Il lui aura fallu 18 ans mais Christian Prudhomme l’a fait : il a ramené le Tour de France sur les pentes du Puy-de-Dôme, pour la 14e fois de l’histoire. Trente-cinq ans après le succès Johnny Weltz en 1988, ultime coureur à avoir triomphé du géant d’Auvergne sur la Grande Boucle. La chose n'était pas aisée, la faute d’abord au différend qui opposa les organisateurs du Tour aux propriétaires du volcan avant que la construction du Panoramique des Dômes, ce chemin de fer qui mène au sommet, ne rétrécisse la route.

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Trop pensait-on alors pour espérer y revoir la Grande Boucle. C’était sans compter sur la détermination du directeur du Tour. "D’aucun pensait qu’avec le train qui mène au sommet, ça ne serait plus possible, explique Christian Prudhomme, ce jeudi au Palais des Congrès (Paris), lors de la présentation de la 110e édition de l'épreuve. Ça sera possible, on va le faire. Mais, la condition sine qua none, c’est qu’il n’y ait pas de public dans les 4 derniers kilomètres". Un moindre mal compensé et réfléchi à l’avance par les organisateurs, qui ont adapté la montée finale dans ce sens.

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"C’est aussi pour cela, en plus des raisons sportives, que l’on partira de plus bas, de Clermont-Ferrand, afin d’étirer l’ascension et d’étaler le public sur 7-8-9km jusqu’à la fameuse barrière", poursuit le directeur du Tour. Une barrière qui sert de frontière entre la montée sur une route large et la terrible ascension du Puy de Dôme.

Inédit pour tous les coureurs

Avec 4km à plus de 12% de pente moyenne, la montée auvergnate est évidemment la plus dure du Massif Central. La seule d’ailleurs à déjà avoir été classée en Hors-Catégorie sur le Tour de France (1983 et 1986). Un statut qu’elle mérite largement tant elle propose une route atypique au possible. La présence de la crémaillère le long de la route est déjà l’assurance d’images singulières mais la route se suffit pour cela à elle-même.
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"Le Puy de Dôme est unique : ça n’existe pas ailleurs une arrivée qui tourne dans un même sens avec un 12 % quasiment constant", rappelle Christian Prudhomme. Ici, pas de lacets mais la sensation, la certitude même, de tourner en rond, rendant encore un peu plus infernale et interminable l’ascension. Et qui dit 35 ans d’abstinence dit forcément manque de repères pour les coureurs. "Je ne connais pas du tout l’ascension, je n’y ai jamais mis les roues, avoue David Gaudu, 4e du Tour 2022. Tout ce que je sais, c’est que c’est une toute petite route, ça va être très difficile".

Un épaule contre épaule rentré dans la légende

Même son de cloche chez son coéquipier Valentin Madouas : "Ça sera très particulier, sans public et très raide dans la fin d’ascension, estime le 3e du dernier Tour des Flandres. Je pense qu’on a hâte d’y être, nous - même si ça va être une montée de souffrance". Le Puy de Dôme, c’est tout simplement un mythe auquel le Tour attendait depuis trop longtemps de rendre hommage. "Le Puy de Dôme, c’est beaucoup d’émotion, raconte Christian Prudhomme. C’est quelque chose de très fort. Le Puy de Dome, c’est un des sommets qui a fait l’histoire du Tour".

Duel Anquetil-Poulidor sur le Tour 1964

Crédit: Getty Images

Un sommet où les plus grands se sont imposés : Fausto Coppi (1952), Federico Bahamontes (1959), Luis Ocana (1971, 1973) ou encore Joop Zoetemelk (1976, 1978) pour ne citer qu’eux. Mais le Puy de Dôme, c’est surtout et avant tout ce fameux duel entre Jacques Anquetil et Raymond Poulidor en 1964. Un mano-à-mano passé à la postérité, épaule contre épaule, entré dans la légende du cyclisme et dont tout le monde se souvient. Même ceux qui n’étaient pas nés alors.« Le Puy de Dôme, c’est la bataille avec Poulidor, connaît Gaudu. Il ne réussit pas à avoir le maillot jaune malheureusement mais c’est une arrivée mythique du Tour ».

Bien placée, bien tracée, dégâts assurés ?

"C’est un lieu mythique, confirme son équipier à la Groupama-FDJ Valentin Madouas. Je n’étais pas né la dernière fois que le Tour est passé par le Puy de Dôme mais c’est une montée dont on a tous entendu parler". Une ascension qui pourrait bien faire de gros dégâts. Placée idéalement dans ce Tour de France, à l’aube d’une journée de repos et au terme d’une première semaine difficile où le Pays Basque et les Pyrénées auront déjà établi une première hiérarchie, cette étape vers le Puy de Dôme a tout pour être un des grands moments de ce Tour. D’autant que, clin d’œil supplémentaire, elle partira de Saint-Léonard-de-Noblat, chez "Poupou".

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Entre l’étroitesse de la route, la sévérité de la pente et la perspective du repos le lendemain, les leaders ne pourront s’y cacher et on devrait assister à un spectacle grandiose sur les pentes de l’ascension auvergnate. Il serait surprenant, voire inquiétant, de voir un favori y perdre plus d’une minute mais il le serait encore plus d’avoir une arrivée au sprint entre plusieurs coureurs. Et pourquoi pas rêver d’un nouveau coude-à-coude comme en 1964. Comme le dit si bien le directeur du Tour : "Le Puy de Dôme, c’est la légende du Tour. Et elle ne demande qu’à s’écrire à nouveau". On ne demande pas mieux.

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