Tour de France 2023 | Dix ans après son premier sacre, Que reste-t-il de Christopher Froome ?

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Six ans après son dernier sacre sur le Tour de France, Christopher Froome a été laissé à la maison par son équipe Israel - Premier Tech en 2023. Du coureur quadruple vainqueur du Tour en 2013, 2015, 2016 et 2017, il ne reste pour ainsi dire rien, sa chute sur le Dauphiné 2019 ayant tout changé. Mais de son règne, l'un des plus prolifiques de l'histoire de la Grande Boucle, que garde-t-on ?

2013 : le premier sacre sur le Tour de Chris Froome

Crédit: Getty Images

Avec combien de Tours de France Tadej Pogacar ou Jonas Vingegaard achèveront leur carrière ? Combien en promettait-on à Egan Bernal ? Quatre, cinq, six, plus encore ? Chris Froome lui ne parie pas sur l'avenir. Seul sur son île à quatre succès (2013, 2015, 2016 et 2017), le Britannique se classe juste derrière les légendes à cinq victoires : Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Et pourtant, de ce règne, débuté il y a 10 ans, qui a fait basculer le cyclisme dans une nouvelle ère, il ne semble pas rester grand-chose.
Dans cette caste-là, on arrive souvent avec le fracas d'une performance qui force l'ébahissement. Christopher Froome a lui choisi de tuer le père pour s'imposer comme le boss à venir. Sky avait tout fait pour que Bradley Wiggins, le chouchou de la maison, soit l'homme de la première victoire de l'Empire sur le Tour de France ? Très bien. Mais dès 2013, Froome voulait les clés et il n'avait pas hésité à attaquer "Wiggo" vers La Toussuire pour montrer à son équipe qui était le plus fort sur le vélo.

Des coups de poings et le Ventoux

Un fracas qui avait d'ailleurs manqué de pousser Wiggins à quitter le Tour de France avec, pourtant, une victoire finale acquise pour horizon. Mais finalement que retient-on de ses quatre victoires ? Quelques coups de poings (Ax-3 Domaine 2013, la Pierre-Saint-Martin 2015) avant deux éditions où sa domination a moins sauté aux yeux. En 2016, Froome n'a pour ainsi dire fait aucun écart, ou presque, en montagne avant un Tour 2017 dans lequel il n'a pas décroché le moindre succès d'étape. Est-ce un premier malentendu à propos d'un vainqueur qui a, comme d'autres, construit ses succès sur les chronos ?
Et au fond, quelle image retenir de cette demie décennie de Froome sur le Tour ? Sa course folle dans le Ventoux évidemment. Privé de vélo, dégingandé, le doigt collé à l'oreillette, le maillot jaune avait réagi comme il avait pu et fut moqué plus qu'autre chose. La décision des commissaires de le remettre dans le temps de Bauke Mollema et devant tous ses adversaires au général n'avait en outre pas aidé à la mettre à son crédit. Pour une fois malchanceux, Froome avait vu passer sa chance de faire monter sa côte de sympathie sérieusement mise à mal par les doutes sur son ascension express (il avait terminé le Tour à la 84e position en 2008).
Les années de son règne furent d'ailleurs marquées par la suspicion permanente. "Je ne déshonorerai jamais le maillot jaune", avait-il écrit dans une tribune pour Le Monde… en 2018, quelques mois après son contrôle anormal au salbutamol. Mais une partie du public n'avait pas entendu ce contrôle pour en faire un coupable. Insulté sur le bord de la route, Froome avait aussi vu un spectateur lui jeter de l'urine au visage lors d'une étape du Tour 2015.
Un gigantesque point d'interrogation fut donc jeté sur son règne puisqu'il serait, pensaient certains, rayé des palmarès un jour ou l'autre. Et le style de son équipe, la Sky, ne l'a pas aidé à polir son image.
Plus que par Chris Froome, la décennie 2010 est marquée par les Sky devenus INEOS Grenadiers. Wiggins et Froome donc mais aussi Thomas et Bernal ont gagné le Tour sous les couleurs de l'Empire et jamais, ou presque, le style ne s'est démenti. A vrai dire, "Froomey" souffre d'une petite injustice puisque s'il n'a pas fait exploser le cadre comme un Egan Bernal, il en est plus souvent sorti que Bradley Wiggins et Geraint Thomas.

Plus Vingegaard que Pogacar

Mais Froome, comme ses deux compatriotes vainqueurs du Tour de France, semble appartenir à une époque lointaine. Quadruple vainqueur entre ses 28 et 32 ans, celui qui défend désormais les couleurs d'Israel - Premier Tech avec beaucoup de difficultés, a ensuite vu Bernal (22 ans) et Pogacar (21 puis 22 ans) lui succéder et changer, pour un temps au moins, la face du cyclisme.
Qu'ont en commun Tadej Pogacar et Christopher Froome ? Un brin d'humour, peut-être, mais sur le vélo les deux hommes sont à peu près aussi semblables qu'un Paris-Roubaix et une étape de montagne du Tour de France. L'un renvoie l'image d'un cyclisme maîtrisé, calculé au millimètre quand l'autre fait feu dès qu'il peut et ne semble jamais devoir être à court de cartouches.
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Video credit: Eurosport

En ce sens, Jonas Vingegaard se rapproche beaucoup plus de Froome. Et on ne peut pas dire que l'image du Danois soit très positive en 2023. "Pogi" et consorts ont complètement ringardisé une époque pourtant pas si lointaine qui avait elle-même été une révolution, bien qu'elle n'ait pas fait lever les foules.
Et si Froome s'est arrêté à quatre, ce que personne n'avait fait avant lui dans l'histoire du Tour de France, sa quête d'éternité et de cinquième succès s'est limité à une édition 2018 dans lequel il n'a jamais pu véritablement contester la prise de pouvoir de Geraint Thomas chez Sky. Et de fin de règne brutal, il n'y a pas eu sur la Grande Boucle puisque depuis sa chute, chacun a compris que le grand Froome n'était plus.
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