Depuis dix jours, il ne voulait pas en entendre parler. Sa victoire à Fougères, le premier mardi, avait amorcé la pompe à questions. Mark Cavendish décrochait alors son 31e succès sur les routes du Tour de France. Son premier depuis 2016. Et ça changeait tout. Soudain, le record d'Eddy Merckx revenait dans son viseur. Ou celui des suiveurs, en tout cas. Le sprinter mannois, lui, s'agaçait de ces questions. Puis il y a eu Châteauroux (32), Valence (33), et, ce vendredi, la 34e, à Carcassonne. 34 bouquets sur la Grande Boucle, comme Merckx.
Alors, maintenant, on peut en parler ? "Bien sûr que vous pouvez, rigole au micro d'Eurosport Michael Morkov, son lanceur sur ce Tour, et son dauphin dans cette 13e étape, puisque les Deceunicnk – Quick Step se sont payés le luxe de signer un doublé. Pour un peu, le Danois aurait même dû freiner pour ne pas priver son sprinter-leader de la victoire. "Je peux comprendre que Mark ne voulait pas en parler, reprend Morkov. C'est psychologique tout ça. Il ne voulait pas se prendre la tête avec ça. On lui parlait de Merckx, ce n'est pas évident à gérer..."
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Je ne veux pas être comparé à Eddy Merckx
Même débarrassé de cette ombre trop imposante, Mark Cavendish n'a pas voulu s'étendre sur le sujet à Carcassonne. Comme si se focaliser sur cette histoire de record, c'était passer à côté de l'essentiel. "C'est juste une victoire de plus sur le Tour de France, va-t-il jusqu'à lâcher, en poussant le bouchon un peu loin. Je ressens la même chose que pour la première. Je ne la trouve pas si différente parce que c’est celle du record."

Un sprint pour l'histoire : la victoire de Cavendish en vidéo

En réalité, il a plus insisté sur son état physique à l'arrivée que sur la portée historique de ce nouveau succès. "Je suis mort, épuisé, a-t-il soufflé en ayant, c'est vrai, du mal à s'exprimer. Ça a été tellement incroyable, cette étape. Il a fait tellement chaud, c'était vraiment très dur. J'ai dû aller chercher très loin aujourd'hui. Alors j'ai du mal à penser à tout ça (au record)."
Puis le porteur du maillot vert est un peu gêné aux entournures de se retrouver à la hauteur d'Eddy Merckx. Au fond, il doit trouver tout ça disproportionné, comme si c'était trop grand, trop gros pour lui. "Je ne veux pas être comparé à Eddy Merckx. On ne peut pas me comparer à Eddy Merckx, personne ne peut se comparer à Merckx, a-t-il insisté au micro de France 2. Il restera le plus grand coureur de tous les temps. C'est une sorte d'icône pour tout le monde. Moi, c'est différent. Je gagne des sprints."

De Châteauroux 2008 à Carcassonne 2021 : Les 34 victoires de Cavendish en vidéo

Morkov : "

C'est une page d'histoire"

Cavendish a évidemment raison. Mario Cipollini avait eu le même genre de réaction, dans un langage un peu plus coloré, lorsqu'il avait dépassé le grand Alfredo Binda au nombre de victoires d'étapes sur le Giro, en 2003. "Il a remporté cinq fois le Giro, je ne suis même pas digne de cirer ses chaussures", avait alors dit Super Mario. La modestie de la fusée britannique n'est donc pas de la fausse modestie. D'où son désir de ne pas trop se mettre en avant.
Finalement, Cavendish, ce sont peut-être les autres qui en parlent le mieux. Comme Michael Morkov : "Je ne dis pas seulement ça comme coéquipier ou même en tant que sportif mais comme simple fan de sport : Voir un coureur de notre temps dépasser ou en tout cas égaler Eddy Merckx, c'est incroyable. C'est une page d'histoire. Il égale un record de 50 ans. Merckx gagnait différemment mais on peut dire que Mark est le plus grand sprinter de l'histoire du cyclisme."
Julian Alaphilippe n'est pas en reste. Il est proche depuis longtemps du sprinter britannique, qui l'avait pris sous son aile à ses débuts, lors du premier passage du Cav' chez Quick Step. "On s'est toujours bien entendu, confirme Alaf'. Je suis heureux de m'être dévoué pour lui sur ce Tour, parce que c'est un ami , c'est un monsieur." Pour le Français, Cavendish est un exemple à suivre : "C'est une belle leçon d'abnégation, parce qu'il aurait pu s'arrêter avec la carrière qu'il avait eue." Un compliment de champion du monde à un ex-champion du monde.

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On l'a appelé la nuit avant notre départ pour le Tour, il est venu
C'est vrai, cela a été dit et redit, Cavendish revient de loin. Plus que ça, même. De nulle part. "Il y a neuf mois, ce n'était plus un coureur", rappelle Patrick Lefevere. Pourtant, le manager de la Deceuninck a décidé de le reprendre sous contrat pour la saison 2021. "Nous avons vu en décembre pendant le stage que ça allait mieux, que son moral était revenu, ajoute le Belge. Après il est allé en Turquie, personne ne voulait y aller, il l'a fait, il a remporté quatre étapes. On a dit que c'était facile mais une victoire ça reste une victoire."
La machine était relancée, mais qui aurait imaginé qu'elle puisse tout dévaster sur son passage sur une scène aussi grande que le Tour de France. Pas grand monde. Pas même Patrick Lefevre. "A mon âge je ne rêve plus beaucoup", avoue-t-il. Ce n'est d'ailleurs qu'au tout dernier moment que Cavendish a décroché son billet pour le Tour, à la suite du forfait de Sam Bennett, le maillot vert 2020. "Après la blessure de Bennett, reprend Lefevere, on l'a appelé la nuit avant notre départ pour le Tour, il est venu.Les premiers sprints se sont bien passés, et la suite de l'histoire vous la connaissez.". La suite de l'Histoire, même, avec un grand H. Et Cavendish continue de l'écrire.

La 34e victoire de Mark Cavendish sur le Tour !

Crédit: Eurosport

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