Quelle est la plus belle victoire de Julian Alaphilippe sur le Tour ?

Christophe Gaudot
Depuis 2018, Julian Alaphilippe a empoché six succès sur la Grande Boucle, plus que n'importe quel coureur sur la même période. C'est dire si le choix était large. En montagne, sur des arrivées pour puncheurs et même en contre-la-montre... Mon choix se porte néanmoins sur cette victoire à Landerneau sur la première étape du Tour de France 2021.
Tour de France
Brailsford prêt à passer la main chez Ineos : "Si j'ai encore des problèmes de santé, j'arrête"
19/07/2021 À 18:50
J'ai un peu hésité avec celle de 2020 parce qu'elle s'inscrivait dans une période difficile pour Alaphilippe qui avait connu la douleur de perdre son papa quelques semaines plus tôt et arrivait sur la Grande Boucle sans confiance. Si j'ai finalement opté pour 2021, c'est parce que j'estime que la concurrence était plus forte.
Wout Van Aert, Mathieu van der Poel, Primoz Roglic, Tadej Pogacar et d'autres encore… Ils étaient nombreux à lorgner le premier maillot jaune du Tour. Julian Alaphilippe a anéanti leurs espoirs en une fraction de seconde ou presque avec cette attaque létale. Il avait promis, comme en 2019 et 2020, qu'il tenterait le coup, Alaphilippe n'a pas déçu. Et le voir faire ça avec le maillot de champion du monde sur le dos n'enlève rien au plaisir. Au contraire.

Une attaque monstrueuse pour un grand bonheur à l'arrivée : Alaphilippe a fait le show

Jean-Baptiste Duluc
Difficile à mon sens de ne pas mettre en avant son succès sur le contre-la-montre de Pau. Bien sûr, sa victoire à Landerneau est sans nul doute celle acquise face à la plus grosse concurrence de toutes ses victoires mais, a minima, elle était attendue. Tout le contraire de celle sur le chrono en 2019. Une belle victoire dépend évidemment de la concurrence face à laquelle elle est obtenue mais aussi des conditions dans lesquelles elle s’est construite. Il y a deux ans, personne - ou presque (je faisais partie des exceptions) - n'imaginait Julian Alaphilippe rivaliser avec les meilleurs rouleurs à Pau.
Et il n'a pas rivalisé avec eux, il les a détruits. Le voir repousser Thomas à 14'', Uran à 36'' et un rouleur comme Oliveira à 1'03'' était aussi sensationnel qu’inattendu. A ce jour, ça reste la seule performance de ce genre d’Alaphilippe sur un chrono. Et il l'a faite sur le Tour, pour la seule de ses six victoires sur la Grande Boucle qui n’a pas été acquise là où on l’attendait. Et c'est aussi pour ça que c'est la plus belle.

Julian Alaphilippe lors du chrono de Pau.

Crédit: Getty Images

Quelle équipe est la grande perdante du jour ?

Jean-Baptiste Duluc
Les nombreuses chutes de samedi feront encore des dégâts dans la soirée et il ne serait pas surprenant d’assister à une vague d’abandons d’ici demain. Notamment au sein de la Movistar. Si l’équipe espagnole a sû garder Enric Mas avec les favoris, Lopez a concédé près de deux minutes et a, surtout, vu la moitié de son équipe être victime de la deuxième chute. Malgré ses 5 minutes concédées, Valverde n’a toutefois visiblement pas été touché. Au contraire de Marc Soler.
Dernier à franchir la ligne, sa présence au départ dimanche semble improbable. En cas d’abandons multiples ce samedi soir, Movistar serait certainement la grande perdante du jour. Pour l’heure toutefois, ce titre malheureux revient aux INEOS-Grenadiers, dont l’hydre à quatre têtes a sérieusement été tranchée avec les débours de Porte (+ 2'16'') et Geoghegan Hart (+5'33''). Même Carapaz a perdu un peu de temps (+ 5''). Loin d’être idéale comme entame.

Richie Porte et les INEOS-Grenadiers

Crédit: Getty Images

Christophe Gaudot
Dans un article cette semaine, j'écrivais ceci : "A chaque fois qu'un homme tombera, le potentiel de nuisance de la formation INEOS diminuera". Je ne pensais pas que celui-ci prendrait un sérieux coup après à peine 200 kilomètres sur ce Tour de France ! Samedi, si Geraint Thomas a terminé avec Roglic, Pogacar et les autres, si Richard Carapaz n'a lâché que cinq petites secondes, INEOS a perdu gros. Parce que la moitié de son quatuor fantastique n'est plus une menace directe au général.
Richie Porte, 3e du Tour 2020, a perdu 2'16'' sur la ligne alors que Tao Geoghegan Hart, vainqueur du Giro 2020, a lui lâché 5'33''. Je ne croyais pas en ce dernier pour une place sur le podium mais Richie Porte sortait, lui, d'un Dauphiné remporté et avec deux chronos, il était un atout non-négligeable. La seule manière pour INEOS de tirer du positif de cette journée serait de transformer l'Australien et le Britannique en équipier de luxe. En somme, se dire que deux armes affûtées valent mieux que quatre peu tranchantes.

Qui est le favori de la deuxième étape à Mûr-de-Bretagne ?

Christophe Gaudot
Comment dire autre chose que Julian Alaphilippe ? Pour tout dire, je pensais Mathieu van der Poel favori de la première étape et Julian Alaphilippe, un cran en-dessous. Je me suis trompé. Si personne n'a suivi le champion du monde français sur les pentes difficiles de la Fosse aux Loups, c'est que personne n'en a été capable. A bien y regarder, le profil de l'ascension de Mûr-de-Bretagne dimanche ressemble à celle qui a fait du champion du monde tricolore le premier maillot jaune du Tour de France 2021.
Trois kilomètres à 5,7% de moyenne ce samedi, deux bornes à 6,9% ce dimanche, si les deux juges de paix ne sont pas jumeaux, on peut au moins dire qu'ils ne sont pas très différents globalement. Mais c'est surtout dans le détail que l'on trouve des points communs. Ce samedi, c'est dans les plus forts pourcentages, "loin" de l'arrivée qu'Alaphilippe a placé son attaque. A Mûr-de-Bretagne, le premier kilomètre affiche 10,1% de pente avant que celle-ci ne s'adoucisse à mesure que la ligne approche. Un nouveau terrain de jeu idéal pour le maillot jaune ? Sur ce qu'il a montré ce samedi, on se demande bien qui pourra le suivre...

Le profil de la 2e étape : Double dose de Mûr-de-Bretagne, double dose d'Alaphilippe ?

Jean-Baptiste Duluc
Avec les chutes et les gros dégâts engrangés par celles-ci lors de la 1re étape, le favori de la deuxième pourrait bien ne pas en être un justement, un peu à l’image de ce qu'il s'était passé avec Alexis Vuillermoz en 2015. Ou, du moins, ne pas être Alaphilippe, van der Poel, Van Aert, Roglic, Pogacar ou Matthews, vers qui tous les regards seront tournés. Ayant creusé un petit écart à Landerneau, Alaphilippe a tout intérêt à voir un coureur distancé s’imposer à Mûr-de-Bretagne, pour sécuriser son maillot jaune. En cas d'attaque, si les cadors se regardent, ce n'est pas Deceuninck-Quick Step qui fera l’effort, au contraire de samedi.
La nouvelle approche de l’ascension finale, avec un virage à 90 degrés et un pied abordé quasiment à l’arrêt, favorise bien plus les grimpeurs/puncheurs qu'en 2011, 2015 et 2018. Et ça tombe bien, ils sont nombreux les puncheurs à avoir déjà perdu du temps au général. Parmi eux, Dan Martin (Israel Start-Up Nation), dernier vainqueur en 2018, et Alejandro Valverde (Movistar) auraient pu faire partie des outsiders à la victoire d'étape dans des conditions habituelles. Vu le temps déjà concédé, ils ont tout pour piéger les favoris et aller lever les bras.
Tour de France
"Cavendish a fait le 'come-back' le plus improbable dans le cyclisme"
19/07/2021 À 18:08
Tour de France
Van Aert devrait-il jouer le classement général du Tour ? "Ce n'est pas son kiff"
19/07/2021 À 18:07