Tour de France 2023 - 9e étape - Puy de Dôme, le retour du géant endormi
Par Laurent Vergne
Publié 08/07/2023 à 13:40 GMT+2
C’est l’événement du parcours 2023. Le mythique Puy de Dôme effectue son grand retour sur le Tour de France, après une pause de 35 années. La concrétisation d’un rêve pour Christian Prudhomme, qui avait ce projet en tête depuis son arrivée à la direction du Tour. Il a fallu faire preuve de patience et surmonter un certain nombre de difficultés. Mais dimanche, le Puy de Dôme redeviendra réalité.
Stage 9 profile and route map: Saint-Leonard-de-Noblat - Puy de Dome
Video credit: Eurosport
21 juillet 1988. Une ambiance de plomb enveloppe le Tour de France, miné par ce que l’on appellera "L’affaire Delgado". L’Espagnol, incontestable patron de la course, a été contrôlé positif au probénécide, un diurétique prohibé par le CIO mais pas par l’UCI. Toute cette fin de Tour est pourrie par la polémique qui, à défaut de faire perdre à Perico le Ségovien son maillot jaune, jettera une ombre sur sa victoire et ternira sa réputation. La course, elle, se meurt. Tout le monde attend Paris. L’étape du Puy-de-Dôme, la plus attendue de la troisième semaine, sombre dans l’ennui. Personne n’imagine alors qu’il faudra patienter 35 ans pour y retourner.
Triste fin pour le géant d’Auvergne, devenu en plus de trois décennies et treize ascensions un monument de la Grande Boucle. De la victoire inaugurale de Fausto Coppi en 1952, la même année que la première arrivée à l’Alpe-d’Huez, à la petite mort de 1988, le volcan endormi a offert plusieurs pages de légende. Luis Ocaña y a triomphé, Eddy Merckx et Bernard Hinault y ont souffert. Le mano a mano entre Jacques Anquetil et Raymond Poulidor, non seulement la page la plus fameuse du Puy-de-Dôme mais aussi un des épisodes les plus mythiques de toute l’histoire du lieu, a fini de le figer dans l’histoire de l’épreuve. Puis il a disparu.
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Le Puy de Dôme, théâtre du mythique duel Poulidor - Anquetil en 1964
Video credit: Eurosport
La raison ? Elle est double. L'étroitesse de la route, d’abord. Une voie unique, qui n’offre aucune option de substitution. La route a fini par être fermée aux automobilistes et aux cyclistes en 2010 avec la création d’un train à crémaillère, réduisant la route asphaltée à moins de quatre mètres de large. Surtout, le Puy de Dôme est un lieu protégé, un site UNESCO. Le développement du tourisme responsable collaborait mal avec le passage du grand barnum du Tour de France. Bref, voir le volcan sur la Grande Boucle est devenu au fil des ans une problématique trop complexe.
Pas de public sur les derniers kilomètres
Jean-Marie Leblanc, l’ancien patron du Tour de France, avait fini par évacuer le problème en le rangeant au placard, comme on mettrait la poussière sous le tapis. Mais dès son arrivée en 2004, son successeur Christian Prudhomme a eu dans l’idée de trouver un moyen de faire renaître cette pente historique au mois de juillet. C’est probablement l’unique point de désaccord entre les deux hommes. Avant d’en être le directeur, il est un amoureux du Tour et plus encore de son histoire et de ses haut-lieux. Il lui aura fallu près de vingt ans pour parvenir à ses fins.
Jean-Yves Gouttebel a lui aussi pris ses fonctions en 2004, mais en tant que président du conseil départemental du Puy-de-Dôme. L’entente avec les dirigeants d’ASO ne sera pas toujours cordiale. Christian Prudhomme a ainsi dû renoncer une première fois à retourner sur les lieux du duel Anquetil-Poulidor, comme il l’a confié au journal La Montagne le mois dernier : "Dans le parcours du Tour 2012 que j’ai écrit en 2010, priorité était donnée aux autres massifs qu’alpin et pyrénéen, avec une arrivée au sommet inédite dans les Vosges, à la Planche des belles Filles, une nouvelle ascension dans le Jura, au Grand Colombier et le retour au Puy de Dôme. Mais à l’époque, j’ai eu une fin de non-recevoir."
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Christian Prudhomme, directeur du Tour de France.
Crédit: Getty Images
L’arrivée de Lionel Chauvin en 2021 va relancer le projet désormais lointain de Prudhomme. Ils sont sur la même longueur d’ondes. L’an dernier, les rumeurs d’une arrivée au sommet du Puy de Dôme a refait surface. On parle de 2024. Ce sera finalement douze mois plus tôt. "Ce que j’ai aimé chez Lionel Chauvin, c’est qu’on voit les choses de la même manière, c'est-à-dire le retour des champions dans le respect du patrimoine de l’Unesco, ce qui est absolument capital", explique le patron de la Grande Boucle.
C’était effectivement la "condition sine qua non", selon lui, pour envisager un retour. Avec, notamment, l’absence de public dans les quatre derniers kilomètres de l’ascension, après la barrière de péage. "D’aucuns pensaient qu’avec le train qui mène au sommet, ça ne serait plus possible, expliquait lors de la présentation du parcours au Palais des Congrès Christian Prudhomme. Ça sera possible, on va le faire. Mais, la condition sine qua none, c’est qu’il n’y ait pas de public dans les 4 derniers kilomètres."
Gem' fera l’impasse
Les spectateurs seront donc privés de la conclusion de l'étape et du panorama unique sur la chaîne des Puys. Mais cet aspect-là n’était donc pas négociable. "C'est aussi pour cela, en plus des raisons sportives, que l’on partira de plus bas, de Clermont-Ferrand, afin d’étirer l’ascension et d’étaler le public sur 7-8-9km jusqu’à la fameuse barrière", ajoutait le directeur du Tour en octobre dernier.
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Le profil du Puy de Dôme.
Crédit: ASO
Un système de drones thermiques pourrait même être utilisé pour coincer les audacieux ou les petits malins qui décideraient de camper sur place deux ou trois jours avant. "Il n’est pas question d’abîmer ce site. Pour nous, ce serait un échec terrible", a clairement admis Christian Prudhomme. La fête sera réussie si l’aspect sportif est au rendez-vous, mais aussi tout l’aspect organisationnel. Seuls 20% des véhicules suiveurs pourront ainsi emprunter la voie d’accès et la zone technique, allégée, ne sera pas située à l’arrivée.
Pour le public, redescendre sera un sacré chantier puisqu’il n’y a qu’une route et qu’elle est tout sauf large. Raphaël Geminiani n’en sera pas. Bon pied bon œil à 98 ans, l’un des derniers témoins du légendaire combat Anquetil – Poulidor a décidé de ne pas venir. "Ce sera une pagaille affreuse. Pour monter, c’est de la rigolade, mais pour redescendre..." prévient Gem dans le dernier numéro de Vélo Magazine. Mais 35 années d’attente valent bien un sacrifice.
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