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Pinot, la rage lui va si bien

Pinot, la rage lui va si bien

Le 20/07/2019 à 19:37Mis à jour Le 20/07/2019 à 19:54

TOUR DE France – Thibaut Pinot rêvait de gagner au Tourmalet. C’est fait. Fidèle au rendez-vous qu'il s'était fixé, le leader de l'équipe Groupama-FDJ a confirmé samedi qu'il avait des jambes de feu dans ce Tour 2019. La frustration née de la bordure albigeoise semble également le transcender. Et il entend bien conserver cette "rage" jusqu'au bout. Elle lui va si bien.

Albi, lundi soir. Il y a cinq jours à peine, mais cela semble si loin désormais, même si les stigmates de ces 100 secondes perdues dans ce coup de bordure aux allures de sale tournant continuent de peser sur le destin de Thibaut Pinot. Dans le Tarn, le leader de la Groupama-FDJ fulmine. Contre lui et le reste du monde. "J'étais abattu, j'ai pris une claque comme j'en ai rarement prises car j'étais vraiment frustré, avoue-t-il. Je l'ai vécu comme une injustice, on ne méritait pas ça. Le lundi soir ce n'était pas la fête, mais dès la journée de repos on s'est remis la tête à l'endroit et on est repartis plus motivés que jamais, encore plus qu'avant peut-être."

Depuis, Thibaut Pinot a "la rage". Un terme employé vendredi après son (bon) contre-la-montre et ressorti samedi après-midi au sommet du Tourmalet, où il venait de triompher. On le pressentait dans une condition exceptionnelle et, en prime déterminé comme jamais. Et quand il a démarré à moins de 300 mètres de la ligne d'arrivée, personne n'a pu aller le chercher. Après l'Alpe d'Huez en 2015, le Tourmalet en 2019. Et le Tour de Lombardie entre les deux. Comme le souffle Marc Madiot, "il aime les endroits classieux."

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" Aujourd'hui, c'était la chair de poule dans tout le Tourmalet "

Cette victoire, Pinot l'avait en tête depuis longtemps et cette idée de l'a pas quitté de toute la journée. " "Je l'avais cochée depuis le début du Tour. C'était vraiment prévu, dès le début de l'étape je voulais jouer la gagne, assure le Franc-Comtois, dès le début on a mis en route avec mes rouleurs. Ce qui n'était pas prévu, c'est le coup de force de Movistar dans le col du Soulor. Avec David (Gaudu, NDLR), j'ai peut-être le meilleur équipier du Tour en montagne, on avait prévu de durcir à 8 kilomètres du sommet du Tourmalet." Finalement, cet écrémage précoce a peut-être servi ses intérêts. Il n'a en tout cas rien changé à ses intentions.

S'il marche à la rage, Pinot carbure aussi au plaisir, et samedi, il en a pris. "C'est le vélo que j'aime, dit-il. Aujourd'hui, c'était la chair de poule dans tout le Tourmalet, des ambiances de feu comme j'aime." A le voir aussi costaud, on pourrait presque, quitte à paraitre gourmands, se demander s'il n'aurait pas pu s'envoler plus tôt, et doubler sa victoire d'une affaire plus juteuse encore au classement général. Mais ce n'était pas le thème du jour :

"J'étais dans l'optique d'aller chercher l'étape. Je ne voulais pas faire le show, pas faire n'importe quoi, je ne voulais pas attaquer à trois ou quatre bornes et faire n'importe quoi. Dans une carrière, gagner en haut du Tourmalet, ça compte. J'y ai pensé dans la montée finale, je me suis dit 'je ne peux pas quitter le Tour sans une victoire d'étape'."

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" Il faut rester humble "

Maintenant qu'il a levé les bras, il va pouvoir penser à la suite. Thibaut Pinot est à moins d'une minute du podium. S'il garde ces cannes-là, rien ne lui semble interdit, même s'il se méfie. De lui, surtout. "Demain (dimanche), c'est très dur. Il faudra récupérer, et ça n'a jamais été trop mon fort les lendemains de victoire, rappelle-t-il. Des jours sans, ça peut arriver à tout le monde. Cela peut m'arriver demain ou sur une étape dans les Alpes, il faut rester humble. Il reste tellement d'étapes..." D'autant qu'on annonce une dernière semaine caniculaire, ce qu'il n'a jamais vraiment apprécié.

Mais à ce jour, il est peut-être le plus fort en montagne dans ce Tour. Il était resté sage à la planche des Belles Filles parce que "mon Tour commençait vraiment au Tourmalet". "Le prochain objectif, poursuit-il, c'est de retrouver le podium à Paris, je l'ai dans la tête et je sais que j'en suis capable, même s'il y aura eu 1'40" un peu balancée par la fenêtre... Il me reste huit jours à tenir et je vais tout faire pour réaliser ça." Une chose est sûre, il va garder le même état d'esprit, qui lui va si bien : "je vais garder cette rage jusqu'à Val Thorens, parce qu'il y a moyen de faire quelque chose de bien." Si le Tourmalet pouvait faire des petits frères...

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