TOUR DE FRANCE 2021 - A la découverte de Richard Carapaz (Ineos)

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TOUR DE FRANCE 2021 - Depuis sa province du Carchi, dans le nord de l'Équateur, jusqu'à l'Europe, en passant par la Colombie, le grimpeur Richard Carapaz (Ineos Grenadiers) est devenu une star panaméricaine qui ne manque jamais de revenir au pays. "Richi" arrive sur son terrain de jeu préféré samedi avec l'entrée dans les Alpes.

Richard Carapaz

Crédit: Getty Images

Tout est relatif et, à ce petit jeu, on peut dire que Richard Carapaz évoluera à faible altitude ce week-end dans les Alpes. Pour atteindre Tignes, dimanche, le peloton du Tour de France passera bien à plus de 2000 mètres au-dessus de la mer, mais ces hauteurs n'ont rien de vertigineux pour le héros du Carchi.
Dans cette province du nord de l’Équateur, l'altitude moyenne est de 1950m, et les plus hauts sommets s’élèvent à 5000m. La capitale, Tulcan, est perchée à 2950m au-dessus de l'Océan pacifique qui borde l'ouest du pays. Loin des plages qui font le bonheur des surfeurs, le décor offre toujours un ciel lumineux, au milieu des sommets enneigés et des champs où les familles vivent de l’agriculture, à l’image des Carapaz.
"Quand j’avais 12 ou 13 ans, je me levais toujours à 5h du matin pour traire nos sept vaches à la main", raconte "Richie" dans un mini-film sur ses origines réalisé par l'équipe Ineos Grenadiers pour célébrer sa star équatorienne. Quinze ans plus tard, le premier vainqueur équatorien de Grand Tour (Giro 2019) est toujours un lève-tôt. Il en profite désormais pour arpenter chaque recoin de sa province. Il s’y entraîne, s’y ressource, et s’offre volontiers une partie de pêche.
Sur ces hauteurs, on pourrait croire Carapaz hors du temps, si on oubliait sa préparation minutieuse pour porter les ambitions des Grenadiers sur la plus grande course du monde. L'équipe britannique a dépêché un assistant à Tulcan pour accompagner le champion équatorien en vue du Tour.
"Ici, il a sa famille, ses parents, les amis… et l’altitude", explique Paulo Caicedo. Leader du cyclisme équatorien dans les années 1980 et 1990 (il a notamment participé aux Jeux olympiques d’Atlanta et remporté la Vuelta al Ecuador), Caicedo est désormais entraîneur. Il a travaillé avec le club Coraje Carchense ("le courage du Carchi"), par lequel Carapaz est passé avant de s’envoler vers l’Europe via la Colombie.
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Richard Carapaz en jaune lors du Tour de Suisse 2021.

Crédit: Imago

"Se préparer ici est fondamental pour Richie, observe l'ancien champion. Ça lui permet de faire le plein d'optimisme. Il voit que les gens le soutiennent et il a beaucoup de tranquillité pour se préparer. On est au milieu des montagnes, il roule à 3.000, 3.4000m… C’est ce qui fait la force de Richard."
À l'image de Nairo Quintana sur ses terres de Boyaca, la "locomotora del Carchi" (la "locomotive du Carchi", un surnom dont la paternité est attribuée à l'Argentin Mario Sabato, commentateur sur les ondes panaméricaines d’ESPN) est accompagné par un policier pour assurer sa sécurité lors de ses sorties d'entraînement. Le champion d’Équateur Jonathan Caicedo (EF-Nippo) a également grandi sur ces terres et ces ambassadeurs sur roues reviennent à chaque fois que leur emploi du temps cycliste le permet.

Un prophète destiné à quitter son pays

Quand il roule à travers le monde, Richard Carapaz n'est jamais bien loin de ses compatriotes. À l'instar des Colombiens qui ont fait leur retour sur les routes des Grands Tours, les supporters de Carapaz font ressentir leur présence jusqu'en Europe. Leur liesse et l’enthousiasme de Richie, toujours prompt à partager sa réussite, ont séduit Madrid à l'arrivée de la dernière Vuelta.
Carapaz avait fini 2e, après une belle bataille avec Primoz Roglič, mais il était célébré en héros : "Nous n'avons pas gagné le maillot rouge mais vous avez fait de moi la personne la plus heureuse au monde."
Voyager en Europe reste un privilège dans un pays où un cinquième de la population vit sous le seuil de pauvreté. Pour ceux qui ne peuvent pas l’accompagner, Carapaz ne manque jamais de partager ses aventures auprès de ses centaines de milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux (ses "mijines", comme il les appelle affectueusement).
"Ici, le cyclisme est une passion et une fierté, explique le pionnier Paulo Caicedo. Tous les Carchenses s’enorgueillissent d'avoir un représentant comme Richard à travers le monde, et je pense que tout l'Équateur et toute l'Amérique peuvent s'en féliciter."
Depuis Tulcan, une dizaine de kilomètres seulement vous séparent de la frontière colombienne. "On écoute la radio et on suit les courses en Colombie, raconte encore Caicedo. Et comme les Colombiens brillent en Europe, les jeunes ici veulent aussi suivre cette voie. À 20 ans, Richie a fini deuxième de la Vuelta a Ecuador. Il était évident qu'il avait un immense talent et on a travaillé pour qu'il aille en Colombie, et à partir de là en Europe."
S'il est aujourd'hui la plus grande star sportive de son pays, Carapaz était alors "un prophète destiné à s'en aller", selon un article de la Revista Mundo Diners qui se concentre notamment sur l’influence de Juan Carlos Rosero, figure tutélaire du cyclisme équatorien. Son décès, en 2013, à 50 ans, a profondément affecté Carapaz, qui a failli abandonner le cyclisme avant de reprendre son envol et de trouver notamment le parrainage de l'ancien coureur colombien Rafael Acevedo, figure essentielle du parcours de Miguel Angel Lopez.
"Juan Carlos était un rival sur la route et un bon compagnon", se souvient aujourd’hui Caicedo, qui, après lui avoir disputé la victoire sur la Vuelta al Ecuador, l'a accompagné dans ses projets de développement du cyclisme équatorien. Auprès de Carapaz, Rosero était un mentor, celui qui lui a fait comprendre que le vélo pouvait changer sa vie.
"Pour moi, c'était un moyen de se déplacer et de faire plaisir aux enfants", sourit désormais Carapaz. En janvier, il saluait Rosero en posant devant un monument au Condor que les locaux associent à la mémoire du pionnier cycliste. "Richard descend dans la vallée, décrit Caicedo, et il commence à monter là où le condor se dresse. C'est une ascension d’une trentaine de kilomètres assez dure."
Les exploits de Carapaz sont aujourd'hui immortalisés par son ami Joge Estrada, auteur de grandes fresques à la gloire de la "Locomotora" sur les routes du Carchi. À l'intersaison, on peut également voir le vainqueur du Giro 2019 jouer les assistants sur des courses de jeunes où il distribue les bidons. Son exemple inspire déjà de nouvelles générations, dans un pays plutôt tourné vers le football. "Les jeunes veulent faire comme Richie, ils rêvent de courir en Colombie et en Europe, sourit Caicedo. Sur les courses locales, il peut y avoir plus de 100 participants. C’est un vrai succès. Les gens commencent aussi à sortir pour voir les courses près de chez eux."
Mais l'ancien champion, devenu entraîneur, observe également "un manque de soutien". Le club "Coraje carchense" a disparu pendant la pandémie. "Ce sont les parents qui se battent pour que les jeunes cyclistes puissent avancer. Il nous faut plus d'appui de la part du gouvernement et de la presse, qui commence seulement à comprendre comment le cyclisme se court, comment on s’entraîne, ce que c’est de disputer une longue épreuve par étapes… Espérons que ce soutien grandisse avec les exploits que Richie nous réserve cette année sur le Tour !"
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Richard Carapaz lors de sa victoire sur le Giro.

Crédit: Eurosport

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