Tour de France - Les débats du Tour : Cavendish a-t-il un boulevard pour le maillot vert ? Van Aert et Démare décevants

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TOUR DE FRANCE 2021 - Vainqueur deux fois en trois sprints et bien installé au sommet de la hiérarchie du classement pas points, Mark Cavendish a-t-il un boulevard jusqu'à Paris pour le maillot vert ? Wout Van Aert ou Arnaud Démare, qui est le plus décevant depuis le départ ? La 7e verra-t-elle les favoris s'expliquer ? Ce sont nos débats du Tour.

Tadej Pogacar et Primoz Roglic

Crédit: Getty Images

Cavendish a-t-il un boulevard pour le maillot vert ?

Julien Chesnais
Constat improbable mais difficilement contestable après six jours de course : Mark Cavendish, revenu de nulle part, est le meilleur sprinter sur ce Tour de France. Vainqueur des deux sprints qu’il a pu disputer, à Fougères et Châteauroux, le Cav' a pour moi les cartes en main, et l’équipe qu’il faut, pour aller chercher un deuxième maillot vert, dix ans après le premier. Le Britannique compte déjà une solide avance : 46 points sur Philipsen, 49 sur Bouhanni, 52 sur Matthews et 76 sur Sagan. Il reste encore cinq étapes de plaine, soit cinq journées où il sera favori à la victoire.
Et durant les étapes de montagne, les sprints intermédiaires sont en grande majorité placés avant la première véritable difficulté (7 fois sur 9), ce qui désavantage forcément Sagan et Matthews, les deux favoris au départ de Brest. Tous les feux sont donc au "vert" pour Cavendish. Evidemment, tout le monde s’interroge, et lui le premier, sur sa capacité à passer la montagne et à tenir sur trois semaines. Côté face : Il a terminé 6 des 8 Tour de France qui l'ont vu remporter une étape. En forme, il sait donc faire, et ce Tour n’est pas le plus montagneux de ces dernières années. Côté pile : la dernière fois qu’il a vu Paris, c’était en 2015, et son grand âge ne joue pas en sa faveur (36 ans). Mais avec ce Cavendish-là, est-on encore vraiment à une surprise près ?
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Cavendish en habitué, Bouhanni et Démare frustrés : l'arrivée de la 6e étape en vidéo

Video credit: Eurosport

Christophe Gaudot
Mark Cavendish pourrait bien avoir cent points d'avance après six étapes que je n'y croirais pas. Non pas que je remets en doute les qualités de vitesse du Britannique sur ce Tour de France, ce serait culotté avec deux succès en trois sprints. "Cav'" est bien le sprinter de ce début de Tour et si l'étape de vendredi convenait à ses qualités, j'en ferais mon favori, une nouvelle fois. Seulement, ce n'est pas le cas et Cavendish entre plutôt sur un terrain miné pour lui.
Vendredi, il n'aura aucun souci pour rallier l'arrivée mais ensuite c'est la montagne qui se présente pour les coureurs du Tour de France. Comme l'a souligné Julien, le Tour 2021 est moins montagneux que ses devanciers mais quand même. Après tout ce qu'a traversé le coureur de la Deceuninck-Quick Step, je ne l'imagine pas être capable de rallier Paris, condition sine qua non pour un deuxième maillot vert après celui de 2011. Comme l'a souligné Julien, Cavendish n'a plus terminé de Tour depuis 2015. C'est d'ailleurs la dernière fois qu'il a bouclé une épreuve de trois semaines. A 36 ans, après tous ses soucis de santé, je ne serais pas surpris si Cavendish mettait la flèche en montagne ou si les délais s'occupaient de le mettre hors-course.

Quel sprinter déçoit le plus depuis le départ de Brest ?

Julien Chesnais
Pour ne pas tirer sur l’ambulance, et parce qu’il a clairement manqué de réussite, je ne dirai pas qu’Arnaud Démare est la plus grosse déception chez les sprinters, mais plutôt celui qui a le plus de quoi être déçu. Sur le papier, le Picard apparaissait comme le plus rapide du peloton depuis l’abandon de Caleb Ewan. On pouvait donc s’attendre à ce qu’il impose sa loi au cours de cette première semaine richement dotée en arrivées massives (3 étapes sur 6). Il n’en a rien été : pas de victoire, ni même de podium à savourer.
Il a d’abord déploré l’abandon d’Ignatas Konovalovas, un élément important de son train, dès la 1re étape. Puis privé de sprint sur la 3e étape à cause d’une chute, il n’a pas réussi à se glisser dans la bagarre le lendemain à Fougères (46e). "On n’arrive pas à s’imposer. Il faut que je sois plus agressif", déplorait-il à l’issue de cette 4e étape. Deux jours plus tard, l’arrivée rectiligne de Châteauroux était taillée pour lui. Mais orphelin de son poisson-pilote Jacopo Guarnieri, tombé seul à 3 kilomètres de l’arrivée, Démare s’est contenté de la 4e place. Trois opportunités sont passées pour le quadruple vainqueur d’étape du Giro 2020. Il lui en reste encore cinq d’ici Paris. De quoi encore largement réussir son Tour.
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Wout Van Aert

Crédit: AFP

Christophe Gaudot
J'aurais pu dire Arnaud Démare comme Julien mais j'ai tout de suite pensé à Wout Van Aert. Plus largement, c'est son utilisation, et donc au final ses résultats, qui me déçoivent. Cette première semaine avec deux arrivées difficiles, un chrono et trois sprints, devait lui aller comme un gant. Il en sort avec une quatrième place sur le contre-la-montre et une huitième au sprint ce jeudi à Châteauroux.
Je pense que Jumbo-Visma, toujours très (trop ?) prudente, a commis une erreur en le faisant courir comme l'équipier de Roglic samedi sur la 1re étape. Etait-ce parce qu'il n'avait pas les jambes pour faire autre chose ? Peut-être. Toujours est-il qu'à partir de là, c'est un Van Aert sans confiance que l'on a vu. La preuve avec son sprint de ce vendredi où il commet une erreur en perdant la roue de Mike Teunissen. Sans faire offense à Cavendish, un Van Aert bien lancé et en confiance devrait être capable de le battre. Pour résumer, je pense que Jumbo a pris le problème à l'envers. Peut-être aurait-il fallu laisser à "WVA" le soin de jouer sa carte personnelle, au sprint par exemple, avant de le faire jouer à l'équipier de luxe de Roglic.

Doit-on s'attendre à une bagarre pour le général sur la 7e étape ?

Julien Chesnais
Je fondais beaucoup d’espoirs sur cette étape de moyenne montagne dans le Morvan. Mais ça, c’était avant les écarts creusés par Pogacar lors du chrono de Laval. Le Signal d’Uchon (5,7 km à 5,7%), avec son dernier kilomètre à 13%, est sur le papier le terrain idéal pour dynamiter la course à moins de 20 kilomètres de l’arrivée. Malheureusement, au général, on n’en est plus à se chipoter à coups de seconde entre Pogacar et les autres. Je vois donc mal les favoris se lancer dans une opération aussi lointaine et coûteuse en énergie, vu le peu de bénéfices que l’on pourrait en tirer.
Car le lendemain, nous serons dans les Alpes, où le terrain sera beaucoup plus propice aux grandes manœuvres. Beaucoup devraient donc faire le pari de la sagesse. Y compris Julian Alaphilippe. L’étape lui sied certes à merveille. Mais il est trop bien placé au général pour se glisser dans l’échappée qui ira sans doute se disputer la victoire d’étape. Et trop loin pour espérer renverser Van der Poel (+48”) et Pogacar (+40”) et reprendre le maillot jaune. Dans ces conditions, quel intérêt pourrait-il avoir à passer l’action ?
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Stage 7 profile: Vierzon - La Creusot

Video credit: Eurosport

Christophe Gaudot
Contrairement à Julien, j'espère, et surtout je pense qu'il peut y avoir des attaques de leaders du classement général sur les pentes du Signal d'Uchon. Attention, vu la longueur de l'étape, je suis à peu près sûr que c'est une échappée qui ira se jouer la victoire. Mais cette longueur, extrême pour le XXIe siècle, peut aussi être un argument pour une course de mouvement dans le final.
Je m'explique : une si longue journée, c'est donc rare sur le Tour et les terribles pourcentages du Signal d'Uchon n'en seront que plus difficiles encore. Qu'ont à perdre les adversaires de Tadej Pogacar ? Parmi les coureurs qui jouent le podium à Paris, le plus proche est Rigoberto Uran (+1'21''). Pour Roglic ou Carapaz, le débours est plus important encore. Alors pourquoi pas ? Les INEOS ont promis une course de mouvement et les Jumbo-Visma doivent inventer des choses. Tester l'équipe de Pogacar ne semble pas être la pire des idées à la veille d'Alpes, que je n'attends pas forcément explosives.
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Roglic leader unique ? "On peut se poser des questions chez Jumbo-Visma..."

Video credit: Eurosport

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