Tour de France 2023 | Euskaltel-Euskadi, une histoire basque

Eurosport sur Google

Voilà dix ans que le Pays basque ne vibre plus tout à fait de la même façon pour le cyclisme professionnel. Dix ans que la forme la plus aboutie du projet Euskaltel-Euskadi a disparu au plus haut niveau où elle a laissé une trace évidemment indélébile par son caractère unique et la ferveur de ses supporteurs que le peloton du Tour de France va rencontrer tout le weekend.

Euskaltel-Euskadi, la fierté du Pays basque

Crédit: Quentin Guichard

Un maillot inoubliable, des noms qui résonnent et une histoire à part. Euskaltel-Euskadi, c'est avant tout une fierté. Pas nationale, puisque l'Espagne et la France se partagent le Pays basque, mais régionale. Aucune autre équipe dans l'histoire du cyclisme professionnel n'a plus fait pour son territoire que la bande à Miguel Madariaga entre 1994 et 2013, année de la disparition de l'équipe au plus haut niveau. Un Basque d'adoption, Samuel Sanchez, et un Français, Romain Sicard, racontent ce qu'était Euskaltel-Euskadi à leurs yeux et à ceux du Pays basque, théâtre du Grand Départ du Tour de France 2023.
Un projet un peu fou est né dans la tête de Miguel Madariaga au début des années 1990. Le père d'Euskaltel-Euskadi veut créer son équipe mais pas n'importe comment. Celle-ci aura un tel ancrage basque que seuls des coureurs de la région pourront la rejoindre. "Il a été celui qui a permis à beaucoup de personnes d’Euskadi de réaliser leur rêve, raconte un Samuel Sanchez ému. Il a permis à une toute petite équipe de monter au sommet du cyclisme mondial, de faire podium sur le Tour, gagner des étapes sur celui-ci, sur la Vuelta, sur le Giro, de gagner un titre olympique, d'être la meilleure équipe de la Vuelta."
picture

Euskaltel-Euskadi sur la Vuelta 2013

Crédit: Getty Images

Une famille, un territoire

Ces mots suffisent à comprendre d'où vient Euskaltel-Euskadi et jusqu'où elle a réussi à monter dans un cyclisme qui avait déjà changé dans les années 2000 sans atteindre les sommets budgétaires de 2023. Rêver était encore possible mais tout en gardant les pieds sur terre, comme l'explique Romain Sicard, membre de la formation de 2010 à 2013 : "Je n'ai jamais oublié ce qu'il m'a dit à mon arrivée : 'une bonne personne fera toujours un bon coureur, l'inverse n'est pas toujours vrai'. Euskaltel c'était une famille, on était ses enfants".
Des enfants qui jouent dans la même cour de récréation : le Pays basque évidemment. Plutôt solitaire dans sa pratique, au moins à l'entraînement, le cycliste trouve du lien en course et dans les stages qui se multiplient en 2023. Mais il y a 20 ans, les coureurs d'Euskaltel n'avaient pas besoin de ça pour se retrouver. "Tous habitaient dans un rayon de 200 kilomètres, remet Sicard. On représentait un territoire, on était tous au même endroit, on était capable de faire les entraînements collectifs presque tous les jours tous ensemble, ça renforçait ce côté identitaire, on voulait prouver aux autres qu'on était capable."
C'est aussi pour ça que les Basques s'identifient autant à leur équipe. Être un gamin de la région qui aime rouler et ne pas rêver d'en porter les couleurs relève de l'impossible. Habitant du côté français, Romain Sicard se glissait volontiers au milieu de la foule orange dans les Pyrénées sur le passage du Tour de France. Enfant puis adolescent, il y a vu avec son père les ikurriña, ces drapeaux basques, par centaines et compris qu'un jour il voudrait être celui que ces supporteurs célèbreraient sur son passage.
"Bien sûr que c'était un rêve, s'enflamme-t-il. C'était l'équipe locale, elle avait une âme, une identité, et surtout une ferveur du public." Quel ne fut donc pas son bonheur de participer au Tour de France 2013 avec Euskaltel-Euskadi. Un moment pourtant difficile pour une équipe qui courrait à sa disparition mais des instants à part pour lui dans les Pyrénées.
Champion olympique 2008 sur route, Samuel Sanchez n'hésite d'ailleurs pas un seul instant pour retrouver les grands moments de sa carrière. Le Tour du Pays basque remporté en 2012 évidemment, "une libération" tant la course avait de l'importance à ses yeux, mais aussi, et surtout, sa victoire à Luz-Ardiden sur le Tour de France l'année précédente :
"Je me souviens que tout était orange. Mais vraiment tout, je roulais sous un ciel orange, avec des gens habillés en orange. Pour moi, c’est une des meilleures ambiances du Tour ces dernières années, cet espèce de nuage orange. C’était l’exemple parfait d’une équipe qui mobilise toute une région et toute une population, toutes classes sociales confondues, autour d’une seule et même cause. C’était presque du football. On avait des supporters comme le Real Madrid ou le FC Barcelone, les gens avaient notre maillot."
On comprend alors aisément dans quelle tristesse l'arrêt de l'équipe dans sa version World Tour a plongé toute la région. Sanchez évoque un "traumatisme" quand Romain Sicard se rappelle de ce Tour 2013 secoué par les rumeurs faisant état de difficultés financières pour cette petite structure : "Sur ce Tour il fallait faire honneur à l'équipe, on se disait qu'on avait une responsabilité. Ça n'a pas été de notre ressort mais on avait l'impression d'avoir l'avenir de notre équipe entre nos mains".

Du talent mais pas d'équipe au plus haut niveau

En vérité, le déclassement d'Euskaltel avait été entamé depuis plusieurs saisons déjà, loin de l'époque sulfureuse mais victorieuse des Iban Mayo, Haimar Zubeldia ou Roberto Laiseka. Le Tour de France 2003 "qui a marqué l'adolescence" de Romain Sicard, quand Mayo avait triomphé de l'Alpe d'Huez et qu'il avait terminé à la 6e place du général juste derrière Zubeldia semble loin. Mais qu'importe finalement. Pour les Basques, les résultats importent moins que le simple fait de défendre les couleurs de la région avec honneur et panache.
Même après la disparition de l'équipe World Tour, l'ikurriña n'a pas déserté le bord des routes puisque la Fondation Euskadi tente de conserver une structure qui navigue dans les divisions inférieures du cyclisme. "Ils font les choses dans le bon sens en partant de la base de la formation", souffle Romain Sicard.
Actuellement en deuxième division, celle qui a retrouvé le nom d'Euskaltel-Euskadi, se trouve néanmoins encore loin de l'élite mondiale. La retrouver est-il du domaine du rêve ? "Il faut de l’argent, tout simplement, répond Sanchez. Il y a toujours un vrai réservoir de talents au Pays Basque, il y en a même qui évoluent en World Tour au plus haut niveau. Mais sans budget, c’est impossible de faire quelque chose de sérieux." Et sans équipe au plus haut niveau, le Pays basque est condamné à voir ses talents, pourtant nombreux, s'exporter. Et sans eux dans une équipe au très haut niveau, impossible de retrouver le "Graal", dixit Sicard, qu'est le Tour de France.
(Avec Cyril Morin)
picture

Fritsch : "L'aspect émotionnel est la faille de Vingegaard"

Video credit: Eurosport

Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité