Le maillot à pois doit-il devenir un objectif pour Pinot ? Granon ou Alpe d'Huez, laquelle sera la plus prestigieuse ?
Par Laurent Vergne
Publié 10/07/2022 à 21:13 GMT+2
TOUR DE FRANCE - Thibaut Pinot retrouve des couleurs au meilleur des moments, mais le grimpeur de Groupama - FDJ peut-il jouer le maillot à pois ? Au terme d'une première semaine disputée sur tous les terrains, quel moment est sorti du lot ? Après le repos, place aux étapes de légende, mais laquelle sera la plus belle, Granon ou Alpe d'Huez ? Voici nos débats du Tour, après la 9e étape dimanche.
Le résumé de la 9e étape : Pinot y a cru mais Jungels était plus fort
Video credit: Eurosport
Le maillot à pois, un objectif pour Pinot ?
Amaury Erdogan-Gutierrez
Thibaut Pinot nous a rassuré ce dimanche. Plombé dans la dernière ligne droite de sa préparation d'avant-Tour par le Covid, le Franc-Comtois a laissé entendre que les symptômes du virus étaient encore bien vivaces à son arrivée au Danemark. Débarqué sur la Grande Boucle dans le costume "d'ange gardien" de David Gaudu - dixit Marc Madiot - prince devenu roi dans le royaume Groupama – FDJ, le rôle semble trop étroit pour l'effarante popularité du grimpeur de Mélisey, dont les rictus bouche ouverte sont célébrés au pied de chaque caravane.
Alors pourquoi pas se laisser porter par la foule et rejoindre un autre ange, celui de la montagne : Charly Gaul. Le Luxembourgeois a décroché deux prix de la montagne (1955, 1956), et le Vosgien serait bien inspiré de l'imiter. Sauf que, Pinot n'est plus ce leader tout puissant, dont la moindre félure psychologique ou le plus petit des caprices paralysait l'ensemble de l'organigramme. Le centre de gravité s'est déplacé autour de la bouille juvénile de Gaudu (25 ans). Se battre pour attraper la varicelle, ça a un coût. Bien qu’aérien sur les flancs pentus de la Super Planche des Belles Filles, Michael Storer est trop irrégulier pour offrir un sursis à Pinot. Cette année, le podium est à portée, et la première semaine avalée sans avaries a renforcé les certitudes autour du petit prince de Bretagne.
Enfin, rien n'assure le précieux sésame au Vosgien, dans la mesure où depuis quelques éditions déjà, le barème avantage clairement les cadors du général. Et face à un glouton à l’inusable appétit de la trempe de Pogacar, il va falloir se lever tôt. Tant d’écueils et de "si" qui me poussent à répondre non.
Laurent Vergne
J'ai un doute, pour deux raisons. L'un concerne directement Thibaut Pinot. L'autre son rôle sur ce Tour. D'abord, a-t-il vraiment les jambes pour une telle ambition ? La "vraie" montagne reste encore à venir. En deux jours, mercredi et jeudi, le Tour va offrir quatre cols hors catégorie, dont deux arrivées au sommet, au Granon puis à l'Alpe d'Huez. Il y aura ensuite Hautacam dans les Alpes.
C'est en grande partie ici, compte tenu du barème, que le maillot de meilleur grimpeur se jouera. Il faudra du grand, du très grand Pinot pour cela, car les Pogacar, Vingegaard et Cie seront, a priori, là tous les jours. Oui, il peut y avoir des échappées, mais ces dernières années, les ténors ont plus souvent mis la main sur ces très grandes arrivées que le contraire.
Puis tout ne dépendra effectivement pas que de lui. Vouloir, c'est une chose. Pouvoir, une autre. Avoir ne serait-ce que la possibilité de viser le dit maillot à pois, voilà encore un autre problème. Car chez Groupama FDJ se trouve un garçon nommé David Gaudu, qui occupe actuellement la 5e place du classement général. Tant que le Breton naviguera dans ces eaux-à, je doute que Thibaut Pinot dispose de la latitude nécessaire pour envisager le maillot à pois.
Dans les étapes du Granon et de l'Alpe, qui vont venir très vite, il serait presque absurde que le Franc-Comtois ne reste pas aux côtés de son leader. Si la phrase d'avant Tour (le fameux "ange gardien") doit avoir du sens, c'est maintenant. Et ce ne sera pas compatible avec de telles ambitions pour Thibaut Pinot. Si Gaudu explose, il sera temps de reposer la question. Mais en l'état...
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Pinot : "Je suis content de retrouver un peu de sensation et d'avoir les jambes pour me battre"
Video credit: Eurosport
Quel est le moment fort de la première semaine ?
Amaury Erdogan-Gutierrez
Vous ne trouverez pas moins original que moi, puisque je porte mon choix sur la montée de la Super Planche des Belles Filles (7e étape), domptée rageusement par Tadej Pogacar. Je peux entendre ceux qui ont bondi d'excitation devant le coup de fusil des frelons, avec Van Aert en dernière cartouche au Cap Blanc-Nez (4e étape). Mais c'est oublier l'effervescence autour de la montée la plus attendue de la première semaine.
Après un chrono court, le concours d'un vent anesthésiant, et une escale pas si déroutante sur les pavés, le peloton a débarqué face au nouveau chouchou de la direction du Tour avec un classement général étonnamment resserré, où seuls Pogacar et Vingegaard semblaient bien vissés sur leur strapontin.
La folie autour, la tension au centre : un cocktail d’émotions m’a transporté sur la montée vosgienne, jusqu’aux portions cendrées. Et ne me parlez pas de rendez-vous manqué. Pogacar a coché cette étape depuis l'annonce du parcours, et le double tenant a tenu sa promesse. Tracté jusqu’à la flamme rouge par le lieutenant Majka, "Pogi" a pris le temps de passer les vitesses sans caler, les doigts scotchés aux cocottes.
L'héroïque Kämna a servi le suspense, mais ne pouvait que s’incliner face aux graviers et à un drôle de duo : un frelon suivi d'un jeune gallinacé. L’histoire retiendra la hargne du Slovène, déboitant un Vingegaard translucide et garé à l’horizontale après l’arrivée. Du suspense, une hiérarchie établie, une ambiance volcanique, que demander de plus ?
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Le duel a été somptueux : Pogacar a puisé loin pour dépasser Vingegaard au sommet
Video credit: Eurosport
Laurent Vergne
La Planche des Belles Filles, première arrivée au sommet, a effectivement marqué cette première partie de Tour. Tadej Pogacar y a confirmé sa supériorité (même si son avantage chronométrique sur Jonas Vingegaard reste à ce jour relativement faible), mais celle-ci s'était déjà affirmée lors des deux étapes précédentes. Sur les pavés, d'abord, où il a été, de loin, le plus à l'aise de tous les favoris. Puis à Longwy, le lendemain.
En Lorraine, il a suffi d'une (grosse) bosse et d'un sprint en faux-plat montant pour que le Slovène en impose à tout le monde. Il n'en a pas fallu plus pour que chacun comprenne qu'il était, pour le moment en tout cas, un mollet au-dessus de tous les autres. C'est pour moi, le moment le plus fort de sa semaine. Au passage, c'est là qu'il a pris le maillot jaune et s'il n'est pas du tout certain qu'il le conservera jusqu'au bout, il semble bien que cela soit son intention. Longwy a donc de bonnes chances de rester un solide point d'ancrage de ce Tour.
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Un sprint foudroyant et Pogacar prend le pouvoir : l'arrivée de la 6e étape
Video credit: Eurosport
Granon ou Alpe d'Huez, laquelle sera la plus prestigieuse ?
Amaury Erdogan-Gutierrez
Pour tisser un scénario de rêve, il faut un cadre des plus rudes. Que dire alors devant le profil pélasgique du col du Granon, véritable monstre des Alpes. Onze kilomètres à 9,2% de moyenne, c’est dire si on n’y voit que du rouge et du noir sur le profil. Le Granon ne se dompte pas, il s’encaisse.
Une montée de ce type sur le Tour, ce n’est pas anodin. Le profil exagérément mansardé épouse une certaine symétrie avec ses congénères transalpins et ibères. Boudés depuis 1986, l’année du premier sacre de Greg LeMond, les pourcentages charpentés ont été négligés, ou redoutés, au choix. Un retour, ça se fête, et j’imagine aisément un Tadej Pogacar farouchement décidé à inscrire son nom au sommet. Le Slovène, on l’a constaté sur la Super Planche des Belles Filles, a bon goût lorsqu’il s’agit de lever les bras.
Si cela ne suffisait pas, le col de Galibier par son versant accolé au Télégraphe servira d’apéritif corsé aux coureurs. Une mise en bouche pour palais affûtés à l’aune des légendes bâties sur ses pentes bénies. Le Galibier se nourrit de grands raids montagneux, de Marco Pantani (1998) à Andy Schleck, en passant par Alberto Contador (2011), pour les plus contemporains d’entre nous : une chose est sûre, les poids plumes s’y sentent pousser des ailes.
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Le profil du Col du Granon
Crédit: Eurosport
Laurent Vergne
Si on parle de prestige, difficile pour moi de ne pas répondre l'Alpe d'Huez. Bien sûr, le scénario de ces deux étapes donnera plus ou moins d'envergure à chacune de ces journées, mais puisque personne ne peut le prédire, il n'est par définition pas possible d'en faire un argument à ce stade. Le Granon, absent depuis 1986 du parcours du Tour, aura presque le goût de l'inédit. Ce sera, peut-être, l'ascension la plus spectaculaire de cette 109e édition, un peu à l'image de celle de la Loze il y a deux ans.
Mais le prestige ne se construit pas en une après-midi. Il se façonne patiemment, dans la durée. Or l'Alpe d'Huez est devenue, depuis les années 70 (sa première apparition remonte à 1952 mais ce n'est qu'à partir de 1976, après quasiment un demi-siècle d'absence, qu'elle a trouvé pour de bon sa place) un rendez-vous incontournable. Une montée est prestigieuse pour ce qu'elle est, mais aussi pour ce que d'autres y ont fait. Tout ne repose pas sur sa seule difficulté, sa beauté, ou ce que vous voudrez.
Triompher de l'Alpe et de ses 21 lacets, c'est inscrire ses pas dans ceux de Fausto Coppi, des Hollandais qui avaient fait leur cette montagne, de Hinault et de LeMond main dans la main, et ainsi de suite. Dire "J'ai gagné à l'Alpe", c'est une sorte de passeport pour la légende, qui que vous soyez. Surtout quand le Galibier et la Croix-de-Fer la précède. L'Alpe d'Huez est solidement ancrée, tout là-haut, avec le Ventoux, le Galibier, le Tourmalet et quelques autres. Le Granon, pour l'heure, c'est autre chose. Pas mieux, pas moins bien. Autre chose. Mais ce n'est pas plus prestigieux.
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Tour de France Stage 12 profile and route map: Briancon – Alpe d’Huez
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