"Tadej Pogacar va gagner deux fois le Tour à un âge où Eddy Merckx ne l'avait pas encore couru." On avait beau le savoir, cette phrase lâchée par Christian Prudhomme samedi au micro d'Eurosport dit tout de la phénoménale précocité du Slovène, désormais installé solidement sur le trône de la plus grande course par étapes de la planète cyclisme. Auteur d'un braquage invraisemblable et inattendu l'an dernier lors du dernier contre-la-montre pour ouvrir son palmarès, il a cette fois gagné en favori et en patron autoritaire, même s'il n'aime pas ce terme.

Prudhomme : "Pogacar va gagner deux fois le Tour à un âge où Merckx ne l'avait pas encore couru"

Si le résultat final demeure identique, la manière, elle, démontre à quel point l'homme fort du Team UAE Emirates a changé de dimension à l'occasion de cette 108e édition. D'autant qu'il a maté la concurrence, sans disposer d'une équipe largement au-dessus du lot. Les UAE étaient solides, mais certainement pas omnipotents comme ont pu l'être les Sky jadis. Cette victoire, c'est donc d'abord la sienne. Lui était une jambe (au moins) au-dessus de tout le monde.
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Comme Merckx, Hinault et Fignon

Seule l'épreuve du temps dira quelle place il peut prendre à l'échelle de l'Histoire, mais une chose est certaine : Tadej Pogacar est lancé sur des bases jamais vues. Pas même parmi les plus imposants des géants. Il n'est que le quatrième coureur à s'imposer lors de ses deux premières participations après Eddy Merckx, Bernard Hinault et Laurent Fignon. On a connu des compagnies moins prestigieuses.
Le cas de Fignon témoigne de la prudence nécessaire à l'heure d'établir des prévisions pour l'avenir. Le corps peut s'user, la tête aussi, les aléas d'une carrière peuvent s'avérer nombreux et variés. Mais s'il ne connaît pas de pépin majeur ces prochaines années, tout laisse croire que ce doublé ne sera pas sans lendemain pour "Pogi".

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Plus jeune vainqueur du Tour depuis 1904 l'an passé, le voilà plus jeune double vainqueur tout court. En élargissant à l'ensemble des trois grands Tours, on ne trouve que deux précédents : Gustaaf Deloor sur la Vuelta (1935, 1936) et Gino Bartali sur le Giro (1936, 1937) avaient eux aussi conquis leurs deux premiers succès avant leurs 23 ans. Mais on parle là d'une autre époque, celle du cyclisme de l'Entre-deux-guerres. Accomplir pareille performance sur le Tour de France du XXIe siècle, c'est encore autre chose. Qui aurait imaginé cela possible il y a seulement trois ou quatre ans ?

Stress, poids de la course, interrogations, il a tout géré

On pourrait même ajouter que sa quête de deux maillots à pois à moins de 23 ans constitue également un exploit inédit. Charly Gaul, le précédent plus jeune double lauréat du Grand prix de la montagne, avait déjà fêté son 23e anniversaire en 1956. Par rapport au reste de ses accomplissements, ce petit bonheur collatéral ne pèse certes pas grand-chose, mais il témoigne de l'ampleur de la domination du Slovène.
Tadej Pogacar sait tout faire. En montagne, à son meilleur niveau, son démarrage est fatal pour tous. Il est aussi un redoutable rouleur. Il possède une pointe de vitesse non négligeable, qui lui permet d'aller cueillir victoires d'étapes et bonifications en cascades. Mais au-delà de ses performances purement physiques, c'est sa maturité, en course comme en dehors, qui impressionne.
Car si interrogation il y avait après sa prise de pouvoir précoce sur ce Tour, elle résidait dans sa capacité à gérer le poids de la course, le stress du leadership et le fait d'être devenu LA cible, celle de ses adversaires et, plus encore, celle des suspicieux. Ce dernier combat, celui de la conviction, sera le plus dur à gagner à n'en pas douter, mais Pogacar a fait face à tous les obstacles sur son chemin, peu importe leur nature. Quoi qu'on pense de ce très jeune homme, il ne doit tout de même pas être fait du même bois que le commun des mortels.

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