Tour de France 2021 - 18e étape - Quand Tadej Pogacar s'amuse : "Je me suis éclaté !"
Par Laurent Vergne
Publié 15/07/2021 à 19:57 GMT+2
TOUR DE FRANCE 2021 - Insatiable Tadej Pogacar. Le Slovène a remis le couvert à Luz-Ardiden, signant sa deuxième victoire en deux jours sur une arrivée hors catégorie. Presque assuré de remporter son deuxième Tour dimanche soir, "Pogi" s'amuse avec la concurrence. Il s'amuse tout court. Pour lui, "le cyclisme est un jeu". Et à ce jeu-là, il est très doué.
Tadej Pogacar dans la descente du Tourmalet.
Crédit: Imago
Tadej Pogacar n'en finit plus d'affoler les compteurs. Entré dans les Pyrénées avec le maillot jaune sur les épaules et une marge de manœuvre supérieure à cinq minutes, le Slovène aurait pu se contenter de gérer tranquillement et de distribuer les offrandes à ses vassaux. Gérer, il l'a fait. Le tenant du titre n'en a pas vraiment rajouté, ne cherchant pas à creuser des écarts encore plus importants au classement général. Jonas Vingegaard et Richard Carapaz l'ont accompagné jusqu'au sommet, que ce soit au col du Portet ou à Luz-Ardiden. Pour les offrandes, en revanche, il faudra repasser.
Pogacar tenait à gagner avec le maillot jaune. Sa mission accomplie dès mercredi au Portet, il aurait pu passer la main sur les hauteurs de Luz-Saint-Sauveur. Mais après tout, pourquoi le faire ? Jamais attaqué dans l'ascension finale de cette 18e étape et de ce Tour 2021, "Pogi" a fait parler son démarrage et sa pointe de vitesse dans les 200 derniers mètres pour aller cueillir ce nouveau bouquet. Il lui tendait les bras, il n'avait pas à s'en priver. Si Vingegaard ou Carapaz voulait (ou pouvait) gagner, il fallait courir autrement. Ou essayer de le faire.
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Un ultime coup de fusil pour un nouveau triomphe : l'arrivée victorieuse de Pogacar
Video credit: Eurosport
Le maillot jaune, lui, s'est bien amusé en tout cas. Tour ou pas, maillot jaune ou pas, il ne fait, jure-t-il, qu'appliquer sa philosophie du vélo. "Le cyclisme, pour moi, c'est un jeu depuis que j’ai commencé, j’adore courir. C'est un jeu et je suis content d'y jouer", a-t-il dit à Luz-Ardiden. C'est le sens du sport : s'amuser, prendre du plaisir à faire notre métier. Mes entraîneurs et mon directeur sportif me disent toujours : 'Continue à t'amuser, c'est un simple jeu, parfois tu gagnes, parfois tu perds.'" Il figure quand même le plus souvent dans la première catégorie.
Si plus personne n'est surpris de le voir enquiller les victoires, lui semble encore s'étonner : "C'est incroyable. Après hier (mercredi), gagner encore aujourd’hui (jeudi), je n'arrive pas à y croire. C'est fou." Pas tant que ça, non. A partir du moment où les échappés n'ont pas eu de bon de sortie digne de ce nom, que personne ne pouvait le lâcher et que personne ne va plus vite que lui dans un "sprint" de ce type sur une arrivée au sommet, la victoire de Tadej Pogacar était presque inévitable. "Quand j'ai de bonnes jambes, j'essaie toujours d'y aller, poursuit le maillot jaune. Le but est juste de prendre du plaisir. Et je me suis éclaté !"
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Pogacar sur le podium à Luz-Ardiden
Crédit: Getty Images
Prudence de circonstance
Par politesse, superstition ou les deux, le leader du Team UAE Emirates refuse de se considérer d'ores et déjà comme le vainqueur de ce Tour, même si sa supériorité ne fait plus aucun doute depuis la 5e étape. "La victoire est maintenant acquise à 50 %, on pourrait dire, mais on ne sait jamais", avance-t-il, prudent. Mais il ne faut pas le pousser beaucoup pour connaître le fond de sa pensée, qui ne diffère guère de celle du reste du monde : "Il reste trois jours, mais ça sent bon. Pourquoi je serais inquiet ? Je fais toujours de mon mieux sur le chrono, mais on peut toujours connaître un jour sans. On peut perdre 6 minutes bien sûr, mais j’espère que ça ne va pas arriver, je suis confiant."
Même s'il est bien placé pour savoir que tout peut basculer dans un dernier contre-la-montre la veille de l'arrivée, le scénario renversé de la Planche des Belles Filles, dans lequel il tiendrait cette fois le mauvais rôle, n'a aucune chance de se reproduire à Saint-Emilion samedi. Parce que Vingegaard n'est pas Pogacar et que Pogacar est... Pogacar. Sauf à connaître une trentaine de crevaisons et autant de chutes, le Slovène pourra rouler sur ses deux oreilles et se concentrer sur un autre objectif : la quête d'une quatrième victoire d'étape.
Sa moisson est déjà exceptionnelle. Si l'on met de côté Lance Armstrong, dont les performances ont toutes été éradiquées des livres d'histoire du Tour, Pogacar est le premier coureur à remporter deux étapes consécutives avec le maillot jaune sur le dos depuis un certain Bernard Hinault en 1979. Cela vous pose un homme. Et avec au moins trois succès dans deux éditions consécutives, il n'est que le quatrième homme au XXIe siècle dans ce club fermé, où l'on ne comptait jusqu'alors que des sprinters, Mark Cavendish, Marcel Kittel et Robbie McEwen.
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Gaudu a tout essayé, Pogacar a tout raflé : le résumé de la 18e étape
Video credit: Eurosport
En attendant de devenir dans trois jours le plus jeune double vainqueur de l'histoire du Tour, Tadej Pogacar, sourire d'ange et coup de pédale de tueur, fait tourner la machine à stats aussi vite que ses roues. Pourtant, à l'écouter, même lui n'a pas toujours rigolé dans cette dernière étape de haute montagne.
"Dans le Tourmalet, assure-t-il, je sentais ma douleur. C'était très dur et j'étais à mon maximum. C'était une étape énorme, surtout après celle de mercredi. Les jambes n'étaient pas à 100%, surtout dans le Tourmalet. La dernière montée aussi a été difficile, mais j'ai fini par trouver mon rythme." Mais quand il titille l'orange de la jauge, le reste du peloton a déjà atteint le cramoisi depuis longtemps.
Ne vous étonnez pas si, samedi, l'intouchable parachève son œuvre d'une quatrième victoire d'étape. Histoire de faire mieux encore qu'en 2020. "Ce sera une nouvelle expérience de rouler sur le chrono avec le maillot jaune, j'ai hâte d'y être", avoue-t-il. Mais chaque chose en son temps : "Je ne vais pas commencer à y penser maintenant, demain (vendredi) il y a une autre étape, on va profiter de chaque kilomètre avec l'équipe. Je ne vais pas faire une obsession du chrono." Après tout, comme il le dit, Tadej Pogacar était "juste un enfant qui rêvait de prendre le départ du Tour de France, pas de le gagner." L'un n'empêche pas l'autre.
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