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Pinot : "Pourquoi l'année ou jamais ? Je n'ai que 29 ans…"

Pinot : "Pourquoi l'année ou jamais ? Je n'ai que 29 ans…"

Le 04/07/2019 à 00:18Mis à jour Le 04/07/2019 à 08:17

TOUR DE FRANCE - Thibaut Pinot et le Tour, ce n'est plus vraiment ça. Absent l'an passé, contraint à l'abandon les deux éditions précédentes, il n'y a plus brillé depuis un moment, loin de ses débuts plutôt fracassants. A 29 ans, et compte tenu de l'absence de certains favoris, l'heure du grand retour du Franc-Comtois a-t-elle sonné ? A voir. Mais lui refuse l'idée de jouer à quitte ou double.

Maillot blanc et Top 10 à 22 ans en 2012, installé sur le podium à 24, vainqueur à l'Alpe d'Huez à 25 et puis... plus rien. La relation de Thibaut Pinot avec le Tour de France a d'abord été prometteuse, très prometteuse même, avant de s'avérer frustrante. La montée en puissance du Franc-Comtois sur le Tour n'a pas été suivie d'effets, au point d'interroger jusqu'à son avenir dans l'épreuve. Lors des trois dernières éditions, il n'a été qu'un acteur lointain voire pas acteur du tout.

"J'ai quand même une fierté, et ma fierté en a pris un coup sur ces deux derniers Tours de France où j'ai abandonné, et surtout l'an dernier, de le regarder à la télévision c'était encore un petit coup au moral", a-t-il concédé mercredi à trois jours du départ de Bruxelles. Pinot est donc de retour et, à l'écouter, ses déboires du passé récent ont plutôt nourri son envie que ses doutes. "Tout ça m'a donné envie de revenir, dit le leader de l'équipe Groupama-FDJ, car le Tour, on se rend compte que c'est la plus grande course, celle dont tout le monde parle."

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Un air de 2014 ?

Il a aussi cherché à comprendre les raisons de ses problèmes juilletistes. Pourquoi lui qui brillait si jeune sur la plus grande scène du monde s'est mis à dérailler. On pourrait même y ajouter 2015 car, s'il avait magistralement sauvé son Tour en triomphant à l'Alpe, il était venu pour jouer le général avec les grands mais avait rapidement disparu de la circulation. La réponse pratique, facile, mène vers une insuffisance mentale. Pinot n'en croit pas un mot. "Ce n'est pas mental, le mental a toujours été là, s'agace-t-il. Le problème, c'est que j'arrivais toujours sur le Tour en voulant trop bien faire de janvier à juin. Je me fatiguais, j'avais moins de fraîcheur en arrivant et c'était compliqué."

Alors, quatre ans après, peut-il renouer avec le fil de sa réussite initiale sur le Tour ? En tout cas, il a mis toutes les chances de son côté. Dans l'approche, ce Tour 2019 est le premier à se rapprocher de celui de 2014, qu'il avait achevé sur la boite à Paris, à la 3e place. "C'est vrai que ça fait longtemps que je ne suis pas arrivé sur le Tour de France avec une préparation idéale, souligne-t-il. Ça change par rapport aux autres années, et c'est une première depuis 2014. Ça fait longtemps que je n'étais pas venu sur le Tour avec un état d'esprit conquérant, beaucoup d'envie. J'ai envie d'être au départ. J'ai de la fraîcheur physique et mentale, que je n'avais pas les autres années."

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" Un des grands Tours les plus relevés auxquels j'ai pu participer"

Ces considérations personnelles encourageantes se doublent d'un contexte global a priori propice à une redistribution des cartes. Tom Dumoulin et Chris Froome, respectivement 2e et 3e l'an dernier derrière Geraint Thomas, sont absents, et le tenant du titre lui-même porte son lot d'incertitudes après sa chute au Tour de Suisse. Pourtant, Pinot n'achète pas. "Il y a des absents mais il y a aussi des coureurs pas là l'an dernier qui sont présents cette année", corrige le vainqueur du dernier Tour de Lombardie, qui va même plus loin. "C'est un des grands Tours les plus relevés auxquels j'ai pu participer, car il y a une densité énorme de leaders et de grimpeurs. Et quand on voit le niveau des équipes, on se rend compte qu'il y a beaucoup de favoris, beaucoup d'outsiders."

Thibaut Pinot réfute tout autant l'idée selon laquelle, pour lui comme pour d'autres, il s'agit de la chance d'une vie. La dernière, même, peut-être. "Pourquoi l'année ou jamais ? Je n'ai que 29 ans, il me reste pas mal de Tours de France derrière, s'insurge le protégé de Marc Madiot. Je sais très bien que si ça ne se passe pas bien cette année, il y en aura d'autres." Pour ne pas retomber dans les pièges du passé, il s'écarte du dangereux théorème que l'on résumera d'une formule : le général ou rien. Peut-être le meilleur moyen de passer totalement à côté.

Non que Pinot ne nourrisse d'ambitions dans la course au maillot jaune, mais il refuse d'en faire l'alpha et l'omega de ses trois prochaines semaines. Plus conquérant que calculateur, il dit d'abord vouloir gagner une étape. "Car lever les bras, c'est la base", rappelle-t-il. Et le général, alors ? "J'ai envie d'aller le plus haut possible, promet-il, mais si je termine quatrième et que les trois premiers sont plus forts, tant pis, c'est la course. Je n'ai pas envie d'avoir de regrets à Paris." On appellera ça une ambition prudente. Approche cohérente au vu de son passé complexe sur le Tour.

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