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Les débats du Tour : Alaphilippe, stop ou encore ?

Les débats du Tour : Alaphilippe, stop ou encore ?

Le 18/07/2019 à 20:22Mis à jour Le 19/07/2019 à 10:58

TOUR DE FRANCE - Chaque jour, trois questions sont posées à des membres de la rédaction. Chacun donne son point de vue et vous invite à prendre part à la discussion. Avant le rendez-vous capital de vendredi dans le Béarn, les débats sont "100% chrono".

Alaphilippe, stop ou encore ?

Julien Chesnais

Je crois dur comme fer aux chances de Julian Alaphilippe. Sans être un vrai spécialiste de l'effort solitaire, l'Auvergnat est redoutable dans l'exercice, surtout quand le parcours n'est pas trop long et qu'il propose des petites aspérités. Ça tombe bien, le chrono de Pau (27,2 kilomètres bien vallonnés) rentre exactement dans ce cadre. "Il me correspond bien" affirmait ainsi Alaphilippe, jeudi soir. Il compte 1'12'' d'avance sur Geraint Thomas, qui est à la fois son premier poursuivant et sa plus grande menace à Pau. Le Gallois est même sans doute la seule. C'est confortable.

Ne l'oublions pas, Alaphilippe a déjà remporté un chrono au niveau World Tour lors de l'édition 2017 de Paris-Nice et en a gagné un autre en janvier sur le Tour de San Juan. Lors de sa dernière sortie sur prolongateurs, sur le Dauphiné, il avait pris la 7e place à seulement 59'' du vainqueur Wout van Aert. La distance était semblable à celle de vendredi (26,1km) mais Thomas n'était pas là, ce qui limite la comparaison. Lors de leur dernière confrontation, sur le Tour du Pays basque en avril, le Français avait mis 18'' au Britannique en 11 kilomètres.

Certes, le contexte sera complètement différent à Pau : Alaphilippe découvrira ce qu'est un chrono de grand Tour sous haute-pression, tout l'inverse de Thomas, pour qui ce sera la routine. Mais pour moi, si chacun performe à son niveau, le maillot jaune ne changera pas d'épaules. Et je pense qu'Alaphilippe saura élever le sien avec son costume doré.

Julian Alaphilippe, maillot jaune du Tour 2019 à Epernay

Julian Alaphilippe, maillot jaune du Tour 2019 à EpernayGetty Images

Laurent Vergne

72 secondes. En 27 kilomètres. Voilà la donne pour Julian Alaphilippe. Ce n'est pas mission impossible pour le Français et je ne tomberai pas de l'armoire si, vendredi, il est toujours en jaune. Je pense même qu'il n'a pas fini de surprendre dans ce Tour et sans prédire un destin à la Voeckler 2011, où l'Alsacien avait bluffé tout le monde en jouant d'égal à égal avec tous les favoris en haute montagne, je serais étonné de le voir sombrer dans les Pyrénées.

Ce postulat posé, ce serait tout de même une surprise pour moi de voir Alaphilippe conserver sa position après le contre-la-montre. Et ce n'est pas tant un acte de défiance envers lui que la crainte de voir Geraint Thomas passer la concurrence à la moulinette. Le Gallois a pour moi déjà levé les doutes sur sa condition. Le Thomas de 2018 n'est déjà plus très loin et, s'il est à son niveau du précédent Tour, je crains que la marge de manœuvre du numéro un mondial ne soit un peu trop ténue.

Même si Alaphilippe a beaucoup progressé dans cet exercice, et même si le tracé palois devrait plutôt lui convenir, on ne l'a encore jamais vu rivaliser avec un ténor comme Thomas dans le contexte d'un grand Tour. Les références de la saison, notamment le Tour du Pays basque, ne me semblent pas constituer des points de repère instructifs. En avril, Thomas avait déjà le mois de juillet en tête. Alaphilippe carburait à 100%.

Combien Pinot va-t-il lâcher sur le chrono ?

Julien Chesnais

Le Franc-Comtois n'a pas retrouvé son niveau de 2016, qui lui avait permis de remporter le chrono du Tour de Romandie et le titre de champion de France, mais il s'en rapproche depuis quelques mois. Son changement de position opéré cet hiver semble avoir porté ses fruits. En privilégiant le confort à l'aérodynamisme (il a modifié sa position sur les prolongateurs, pour être plus haut), le Français a grapillé quelques watts. Regardez ses trois sorties chronométrées de l'année. Elles ont à chaque fois accouché d'un résultat solide (15e au Tour de Provence, 21e sur Tirenno-Adriatico puis 12e au Dauphiné).

Trois chronos où son plus mauvais ratio "temps perdu par kilomètre" a été de 3''1/km, sur le Dauphiné. Et encore celui-ci a été calé sur l'extra-terrestre Wout van Aert, qui avait collé au Français 1'21'' en 26km et avait repoussé son premier poursuivant à 31''. Si on applique ce ratio lors du chrono de Pau, cela fait 1'24'' de perdues sur le vainqueur, qui sera peut-être Geraint Thomas.

Ce ne sont que des mathématiques, mais je pense qu'il s'agit d'un écart tout à fait crédible entre le Français et le Gallois. Vu la forme de Pinot et "la rage" qui l'anime depuis l'épisode d'Albi, j'aurais même tendance à déplacer le curseur vers la minute. Voire un peu moins.

Laurent Vergne

Parmi les favoris, Thibaut Pinot est peut-être celui qui a produit la meilleure impression depuis le début de ce Tour de France. Entre la Planche des Belles Filles et Saint-Etienne, il a prouvé qu'il avait des jambes de feu. Sur le fond, la regrettable histoire de la bordure albigeoise ne change rien : Pinot est en grande forme et c'est lors des trois prochaines journées qu'il saura exactement ce qu'il peut espérer dans cette édition 2019.

Reste que le contre-la-montre, premier opus de ce long week-end si important, n'est pas sa tasse de thé ou, à tout le moins, ce n'est pas son principal point fort. Sauf incident, il est acquis qu'il perdra du temps sur un garçon comme Geraint Thomas. Quel serait un bon chrono pour lui ? S'il ne cède pas au-delà d'une minute trente, il pourra s'estimer satisfait de sa journée, même si, dans l'absolu, cela doublerait son débours de la bordure et compromettrait sans doute pour de bon ses chances de victoire dans le Tour, si tel était son idée.

On le dit en colère depuis lundi. A juste titre. Ce sentiment est à double tranchant. Cette rage peut irriguer ses jambes et lui permettre de se transcender, mais il reste tout de même à voir comment il aura géré nerveusement les évènements du début de semaine, qui ont tout de même sérieusement contrarié ses plans et le placent sous pression avant ce chrono. Au-delà de sa condition, tout dépendra donc de son approche psychologique de ce rendez-vous. Moins d'une minute trente et la journée sera bonne. Au-delà de deux minutes, ce sera un échec. Viser entre ces deux cibles me parait raisonnable, la barre des deux minutes me semblant peut-être plus crédible (malheureusement) que celle des 90 secondes.

Thibaut Pinot | Groupama-FDJ

Thibaut Pinot | Groupama-FDJGetty Images

Qui est le favori du contre-la-montre ?

Julien Chesnais

Sans Christopher Froome, Tom Dumoulin, Primoz Roglic, Bob Jungels et désormais Rohann Dennis, le plateau des rouleurs s'est considérablement affaibli en vue du seul contre-la-montre individuel du Tour. Cette cascade d'absences propulse Geraint Thomas comme le grand favori pour vendredi. Prenez ces deux derniers chronos sur le Tour. Il y a deux ans, il s'était imposé à Düsseldorf, avec le maillot jaune à la clé puisqu'il s'agissait de la 1re étape.

L'an dernier, avec la tunique dorée cette fois déjà sur le dos, le Gallois avait pris la 3e place à Espelette en étant le seul à coller aux basques de Dumoulin et Froome, un trio qui avait survolé la concurrence. Des 166 coureurs au départ de Pau, Thomas sera celui qui aura les références les plus solides. Et il tient une forme olympique si l'on se fie à sa montée de la Planche des Belles Filles. L'homme à battre, pas de doute, c'est lui.

Qui pour le faire tomber ? Je lui vois deux principaux adversaires : son équipier Michal Kwiatkowski (mais aura-t-il la liberté de faire le chrono à fond ?), et surtout l'étoile montante Wout van Aert, impressionnant sur tous les terrains et intouchable lors du chrono du Dauphiné. Il y aura match avec le Belge. Mais avantage tout de même à Thomas, dont le désir d'assommer le Tour est un plus puissant moteur qu'une simple victoire d'étape, l'objectif de Van Aert.

Laurent Vergne

L'an passé, Geraint Thomas avait pris la 3e place du contre-la-montre entre Saint-Pée-sur-Nivelle et Espelette. Les deux hommes qui étaient devant lui ce jour-là, de peu d'ailleurs, se nommaient Tom Dumoulin et Christopher Froome. Ils sont absents cette fois. Certes, le chrono était un tout petit peu plus long que celui de vendredi (31 km) et en fin de dernière semaine. Mais cela ne change pas grand-chose. Le Britannique, quand il est en forme, est redoutable dans cet exercice. Et il n'y a plus beaucoup de raisons de douter qu'il soit en forme.

Le tenant du titre pourrait donc frapper un grand coup vendredi en Béarn. Il serait surprenant de ne pas le voir terminer en tête du chrono des favoris. Et du chrono tout court ? Pour la victoire d'étape, un homme a des allures de joker idéal : Wout van Aert. Le jeune prodige belge a déjà réussi son Tour en remportant son étape lundi, à Albi. Il sera sans pression. Et il sait rouler.

Il n'a disputé que deux chronos cette année, mais les a remportés tous les deux : sur le Dauphiné, autour de Roanne, où il avait fait une très forte impression, puis lors des Championnats de Belgique, à dix jours du Tour. Si un homme peut battre Geraint Thomas vendredi, c'est peut-être Wout van Aert. Le triple champion du monde de cyclo-cross devrait "s'amuser" sur ce parcours. Entre Thomas et lui, c'est 50-50.

Wout Van Aert

Wout Van AertGetty Images

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