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Tour 2020 - Les débats du Tour : Roglic doit-il craindre la 2e semaine plus que la 3e ?
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Publié 08/09/2020 à 20:18 GMT+2
TOUR DE FRANCE 2020 – Vainqueur de sa première étape sur la Grande Boucle, Sam Bennett continue pourtant de passer les radars. Est-il trop sous-estimé ? Passé au travers des chutes mardi, Primoz Roglic est toujours maillot jaune mais doit-il craindre plus la 2e ou la 3e semaine ? Enfin, peut-on assister à autre chose qu’à un sprint à Poitiers ? Ces questions, on se le pose dans les débats du Tour.
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Bennett est-il trop sous-estimé ?
C’est tout le paradoxe quand il s’agit d’évoquer Sam Bennett. Tout le monde connait la valeur sportive de l’Irlandais mais, pourtant, on parle beaucoup moins de lui qu’un Sagan, qu’un Ewan ou même qu’un Démare. Injuste ? Oui et non. C’est que Bennett fait partie des nouveaux cadors du sprint, sans être pour autant un jeune coureur (30 ans). Longtemps resté en Continental et Continental Pro, il a tardé à bénéficier d’un soutien au niveau dans la dernière ligne droite et cela a joué dans ses résultats puisqu’il n’avait jamais gagné en World Tour avant Paris-Nice 2017.
Depuis, il enchaîne toutefois les succès et s’est clairement fait sa place aux côtés des meilleurs sprinteurs. Mais il n’avait encore jamais gagné sur le Tour de France. La faute, il est vrai, en grande partie, à la présence de Peter Sagan, leader et sprinteur incontesté de Bora-Hansgrohe sur la Grande Boucle. Mais gagner sur le Giro ou la Vuelta n’a pas le même impact que gagner sur le Tour. C’est peut-être injuste, sans doute même, mais c’est aussi logique. C’est là que l’on trouve les meilleurs sprinteurs. Quelle est l’expression déjà ? Dis-moi qui tu as battu et je te dirais quel sprinteur tu es ? C’est tout à fait vrai pour Sam Bennett, parti chez Deceuninck Quick-Step se libérer de l’omniprésence, médiatique et au sein de sa formation, de Sagan, pour enfin s’affirmer sur le Tour. Et recueiller, enfin, la lumière qu’il méritait.
Il lui fallait une victoire sur le Tour pour entrer définitivement dans le gotha des sprinteurs. La voici. C’était peut-être la seule petite chose qui manquait au champion d’Irlande, 30 ans le 16 octobre prochain. Car pour le reste, qu’avait-il à envier aux autres ? Rien. Avec trois victoires sur le Giro (2018) et deux sur la Vuelta (2019), il fait même partie des rares à avoir levé les bras sur les trois grands tours. Une performance d’autant plus remarquable qu’il a réalisé ce “triplé” d’un seul trait, sur trois grands tours consécutifs. Bennett était sous-estimé, c’est vrai, et surtout au sein de son ancienne équipe Bora-Hansgrohe.
Ce succès sur le littoral charentais doit sonner chez lui comme une savoureuse revanche, d’autant qu’elle lui permet de reprendre le maillot vert à celui qui lui a longtemps fait de l’ombre, Peter Sagan. L’an dernier, Bora-Hansgrohe lui avait préféré Ackermann sur le Giro et Sagan sur le Tour. Injuste alors qu’il n’avait jamais été aussi prolifique (13 victoires au final, dont 11 en World Tour, seul Groenewegen a fait mieux). Depuis qu’il est le Bennett qu’on connait, soit environ 3 ans, jamais l’opportunité de venir sur le Tour ne lui avait été donné. Deceuninck-Quick Step l’a fait. A raison. Et ce succès sur la plus grande course au monde lui donne enfin la lumière qu’il méritait.
Roglic doit-il craindre plus la 2e que la 3e semaine ?
Je vois mal comment Primoz Roglic pourrait plus craindre la deuxième que la troisième semaine. Non pas que celle-ci ne soit pas dangereuse, chaque journée sur le Tour peut l’être en raison de la tension qui règne au sein du peloton. Mais le tracé offre à mon sens assez peu de piège, le final au Puy Mary sied parfaitement à ses qualités alors qu’on a vu en août sur le Tour de l’Ain que le Grand Colombier ne lui fait pas peur. Tout le contraire finalement de la dernière semaine. Avec ce chrono la veille de l’arrivée, le Slovène est “censé” y faire la différence et il y aura donc une pression conséquente qui peut toujours jouer.
D’autant qu’il sait à quel point un contre-la-montre en fin de Tour est différent d’un chrono classique. C’est là qu’il avait perdu le podium du Tour en 2018 et il avait souffert pour reprendre à Landa celui du Giro l’an dernier. Surtout, les étapes de Loze et celle de la Roche-sur-Foron favorisent les qualités de ses adversaires. La première multiplie les ruptures de pente favorables aux grimpeurs alors que la deuxième enchaîne les ascensions, rendant la course incertaine et difficile à contrôler. Enfin, s’il avait gérer la concurrence sur la Vuelta 2019, on n’oubliera pas non plus qu’il avait lâché prise en 3e semaine sur le Giro la même année, alors qu’il semblait intouchable pendant la première moitié d’épreuve.
Au fond, l’essentiel pour le maillot jaune est de rester en pole, ou pas loin, d’ici le chrono de la Planche des Belles Filles, où il est censé être intouchable. D’ici là, pour ses adversaires, chaque étape doit être une occasion de le piquer au flanc, d’essayer de lui reprendre du temps. Sur le papier, la troisième semaine est la plus dure, même si le Grand Colombier dimanche prochain fait très peur, lui aussi.
Mais l’étape clé pourrait selon moi être celle de vendredi, au Puy Mary, dans le Massif Central. Peut-être est mon amour (déraisonnable) pour la moyenne montagne, peut-être est-ce le dénivelé total (4459m, le deuxième plus important de ce 107e Tour de France, ne l’oublions pas), mais cette étape 13 (tiens, un signe là-aussi ?) a tout d’un guet-apens pour le Slovène et son équipe.
L’échappée devrait avoir un mal fou à se dessiner sur ce toboggan de l’enfer, long de 191 kilomètres. Celui-ci pourrait propulser un ou deux outsiders à l’avant, obliger Jumbo-Visma à serrer la vis rapidement et finir par isoler Roglic avant un final aux pourcentages très exigeants, par-delà le col de Néronne et le Pas de Peyrol, où les moments de faiblesse se paieront chers. Cela fait beaucoup de si, j’en conviens, mais je reste persuadé que l’équipe néerlandaise abordera cette journée avec la peur au ventre.
Peut-on échapper à une arrivée massive à Poitiers ?
Je n’y parierais pas tous mes (maigres) économies mais imaginer les sprinteurs piégés à Poitiers ne me semble pas non plus inconcevable. Le vent ne devrait pas être favorable à la création de bordures, c’est même dans cet esprit que Thierry Gouvenou a conçu cette étape, mais on n’est jamais véritablement à l’abri d’avoir une surprise à ce niveau-là, vu ce début de Tour de France, et le vent annoncé mercredi. Surtout, c’est le final qui, à mon sens, est le plus susceptible de représenter un danger pour les sprinteurs.
A 3km de l’arrivée, dans Poitiers, les coureurs devront affronter un petit kilomètre à 4%, avec un passage à 6%. Négligeable me direz-vous, et vous aurez surement raison, ce n’est pas le mur de Huy ni même une quelconque côte répertoriée. Mais c’est suffisant pour donner des envies aux puncheurs, sans doute assez frustrés jusqu’ici par le manque d’opportunité. On pense notamment à Greg Van Avermaet (CCC) ou encore Benoit Cosnefroy (AG2R La Mondiale). D’autant que les 300 derniers mètres seront eux aussi en faux-plat montant. Et, si ça venait à ne pas bouger, la plupart des sprinteurs seront là évidemment. Mais tous ? Pas certain.
A l’inverse de mon cher camarade, je n’y crois pas du tout. Julian Alaphilippe me semble le seul à posséder le punch nécessaire pour piéger les sprinteurs. Mais l’Auvergnat aura-t-il carte blanche ? Je n’en suis pas sûr, car une pareille initiative corserait le final et ferait davantage le jeu de Sagan que Bennett. Or, désormais, Deceuninck-Quick Step mise tout sur son champion d’Irlande, qui a affiché une santé éblouissante en s’imposant mardi.
J’imagine donc plutôt Alaphilippe dans un rôle de chien de garde. A moins que la formation belge ne veuille brouiller les cartes… Sinon, une échappée n’a aucune chance d’aller au bout. Avec une seule ascension de 4e catégorie, le tracé ne leur est pas dédié. Et la lecture de Météo France a sans doute fini de décourager les derniers courageux : le vent est annoncé de face toute la journée. Mon scénario, ô combien convenu, est donc le suivant : un ennui sévère (de type Sisteron) jusqu’à la victoire d’un pur sprinteur.
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