à la pédale, a suscité un fol espoir. Si je n'ai jamais réussi à envisager Julian Alaphilippe en vainqueur du Tour, ce jour-là, j'ai été convaincu que Pinot, lui, en avait les moyens. Pour la première fois depuis Laurent Fignon en 1989 j’ai vraiment commencé à envisager cette possibilité. Un moment sublimé par l'envers du décor et la façon dont Marc Madiot l'a vécu en "coulisses". "Oui mon grand ! T'es grand ! T'es un grand !"
On peut trouver Madiot parfois irritant, cassant, énervant. Et ce type de manifestations me semble souvent trop extrêmes pour être complètement honnêtes. Mais là, je n'y ai rien vu d'autre que de la sincérité. De la passion. Et beaucoup d'amour d'un manager pour son coureur. Ce type de moments-là aident à traverser ceux comme l'abandon de Pinot, six jours plus tard, et à la reconstruction qui devra suivre. Dans ce moment-là aussi, d'ailleurs, Madiot a montré beaucoup d'affection à son coureur. Avec d'autres mots, un autre ton, mais la même sincérité et le même attachement.
Les larmes de Bernal
La journée du vendredi 26 juillet restera comme une des plus folles et des plus chargées en émotions de ces trente dernières années. De l'abandon de Thibaut Pinot au déchainement météorologique, ce fut une étape certes avortée mais appelée à rester. Mais au-delà des montagnes russes émotionnelles et du scénario improbable, cette 19e étape du Tour 2019 aura aussi marqué la prise de pouvoir d'Egan Bernal. Une page d'histoire, puisqu'elle a débouché sur la première victoire d'un coureur colombien, qui plus est extraordinairement jeune. Le moment où le jeune Egan a commencé à comprendre, lors du passage obligé de l'interview "officielle", était particulièrement fort. Visage dans les mains, en pleurs, le poids de l'Histoire venait de le happer.
Simon Farvacque
La 19e étape stoppée net
Le premier moment qui me vient à l’esprit, à l'évocation de ce Tour, est le fameux dénouement de la 19e étape, tronquée par Mère Nature. L’incompréhension qui a d’abord primé, les images des routes impraticables, celles de Julian Alaphilippe s’en allant en voiture en mode rock star, le temps de latence concernant les répercussions de cet arrêt précipité au classement général, la correction de celui-ci, plusieurs heures après la "fin" de cette étape mythique : le tout fait que j’espère un jour avoir à répondre à la question : "Papa, pourquoi personne n’a gagné la 19e étape du Tour de France 2019 ?"
L'abandon de Pinot
Le plus fou est que ce 19e opus n’a pas attendu que les éléments se déchaînent pour être marquant. Quelques heures avant de basculer dans l’incongru, le Tour avait perdu l’un de ses prétendants, en la personne de Thibaut Pinot. Son abandon, après à peine plus d’une heure de course, en raison d’une blessure musculaire, est l’un des temps forts de ce Tour de France. Parce qu’il avait été le cador des Pyrénées. Parce qu’il lui a fallu un quart d’heure pour renoncer. Parce qu’il semblait se battre autant face à sa douleur que face à sa réputation de coureur fragile. Parce que sa détresse a été poignante.
Le show "Alaf-Pinot" à Saint-Etienne
Plus que leur doublé au sommet du Tourmalet, je retiendrai l’attaque de Julian Alaphilippe et de ce même Thibaut Pinot sur la route de Saint-Etienne. C’est à cet instant que je me suis dit que l’on vivait un Tour différent des précédents. Même s’il ne l’a finalement été que partiellement. Le Tourmalet comporte quelque chose de mythique mais en faisant abstraction du nom de ce monument du Tour, je trouve que cette attaque conjointe, lors d’une journée qui aurait pu être anodine, est plus parlante.
De plus, l'offensive du duo français ne doit pas occulter les performances de Thomas De Gendt... et Peter Sagan. Ce qu’a réalisé le Belge ce jour-là, en résistant à Alaphilippe et Pinot à l’issue d’une échappée entamée dès le premier kilomètre de course, est prodigieux. Ce qu'a fait le Slovaque, lâché à 50 km de l'arrivée mais 5e sur la ligne, maillot vert conforté, est remarquable. A défaut de rester dans les annales, la 8e étape du Tour de France 2019 est gravée dans un coin de ma tête.
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