Tadej Pogacar et l'apprentissage de l'échec : "Je vais revenir affamé"
Par Laurent Vergne
Publié 23/07/2022 à 20:57 GMT+2
TOUR DE FRANCE 2022 – Archi-favori de cette édition 2022, Tadej Pogacar a échoué dans sa quête d'un troisième maillot jaune consécutif. Avec trois étapes en poche, une deuxième place à Paris et le maillot blanc, il est loin d'avoir démérité. Mais c'est son premier échec. Il admet des erreurs, se dit prêt à en tirer les leçons, tout en affirmant sa volonté de rester lui-même.
Et pourtant, Pogacar a harcelé Vingegaard : la compilation de ses attaques
Video credit: Eurosport
Parler d'échec est sans doute injuste. Presque absurde. Tadej Pogacar n'a pas encore 24 ans. Il va finir deuxième du Tour de France. Il a gagné trois étapes. Avec n'importe qui d'autre, un tel bilan à un si jeune âge serait considéré comme exceptionnel. Mais le Slovène n'est pas n'importe qui. Il est Tadej Pogacar et c'est à la fois sa plus grande chance et son plus grand fardeau à l'heure de juger sa prestation sur ces trois dernières semaines. Plus jeune double vainqueur du Tour et archi-favori de cette 109e édition, il savait que tout autre résultat qu'une troisième victoire de rang serait considéré comme une forme d'échec.
Une chose est sûre, "Pogi" s'est montré remarquable dans ce qui constitue sa première défaite sur la Grande Boucle. Jamais il ne s'est départi de son sourire. Jamais il n'a manqué une occasion de saluer l'adversaire. Ce fut encore le cas samedi soir à Rocamadour, où sa troisième place sur le chrono a tout de même confirmé qu'il finissait ce Tour un brin usé. "Ça reste un bon Tour pour moi, j'ai tout donné, je suis juste tombé sur plus fort que moi cette année, a-t-il résumé. Pour les spectateurs, c'est peut-être pas plus mal, car ils aiment voir du changement. Beaucoup veulent un vainqueur différent tous les ans."
De Jonas Vingegaard, Pogacar n'a que du bien à dire. "Il a encore élevé son niveau d'un cran par rapport à l’année dernière, il a été solide et en montagne il a vraiment pris les commandes", relève le maillot blanc, qu'il va remporter pour la troisième fois, celui-ci. "On était aussi face à une équipe Jumbo-Visma vraiment très forte, pratiquement sans aucune faille." Parce qu'il a tenté tout ce qu'il pouvait pour renverser la tendance après le tournant du Granon au milieu du Tour, et par son attitude irréprochable sur le vélo comme en dehors, il sort peut-être même grandi de ce mois de juillet.
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Pris à son propre jeu, Pogacar est tombé… mais Vingegaard l’a attendu
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Mais il devra aussi tirer les leçons de ce premier revers. Au-delà de la force de Vingegaard ou de celle de son équipe, il a conscience d'avoir parfois manqué de lucidité. "J'ai beaucoup appris dans ce Tour, assure-t-il. L'équipe et moi avons commis plein de petites erreurs. C'est bien car ça veut dire qu'il y a une marge de progression pour l'année prochaine, pour qu'on s'améliore sur tous ces petits détails." En premier lieu, il pointe à nouveau la passe d'armes du Galibier avec Vingegaard et Roglic, qui lui a tant coûté un peu plus tard sur les pentes du Granon. "Dans cette étape, concède le Slovène, je me suis épuisé à vouloir courir derrière tout le monde et c'est devenu trop dur à la fin. C'était une erreur de ma part, il y en a sans doute eu d'autres."
Pour certains, Tadej Pogacar a peut-être eu le tort d'en faire trop en première semaine. Toujours à fond, tout le temps. Dès les premières bosses. Sur les pavés. Et même au sprint ! Le Galibier était d'ailleurs dans le même ordre d'idées. Comme s'il ne pouvait jamais s'empêcher de faire la course, d'en être l'acteur et non le spectateur. Mais sur le Tour, il faut parfois savoir mettre le frein à main. L'an dernier, il avait une telle marge et la concurrence était plus faible qu'elle ne l'était cet été, qu'il n'avait pas eu à payer l'addition. Mais sur le fond ne doit-il pas changer ou, au moins, faire des compromis avec son style ?
Sur ce plan, il se montre catégorique : "Non, je ne vais pas changer ma façon de courir. Au col du Granon j'ai fait une erreur mais je n'ai pas fait n'importe quoi non plus. Je me suis bien amusé sur ce Tour et je veux continuer à m'amuser." "Le Tour de France, c'est comme un seau d'eau, si tu le vides trop tôt, il t'en manque à la fin", expliquait pourtant dans une métaphore Andy Schleck, vainqueur de la Grande Boucle en 2010. "En même temps c'est parce qu'il fait la bagarre que Pogacar est aimé", juge quant à lui sur l'AFP Bernard Thévenet, convaincu que la popularité du Slovène sortira renforcée de ce Tour où, après le rôle du patron absolu, il a endossé avec élégance celui du perdant plein de panache.
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L'incroyable passe d'armes : Vingegaard, Roglic et Pogacar s'attaquent dans le Galibier
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Un mal pour un bien ?
"Je suis fier de Tadej, plaide Mauro Gianetti, le manager de UAE Emirates. Il a quand même gagné trois étapes et le maillot blanc. Il aurait probablement pu gagner une autre étape et peut-être remporter le maillot de meilleur grimpeur, mais il a tout risqué pour tenter de remporter le Tour. Il faut être content de ce qu'on a réussi".
Pour un peu, on a presque le sentiment que Pogacar n'est pas totalement mécontent de ne pas avoir gagné. Il n'a certes pas l'âge des lassitudes, mais l'appétit va encore s'aiguiser. "Ça me donne une grande motivation, je vais revenir affamé dans les prochaines courses et dans le prochain Tour de France", confirme-t-il. Le spectre de "l'obligation de victoire" va s'éloigner aussi un peu, et que le poids excessif du maillot jaune, celui du grandissime favori, de l'homme à battre, du "Nouveau Cannibale" à la Merckx, tout ceci va lui permettre de respire run peu mieux.
C'était d'ailleurs la crainte d'Andy Schleck. Le Luxembourgeois sait de quoi il parle. Sur le podium du Giro à 21 ans, candidat à la victoire sur le Tour très jeune, il s'était rapidement consumé. "On ne peut pas savoir quels sont les effets à long terme d'avoir connu le succès aussi jeune, notait-il au début du Tour. Parce que c'est une sacrée pression. On est jeune, on rigole... Lui, il rigole toujours, je pense que c'est parfois un peu 'fake'. Mais la pression, il l'a certainement et elle va augmenter. Et à un moment donné, tu paies tout ça." Voilà pourquoi ce Tour 2022 peut s'avérer un mal pour un bien pour Tadej Pogacar.
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Tadej Pogacar garde le sourire.
Crédit: Getty Images
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