"On est une espèce de sport arriéré" : Pour Steve Chainel, la série sur le Tour de France de Netflix est un premier pas
Eurosport sur GoogleInception. Steve Chainel vous emmène dans les coulisses de la série Netflix qui promet une plongée "au cœur du peloton" du Tour de France 2022. Série disponible depuis le 8 juin dans laquelle notre consultant intervient. Dans cet entretien, il explique comment il a été sélectionné, réagit aux différents critiques qui peuvent titiller les puristes et plaide pour une plus grande ouverture du vélo.
Chainel : "On a toujours l'impression qu'on va se faire 'baiser la gueule'"
Video credit: Eurosport
"Tour de France : Au cœur du peloton". Ou la promesse d'une immersion. Disponible depuis le 8 juin, cette série Netflix propose de vivre le Tour de France 2022 de l'intérieur, à travers huit épisodes, soit huit histoires. Notre consultant Steve Chainel intervient dans ce contenu destiné au grand public… avec les bons et les mauvais côtés que cela implique. Il admet que certains fanatiques de cyclisme puissent rester sur leur faim, mais le résultat global est positif à ses yeux et il exhorte les acteurs de son sport à se débrider.
Vous intervenez dans le documentaire "Tour de France : Au cœur du peloton" de Netflix. Pourquoi vous et pas un autre consultant ?
Steve Chainel : Il y avait dans un premier temps le fait que je parle français. (…) Il faut rappeler que c'est une production française – Quad – associée à Box to box, qui est une production anglaise. J'ai été soumis comme candidat par les équipes d'Eurosport. Cela s'est plutôt bien passé, après un entretien d'une demi-heure sur les Champs-Elysées, l'année dernière à la fin du Tour, j'ai rapidement été remis en contact avec la production Netflix qui appréciait mon profil, le fait que je parle vrai. Il fallait expliquer à "monsieur tout le monde" ce qu'est le vélo, et pour cela, il ne fallait pas forcément un grand champion – et je ne suis pas un grand champion. Je suis très heureux et fier d'avoir été sélectionné.
Avez-vous hésité à vous lancer dans ce projet ? Avec notamment la crainte de ne pas savoir quels propos de vous seraient conservés ?
S. C. : Non. Être face à la caméra pour parler de vélo de la plus simple des manières au grand public comme aux experts c'est quelque chose qui me plaît. J'ai hésité zéro seconde. Il n'y a pas eu de "C'est quand le tournage ? C'est combien ?", c'était : "Je suis OK."
Comment s'est déroulé le tournage, justement ?
S. C. : Cinq jours de tournage, un aller-retour à Londres pour des essais-son, un travail sur la diction et la touche que j'allais devoir apporter. La particularité, c'est que je n'ai jamais vu l'intégralité des épisodes. On m'a raconté, on m'a montré des images, que je devais décrire, et j'étais dans la réaction, avec tout de même une trame à respecter.
Et maintenant, votre avis, après avoir vu le rendu ?
S. C. : Je trouve le rendu extraordinaire, génial. Il fait une publicité incroyable pour tout le cyclisme. Dieu merci, on ne parle que trois minutes de dopage sur une série qui dure quasiment sept heures, alors que quand on veut ouvrir le cyclisme à "monsieur tout le monde", le mot dopage revient très souvent hélas. Cela fait vingt-cinq ans que l'on traîne des casseroles pas possibles… et sur une série mondiale, une plateforme connue, on fait enfin de la bonne pub au cyclisme.
Je suis très, très déçu et remonté de voir que certains connaisseurs du cyclisme trouvent que cette série est nulle, n'a aucun sens. Enfin, on explique le vélo. Enfin, on parle du vélo dans sa splendeur, sur la plus grande épreuve du monde, en un condensé de huit histoires réelles, réalisées de manière dynamique pour que l'on ne se fasse pas "chier" devant l'écran… et il y a quand même des gens qui n'apprécient pas. Je parle peut-être trop avec mon cœur, sans être objectif (…) Les gens du monde du vélo qui sont critiques, j'ai envie de leur dire : "Restez dans votre bulle, n'ouvrez la porte à personne, fermez vos réseaux sociaux, faites le nécessaire pour que plus un sponsor ne s'intéresse au vélo, continuez."
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Chainel : "Les mécontents, je les emmerde"
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Passages "cucul la praline" et "max de monde" à toucher
N'y-a-t-il pas, tout de même, des passages trop vulgarisés pour intéresser les férus de cyclisme ? Êtes-vous sûr que le curseur a été bien positionné ?
S. C. : Quand on m'a demandé d'expliquer ce qu'est le maillot jaune… évidemment, que pour tous les passionnés de vélo, ceux qui nous suivent sur Eurosport, ça donne un passage "cucul la praline", qui n'a limite pas lieu d'être sur ce tournage. Mais il faut comprendre que la production Netflix, c'est pour toucher un max de monde. Combien de personnes dans le monde connaissent les règles d'un contre-la-montre, ce qu'est un domestique, le nombre de coureurs sélectionnés etc. ? Très peu de gens connaissent ces parties très spécifiques. Donc les passages "emmerdants" pour certains ne sont pas logiques pour tout le monde.
Bien sûr que les puristes auraient aimé savoir quel braquet utilise Wout van Aert, combien de temps Jonas Vingegaard part en altitude, quelle était la période d'indisponibilité de Fabio Jakobsen, avec plus de précisions. Des informations que l'on peut chercher sur Internet… si on devient fan. Je vais prendre un exemple : je détestais la Formule 1. Pour moi, c'était : la voiture qui va le plus vite gagne, peu importe le pilote. Quand j'ai regardé "Drive to Survive", j'ai aussi vu des passages "cons", "cucul la praline", mais qui au fur et à mesure des saisons sont plus ou moins mis de côté. Maintenant, je suis les résultats tous les week-ends, je m'intéresse aux écuries, donc la série a fait le boulot, et celle sur le Tour de France va le faire aussi je pense.
Vous évoquez l'évolution de "Drive to Survive". Comment progresser, faire une meilleure saison 2 de "Tour de France : Au cœur du peloton" ?
S. C. : J'ai été coureur cycliste. Quand on est coureur cycliste, on est aux antipodes de vouloir ouvrir sa maison, de vouloir ouvrir la porte d'un stage d'entraînement. On ne veut pas ouvrir les portes du bus etc. parce qu'on est dans un microcosme où l'on a toujours l'impression qu'on va se faire "baiser la gueule". C'est la triste réalité. Il faut passer par des attachés de presse qui réfléchissent, qui vont te dire ce que tu dois dire parce qu'on a peur. On est une espèce de sport arriéré.
Donc pour moi, la principale piste d'amélioration c'est que les coureurs et les équipes lâchent prise. Lâchez prise ! Ce n'est pas trois jours avec une personne de Netflix qui va vous filmer chez vous en train d’acheter du pain qui va poser problème. Il faut aller encore plus loin dans les histoires avec les coureurs, la connaissance de ces héros. J'ai enfin vu Julien Jurdie torse-nu. Je ne l'avais jamais vu durant mes deux années chez AG2R. Je ne connaissais même pas son histoire… et maintenant, j'ai envie d'aller passer du temps avec lui, qu'il y ait un épisode que sur lui, limite. J'ai encore le frisson de le voir pleurer et parler de la fierté qu'il a de ses parents. On est un sport où il peut y avoir des émotions, mais pour cela il faut être capable de les montrer et donc de s'ouvrir.
Il y a la notoriété du cyclisme… et la vôtre. Cette présence sur Netflix a-t-elle élargi le panel des gens qui vous connaissent ?
S. C. : J'ai de nouveaux abonnés sur Twitter et Instagram, certaines personnes se sont arrêtées pour faire une photo avec moi à Lenzerheide, en marge de la dernière épreuve en date de Coupe du monde de VTT… parce qu'elles m'ont vu sur Netflix. J'ai reçu des messages de gens qui ne connaissaient pas forcément le vélo et qui ont apprécié mes interventions. Il y a aussi les mécontents, ceux qui trouvent que j'ai un peu trop vulgarisé les choses, ceux qui ne me trouvent pas légitime, ceux qui disent que je n'ai pas fait le Tour de France – c'est vrai, neuf ans chez les pros, Paris-Roubaix, Milan-Sanremo, Tour d'Italie, Tour d'Espagne… mais jamais Tour de France. J'ai une triple casquette : consultant, ancien coureur et j'essaie de monter une équipe, d'où ma légitimité. Les mécontents, je les "emmerde". Qu'ils fassent le nécessaire pour prendre ma place. Je suis un passionné qui parle avec son cœur et son vécu et j'espère avoir parlé à un maximum de gens.
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