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Pour l'instant, le plus fort, c'est Pinot

Pour l'instant, le plus fort, c'est Pinot

Le 21/07/2019 à 20:41Mis à jour Le 22/07/2019 à 10:18

TOUR DE FRANCE – Après sa victoire au Tourmalet samedi, Thibaut Pinot a encore sorti le grand jeu dimanche au Prat d'Albis. S'il n'a pas gagné cette fois, il a fait mal à tous ses rivaux. De tous les favoris, il semble le plus costaud à l'aube de la deuxième journée de repos. Mais le Tour est encore long. L'espoir est là, mais pas question de s'enflammer.

Dans ce Tour dont le maître-mot semble être, et c'est tant mieux, indécision, on se gardera bien de prophétiser quoi que ce soit. Dans une semaine, Thibaut Pinot sera peut-être le successeur de Bernard Hinault. Ou bien aura-t-il explosé. Ou se situera entre ces deux extrêmes. Si le proche avenir demeure incertain, le passé récent, lui, ne laisse aucun doute : le Français était l'homme le plus fort du Tour au cours de cet intense et relevé week-end pyrénéen. En attendant de se pencher sur la suite, ce constat-là a de quoi le réjouir.

Vainqueur au Tourmalet samedi, le leader de l'équipe Groupama-FDJ a pris la 2e place dimanche au Prat d'Albis. Derrière le rescapé de l'échappée Simon Yates, mais devant tous les autres. Ils les a tous sortis de sa roue, un à un. Egan Bernal a été le dernier à lâcher prise (Landa, lui, était déjà à l'avant) mais il a fini par céder. En deux jours, il a marqué les esprits. Et repris du temps à tout le monde. Si l'on prend en compte ces deux dernières étapes en se focalisant sur les principaux favoris, le bilan est le suivant :

1. Thibaut Pinot
2. Mikel Landa à 26"
3. Emanuel Buchmann à 42"
4. Egan Bernal à 42"
5. Steven Kruijswijk à 1'04"
6. Julian Alaphilippe à 1'32"
7. Geraint Thomas à 1'41"

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Force individuelle, force collective

Tous derrière et Thibaut devant. "Pour le moment, résume Buchmann, Pinot semble le plus fort." "Pinot est incroyable, il est très fort", confirme Bernal, qui a pu mesurer ça de près. Samedi, le Franc-Comtois s'était isolé dans les 300 derniers mètres du Tourmalet pour aller chercher un succès de prestige. Sa priorité du jour. Dimanche, il s'est dévoilé bien plus tôt, à six kilomètres du sommet, et ce n'est pas le bouquet qui occupait ses pensées. "Je savais que la fin de la montée était un peu moins raide, donc il fallait attaquer avant, a-t-il expliqué. Je ne prenais pas trop de risques, je savais que je pouvais me remettre dans les roues si je me faisais contrer. J'ai repris du temps à tout le monde, c'est le principal."

Quand il passe à l'offensive, Thibaut Pinot se fait plaisir et fait plaisir. Et il n'est pas tout seul. S'il est l'individualité la plus impressionnante ces jours-ci, le collectif Groupama-FDJ tout entier se hisse au niveau de son leader. "J'avais avec moi David (Gaudu) qui a fait un gros boulot encore, j'ai récupéré Rudy (Molard) et Seb (Reichenbach), rappelle Pinot. On a montré qu'on était une équipe offensive et solide, ça faisait un moment qu'on le disait, aujourd'hui ça a payé."

Le cyclisme est une source inépuisable de satisfaction quand tout ce qui avait été couché sur papier trouve une traduction à la virgule près sur la route. Dimanche, les Groupama ont mis en œuvre ce qu'ils avaient en tête. "Ce qu'on s'était dit ce matin (dimanche matin, NDLR), c'est ce qu'ils ont produit pendant l'étape", savoure le bien trop sous-estimé Philippe Mauduit. "Ce sont des coups difficiles à tenter parce que c'est toujours sur le fil du rasoir, mais quand ça marche, c'est beau. Donc c'était sympa, quoi", sourit le directeur sportif.

Vidéo - Mauduit : "Quand ça marche, c'est beau"

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Attention, fortes chaleurs...

A l'issue de ces deux journées qui marqueront sa carrière, Pinot a grimpé au 4e rang au classement général. Le voilà calé au milieu de la meute, car s'il n'est qu'à 15 secondes de la 2e place, il n'en compte également que 24 de marge sur Buchman, 6e dans la hiérarchie. A ce stade, 2e, 4e, 6e, tout cela n'a pas grande importance. Mais la dynamique est en sa faveur, et cela, c'est capital. "Il ne faut surtout pas s'enflammer, mais il faut surfer sur la vague et continuer à tenter, surtout", avance Mauduit.

Thibaut Pinot n'est pas du genre à se cacher, qu'il aille bien ou mal. Quand il disait au soir de la Planche des Belles Filles avoir "de très bonnes jambes", il fallait l'écouter. Maintenant, pour lui comme pour les autres, la dernière semaine soulève une foule d'interrogations. Restera-t-il au-dessus de la mêlée jusqu'au bout ? Supportera-t-il les fortes chaleurs annoncées dans les Alpes, lui qui déteste la canicule ("c'était une météo comme je les aime", a-t-il dit dimanche à propos de la pluie ariégeoise...) ? A voir.

" Si j'ai les bonnes jambes, je continuerai à prendre du temps"

"Encore une fois, tempère Philippe Mauduit avec les deux mains sur le frein, on va rester prudent. On va sortir des Pyrénées, il reste les Alpes et on peut s'attendre encore à des défaillances. Mais si nous sommes prudents, nous allons aussi rester conquérants". Ça tombe bien, Thibaut Pinot n'entend pas se départir de cet esprit-là. "Il faut continuer, on est parti pour remonter au classement général, les étapes les plus dures arrivent, insiste-t-il. Si j'ai les bonnes jambes, je continuerai à prendre du temps. Quand on a de bonnes jambes, il faut en profiter."

"Pour le moment, résume Emanuel Buchmann, Pinot semble le plus fort et a une équipe vraiment solide. Il pourrait être le favori, mais nous avons encore une semaine importante devant nous." Ah, s'il n'y avait pas eu cette bordure... En plus d'être le plus fort, il serait alors le mieux placé de tous les favoris initiaux, juste dans le sillage de Julian Alaphilippe. Mais les "si" n'ont pas leur place sur le Tour. Seuls les faits importent.

Puis, si les 100 secondes perdues sur la route d'Albi pèsent évidemment, elles semblent aussi avoir multiplié les forces du Français. Cette fameuse "rage", qu'il ne cesse de mettre en avant depuis lundi. Puisse-t-elle ne pas s'évanouir lors de la journée de repos et l'accompagner jusqu'aux Alpes. S'il garde ces jambes et ce cœur, quelque chose de grand pourrait l'attendre à Paris. Il s'est donné le droit de rêver.

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