Tadej Pogacar était au niveau pour gagner le Tour, pas pour battre Jonas Vingegaard

Eurosport sur Google

Malgré son printemps tronqué par sa fracture du poignet, Tadej Pogacar a lutté pied à pied avec Jonas Vingegaard pendant les deux premiers tiers de ce Tour de France. Mais il a fini par perdre son bras de fer. Toujours très fort, phénoménal certains jours, le Slovène aurait pourtant sans doute décroché un troisième maillot jaune sans la performance surréaliste de son rival.

Tonne d'attaques, suspense haletant… puis piétiné : c'était Vingegaard vs Pogacar, édition 2023

Video credit: Eurosport

"I'm gone. I'm dead." "Je n'y suis plus. Je suis mort". Ces deux micro-phrases lâchées à la radio lors d'un bref échange avec la voiture UAE mercredi dans l'ascension du col de la Loze ont constitué le point de bascule définitif de ce Tour de France 2023 pour Tadej Pogacar.
Même s'il avait déjà été giflé la veille dans le contre-la-montre, son retard sur Jonas Vingegaard (1'48") n'était en théorie pas encore insurmontable et laissait le Danois à la merci d'un incident ou d'un coup de Trafalgar. Dans la Loze, "Pogi" a définitivement rendu les armes, comme un boxeur saoulé de coups. Il y avait dans ce "Je suis mort" un peu du fameux "No mas" de Roberto Duran contre Marvin Hagler.
picture

Pogacar en perdition, Vingegaard a définitivement assommé le Tour : le film de l'étape

Video credit: Eurosport

Le Slovène ne remportera donc pas son troisième Tour cette année et, après un départ tonitruant qui avait fait de lui le plus jeune double vainqueur de l'Histoire de l'épreuve à moins de 23 ans, il est installé depuis deux éditions dans le rôle moins enviable du dauphin derrière le nouveau patron de l'épreuve. Sera-t-il victime du syndrome Jan Ullrich, sacré à 23 ans sans jamais connaître de lendemain, ou de Laurent Fignon qui fut, avant lui, le précédent champion avec deux maillots jaunes à Paris (à 24 ans) sans plus jamais connaître le goût de la victoire ?
En réalité, Pogacar n'est pas dans une spirale de régression. D'abord parce qu'il n'y a pas que le Tour dans la vie ni dans une carrière et qu'avec quatre Monuments à son palmarès, dont trois différents (Tour de Lombardie x 2, Liège-Bastogne-Liège, Tour des Flandres), il est plutôt dans une phase d'expansion. S'il arrêtait sa carrière aujourd'hui, sa carte de visite suffirait à l'ancrer dans le gotha de son sport. Même si ce désir de s'ouvrir de nouveaux horizons la pénalise sans doute dans sa quête du maillot jaune face à un rival davantage décidé à se focaliser sur ce seul rendez-vous.
Malgré tout, si l'on met de côté sa déroute dans le col de la Loze mercredi, sa performance physique au cours de cette édition 2023 demeure exceptionnelle. Il reste très largement au-dessus de toute personne ne se nommant pas Jonas Vingegaard. Sans ce dernier, la lecture de son contre-la-montre, mardi, serait bien différente. On ne dirait pas que le Slovène a pris une claque, mais qu'il a écrasé la concurrence. La supériorité du Danois, on ne peut plus nette dans cette troisième semaine, ne doit pas exagérément modifier la vision de la performance de Pogacar, qui a lui aussi signé quelques temps d'ascension présentant un caractère historique.
picture

Vingegaard vs Pogacar : comment le Danois a survolé ce duel

Video credit: Eurosport

Pour résumer, il était largement au niveau pour gagner le Tour de France. Mais pas pour battre Jonas Vingegaard. Pas ce Vingegaard-là, en tout cas. "J'étais optimiste après les deux premières semaines qui se sont bien passées, mais peut-être que ma préparation n'était pas si bonne que ça", a estimé jeudi le maillot blanc en se focalisant sur ses propres manques. Non, il n'a pas tenu la distance dans ce dernier tiers de Tour. Mais c'est aussi (surtout ?) parce que le rythme imposé par son rival était trop important. Comme s'il avait évolué en surrégime, sur un fil, qui a fini par casser.
Toutefois, l'ampleur du désastre de la Loze apparaît trop gros pour être vrai. "Mercredi, nous n'avons pas vu le vrai Tadej, a d'ailleurs jugé Mauro Gianetti, le manager de l'équipe UAE Emirates. Vingegaard a été lui-même, mais pas Tadej." Selon lui, son leader a craqué au moins autant mentalement que physiquement dans l'étape-reine : "La journée a été très difficile dès le début avec sa chute. Elle l'a touché physiquement (le Slovène avait notamment un genou en sang, NDLR), mais ça lui a fait aussi mal au moral et comme il avait déjà pris un coup la veille..."
picture

"I'm gone, I'm dead" : Quand Pogacar a prévenu son équipe qu'il était "mort"

Video credit: Eurosport

"Je ne sais toujours pas ce qui s'est passé", s'interrogeait Pogacar à voix haute jeudi soir à propos de sa débâcle, inédite dans son ampleur pour lui sur les routes du Tour, même comparée à sa défaillance du Granon en 2022. Si le principal intéressé a du mal à digérer, son clan tente de remettre les choses en perspective. "Sa deuxième place reste un résultat incroyable, note Gianetti. Deux ou trois semaines après sa chute à Liège, nous n'aurions pas osé penser à ça." "Pogi" est arrivé à court de préparation et sans compétition derrière lui depuis deux mois, en dehors des Championnats du Slovénie. Peut-être avions-nous tous fini par l'oublier dans le feu de l'action de ce Tour déchaîné.
Mais parce qu'il est Tadej Pogacar, un spécimen pas tout à fait comme les autres, il a pu faire plus qu'illusion pendant deux semaines. "On a toujours envie de rêver, avec Tadej, avoue encore Mauro Gianetti, surtout quand il est aussi fort qu'il ne l'était au Pays basque, le premier week-end. Mais si on est raisonnable, je pense que la deuxième place est le meilleur résultat qu'il pouvait obtenir sur ce Tour avec sa condition actuelle." Le meilleur d'entre tous. A part Vingegaard.
C'est un échec relatif pour lui, une fois remis dans son contexte. Maintenant, il devra en tirer les leçons et faire des choix. Le Tour de France est-il sa priorité absolue ? Doit-il tout faire pour arriver au top au mois de juillet ? Doit-il, en gros, faire du Vingegaard ? Ou veut-il rester lui-même, s'amuser du printemps à l'automne, quitte à ne pas être tout à fait à 100% en été ? Son instinct de coureur pourrait le pousser à ne pas se soumettre à une vision restreinte du calendrier, mais il a semblé très affecté par sa défaite en ce milieu de semaine. Au point de reconsidérer sa vision des choses ?
picture

Pogacar : "Beaucoup de gars sont venus me voir au départ pour me réconforter, ça m'a fait du bien"

Video credit: Eurosport

Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité