Tour de France 2023 - 19e étape : Matej Mohoric : "Parfois, j'ai l'impression de trahir mes compagnons d'échappée"
Par Laurent Vergne
Publié 21/07/2023 à 19:07 GMT+2
Le suspense, la victoire et les larmes. Matej Mohoric (Bahrain-Victorious) a signé sa troisième victoire sur les routes du Tour de France vendredi à Poligny, en réglant au sprint un petit groupe de trois. Très ému, le Slovène a presque philosophé sur la condition de coureur et notamment de coureur du Tour. Sans oublier ceux qui ont eu moins de chance que lui dans cette 129e étape.
Un jeter de vélo exceptionnel et Mohoric a coiffé Asgreen : l'arrivée en vidéo
Video credit: Eurosport
Le cyclisme est, bien souvent, un sport collectif. L'expression se rattache à l'œuvre collective d'une même équipe, mais il arrive aussi qu'elle transcende ce simple cadre. Comme dans le cas d'une échappée. Comme ce vendredi, à l'approche de Poligny, où les trois hommes de tête, Matej Mohoric, (Bahrain Victorious), Kasper Asgreen (Soudal - Quick Step) et Ben O'Connor (AG2R Citroën) ont collaboré à la perfection dans le final pour résister au reste du groupe initial.
Avant de redevenir adversaires pour se disputer la victoire, ils sont, d'une certaine manière, des échappés. Des collègues, luttant, même pour un temps, pour un objectif commun. Au point que le vainqueur du jour, Matej Mohoric, en éprouve presque une forme de culpabilité d'être le seul à rafler la mise. C'est la loi, la règle, il le sait, mais... "J'ai presque l'impression d'avoir trahi mes compagnons d'échappée. Sans eux, je ne serais jamais arrivé à la ligne", soupire le coureur de la Bahrain.
Drôle de sport tout de même que celui où l'on a besoin de ses adversaires pour gagner, surtout avec un enjeu aussi important qu'une victoire sur le Tour. "C'est cruel parfois le vélo, une victoire sur le Tour peut changer votre vie... mais ce n'est pas possible pour tout le monde, et oui, c'est cruel et injuste", insiste Mohoric.
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Mohoric, le visage déformé par les pleurs
Video credit: Eurosport
Jeudi, il s'est retrouvé du bon côté de l'histoire pour trois fois rien et à voir les larmes qui dégoulinaient sur son visage, cette troisième victoire sur la Grande Boucle veut dire beaucoup. Surtout en cette fin de Tour 2023 qui s'est avéré si éprouvant :
"On souffre beaucoup pendant la préparation, on sacrifie sa famille, sa vie pour se retrouver ici. Ensuite, on arrive sur le Tour et tout le monde est si fort qu'il est difficile de suivre les roues. L'autre jour, en montant au col de la Loze j'étais vidé. On fait de son mieux mais on souffre dans la roue des autres, tout le monde est tellement fort. Les membres de l’équipe se lèvent tous les matins à 6 heures, et travaillent jusque tard dans la nuit. Parfois, on se dit qu'on n'a rien à faire ici, mais il faut savoir que tout le monde se bat."
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Pogacar, "très ému" pour Mohoric et "fier de lui"
Video credit: Eurosport
Il s'est battu, dans cette 19e étape. Pour lui, mais pas que. "C'est parce que tout le monde dans l'équipe fait des sacrifices que je me suis accroché pour suivre Kasper. Pour Gino (Mäder, son coéquipier disparu tragiquement après une chute sur le Tour de Suisse), pour tout. C'est vraiment une victoire pleine d'émotion pour moi", dit-il.
Est-ce sa plus belle victoire, lui qui avait déjà mis dans le mille à deux reprises sur le Tour 2021 et qui a surtout décroché un Monument avec Milan-Sanremo en 2022. Pas la plus prestigieuse, mais niveau émotions, elle est là, tout en haut. "Je ne gagne pas souvent parce que je ne suis pas le plus fort, dit-il modestement. Mais je sais garder mon sang-froid et ma concentration dans les moments cruciaux. Et quand ça marche, c'est beau."
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La palette : "Mohoric était derrière Asgreen juste avant… et juste après la ligne"
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