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Les débats du Tour : Alaphilippe sera-t-il toujours en jaune au Tourmalet ?

Les débats du Tour : Alaphilippe sera-t-il toujours en jaune au Tourmalet ?
Par Eurosport

Le 19/07/2019 à 22:02Mis à jour Le 20/07/2019 à 11:00

TOUR DE FRANCE - Chaque jour, trois questions sont posées à des membres de la rédaction. Chacun donne son point de vue et vous invite à prendre part à la discussion. On dresse cette fois le bilan du contre-la-montre tout en se projetant vers le Tourmalet, déjà à l'horizon samedi.

Qui est le grand perdant du chrono ?

Laurent Vergne

Egan Bernal. Le constat peut paraître sévère. Le jeune Colombien pointe à la 5e place du général avant la très haute montagne, son terrain de jeu a priori préféré. S'il était dans une autre équipe, je ne l'aurais pas mentionné ici. Son problème, c'est d'être chez Ineos. La formation du tenant du titre et de l'homme le mieux placé dans la hiérarchie parmi les principaux favoris.

Avant ce contre-la-montre, Geraint Thomas et Egan Bernal étaient au coude-à-coude. Ce n'est plus le cas. Le Colombien n'a pris que la 22e place du chrono à Pau, à 1'22" de son coéquipier. Sans doute en-deçà de ses espérances. Un garçon comme Thibaut Pinot, 7e de l'étape à seulement 35 secondes de Thomas, s'en est nettement mieux sorti. Il n'aurait pas été absurde d'attendre Bernal dans ces eaux-là vendredi.

Désormais relégué à 1'26" de Geraint Thomas, le vainqueur de Paris-Nice (qui a, même si c'est un détail, perdu au passage son maillot blanc) se retrouve clairement dans le rôle du lieutenant à présent chez Ineos. Il peut servir de "produit d'appel" en montagne si, stratégiquement, Ineos décide d'opérer de la sorte, et de roue de secours en cas de coup de moins bien de Thomas, mais Egan Bernal ne pourra désormais plus rien faire sans l'assentiment du Britannique. La conséquence du chrono, c'est qu'il subit désormais le jeu.

Jean-Baptiste Duluc

Parmi les candidats au podium, ils sont six à avoir perdu plus d'une minute trente sur Julian Alaphilippe à Pau. Si Bernal a déçu, je ne peux m'empêcher de penser que Nairo Quintana est le grand perdant de cette 13e étape. Avant le départ, il avait réussi un Tour quasi parfait, excepté le chrono par équipes. Une rareté pour lui. Optimiste, le manager général de la Movistar Eusebio Unzue avait déclaré qu'il serait "satisfait en cas de perte de 30'' sur Thomas et OK en cas de perte de 45'' sur le Britannique''. Et le Colombien de la Movistar a concédé 1'37''…

S'il n'est pas un gros rouleur (on peut même considérer que c'est son point faible), le vainqueur du Giro 2014 et de la Vuelta 2016 est quand même censé être capable de limiter la casse, surtout sur ce type de parcours, très vallonné. Or, Quintana a même perdu du temps (6'') sur Mikel Landa, considéré comme bien inférieur dans l'exercice. Désormais 9e à 3'55'', le Colombien se retrouve à plus de deux minutes de Thomas et à 1'43'' du podium, et condamné à un exploit en montagne. Comme d'habitude, finalement.

Vidéo - Alaphilippe en feu, Thomas et Pinot solides, Bardet dans le dur : Le résumé de la 13e étape

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Qui est le principal bénéficiaire de cette 13e étape ?

Laurent Vergne

J'ai toujours autant de mal à considérer Julian Alaphilippe comme un candidat à la victoire finale. Le Français est épatant, il est l'homme de ce Tour pour l'instant, mais la "vraie" montagne est devant nous. Cinq grandes étapes attendent les coureurs, dont quatre arrivées au sommet plus l'étape du Galibier. Nous ne sommes peut-être pas au bout de nos surprises, mais ce menu-là me parait trop copieux pour qu'Alaphilippe puisse tenir la distance jusqu'au bout de la troisième semaine.

Si l'on met Alaphilippe de côté, le leader virtuel de ce Tour 2019 se nomme donc Geraint Thomas. On peut considérer sa deuxième place dans le chrono comme un semi-échec, mais par rapport à tous ses rivaux annoncés, le Gallois a effectué une très bonne opération. Si Thibaut Pinot n'avait pas pris ce désormais fameux coup de bordure lundi, la donne ne serait pas la même puisque le Français ne pointerait qu'à 16 petites secondes de Thomas.

Sauf que la bordure, elle, n'est pas virtuelle et Pinot pointe à près de deux minutes. Le plus proche poursuivant du tenant du titre est Steven Kruijswijk, à 46 secondes. Tous les autres sont au-delà de la minute. Des écarts pas encore colossaux mais, clairement, le chrono béarnais a permis à Thomas de consolider sa position. S'il est en montagne au niveau qui était le sien l'an passé, et il n'y a pour l'instant aucune raison de penser le contraire, il a toutes les cartes en main pour signer le doublé. C'était déjà vrai avant le contre-la-montre, ça l'est plus que jamais ce vendredi soir.

Jean-Baptiste Duluc

Quand on est maillot jaune et qu'on conforte encore un peu plus sa tunique de leader, difficile de ne pas être considéré comme le principal bénéficiaire de la journée. D'autant qu'au final, le reste du chrono a été assez "prévisible". Laurent évoque de son côté Geraint Thomas. Bien sûr que le Britannique en ressort grandi, ayant repris du temps à tous ses adversaires pour la victoire finale. Mais c'était attendu et, pour être honnête, je le voyais reprendre plus de temps aux Uran, Porte, Pinot, Kruijswijk, Mas, Fuglsang et Buchmann, pointés à une minute ou moins du Gallois.

Même si j'avais annoncé que je le voyais bien gagner, je n'imaginais pas une seconde qu'Alaphilippe repousserait "aussi loin" la plupart des autres rouleurs. Mettre 36'' dans la vue d'un Thomas De Gendt déchaîné, devancer son coéquipier et champion du Danemark Kasper Asgreen de 52'' ou un spécialiste comme Nelson Oliveira (4e des Mondiaux 2017) de 1'03'', c'est une performance hallucinante du Français. Et ça lui a permis de creuser l'écart en tête du classement général. Qui d'autre peut en dire autant ?

Julian Alaphilippe

Julian AlaphilippeGetty Images

Alaphilippe sera-t-il toujours en jaune au Tourmalet ?

Laurent Vergne

Oui. Et ce n'est pas contradiction avec ce que j'écrivais plus haut. Que Julian Alaphilippe ne garde pas le maillot jaune jusqu'aux Champs-Elysées ne signifie pas nécessairement qu'il le rendra dès le Tourmalet. Il n'est pas impossible que le Français explose sur les pentes du vénérable géant des Pyrénées samedi, si la course part dans tous les sens et que les Ineos décident de lui régler son compte tout de suite.

Mais ce scénario n'est pas le plus probable. D'abord parce que le maillot jaune apparaît dans une condition exceptionnelle. Il a certes déjà beaucoup donné depuis le départ de Bruxelles, mais l'homme qui a survolé les débats lors du chrono vendredi ne me parait pas exactement sur le point de craquer. Son comportement dans un col comme le Tourmalet demeure une incertitude. Lui-même n'a sans doute pas la réponse. Reste qu'il est dans la forme de sa vie, et le maillot jaune transcende.

Par ailleurs, je crois davantage à un travail de sape des hommes de Dave Brailsford. Le temps joue encore pour eux. Oui, la menace Alaphilippe doit maintenant être prise au sérieux, mais la guirlande de cols qui attend le peloton dans la semaine à venir risque de s'avérer un peu trop longue pour le protégé de Patrick Lefévère. Je le vois davantage passer la main dans les Alpes, à l'instar d'un Voeckler en 2011. Mais encore une fois, pour l'heure, personne ne peut prédire où (et quand) se situent les limites d'Alaphilippe, pas même le principal intéressé. C'est tout l'intérêt de ce drôle de Tour.

Jean-Baptiste Duluc

Avec 1'26'' d'avance sur Geraint Thomas, Julian Alaphilippe aborde les Pyrénées dans une position inimaginable il y a quelques semaines. Aussi impressionnant, voir même surprenant, soit-il, je pense qu'il lui sera très compliqué de sortir de ce week-end montagneux avec la tunique de leader. Mais la perdre dès samedi ? Cela impliquerait une énorme bagarre entre les favoris, peut-être même dès le Soulor.

Personnellement, j'ai du mal à y croire. Avec 38,5km entre le sommet du Soulor et le pied du Tourmalet, sur une descente inégale et un long faux-plat dans la vallée menant à Luz-Saint-Sauveur, il me parait impossible de voir des candidats au podium tenter leur chance de loin, malgré le retard conséquent de certains. Du coup, tout devrait se jouer dans le Tourmalet et, avec ses jambes actuelles, Julian Alaphilippe devrait pouvoir limiter la casse. Et poursuivre le rêve.

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