Tour de France 2023 - Pour les villes-arrivées inédites, quête de notoriété et coup de projecteur
Publié 21/07/2023 à 00:06 GMT+2
Chaque année, les organisateurs du Tour de France offrent le passage du Tour à de petites communes qui espèrent en tirer une notoriété nouvelle. Certaines en profitent pour entrer à la fois dans la légende du Tour tout en obtenant un coup de projecteur national et même international, au point de voir leur "vie" changer. Vendredi, ce sera au Tour de Poligny.
Le village de Poligny.
Crédit: Getty Images
Bien sûr, il y a eu Bordeaux pour la 81e fois, Pau pour la 74e , Bayonne pour la 33e et Morzine pour la 22e, sans compter Paris. Mais aussi des lieux que le Tour de France n’avait jamais visités : après Bilbao et Amorebieta-Etxano, il y eut Nogaro (Gers), Chatillon-sur-Chalaronne (Ain), Belleville-en-Beaujolais (Rhône), Moulins (pourtant préfecture de la Loire), ainsi que Combloux, Passy et Les Gets (Haute-Savoie), auxquels on peut ajouter Vulcania, cher au défunt président Giscard d’Estaing. Vendredi et samedi, Poligny (Jura), et Le Markstein, gravi en 2022 par le Tour féminin, conclueront la galerie des arrivées inédites.
Il suffit parfois d'une première pour entrer dans la légende du Tour. L’exemple le plus fort est sans conteste celui d’Orcières-Merlette, dans les Hautes-Alpes. Station de sports d’hiver peu connue, elle intègre d’un coup dans le club des grands le 9 juillet 1971. Pensez donc : Luis Ocana terrasse le cannibale, Eddy Merckx, en le devançant de huit minutes. Merckx, dont c’est le premier échec, commente : "Ocana nous a matés comme El Cordobes dans l’arène mate ses taureaux." Dans L’Équipe, Jacques Goddet est définitif : "Jamais les choses ne seront plus comme avant."
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Luis Ocana : Et Orcières entra dans la légende du Tour.
Crédit: AFP
Ce coup de théâtre, qui propulse Orcières-Merlette dans l’histoire du Tour, va être suivi de deux autres : après la journée de repos, sur la route de Marseille, Merckx et ses équipiers attaquent et le Belge reprend deux minutes à Ocana. Les échappés roulent si vite vers Marseille que le maire, Gaston Defferre, arrive en retard sur la ligne d’arrivée ! Mais, le 12 juillet, sous l’orage, Ocana chute dans la descente du col de Menté et doit abandonner. Eddy Merckx gagne son troisième Tour de France et les touristes afflueront dès l’hiver suivant à Orcières-Merlette.
Arrivée dans un chantier
Autre exemple : le Futuroscope. La première fois que le Tour y pose ses valises, en 1986, le "bébé" de René Monory, élu du département de la Vienne et président du Sénat, est à peine sorti de terre. Il n’ouvrira qu’un an plus tard. Ce ne sont partout que grues, chantiers et travaux. José Angel Sarrapio gagne l’étape et, dans tous les pays du monde, le futur parc d’attractions s’offre bien mieux qu’une campagne de publicité.
En 1990, c’est le Graal avec le grand départ. Trois étapes s’y déroulent : un prologue remporté par Thierry Marie, une étape en ligne et un contre la montre par équipes où s’impose Panasonic. C’est même une étape historique qui se déroule ce dimanche 1er juillet au matin sur 138 kilomètres. Dès le départ, quatre échappés : Frans Maassen, Steve Bauer, Ronan Pensec et Claudio Chiappucci. Ils roulent si vite qu’on entend Bernard Hinault, dans une voiture de la direction, gueuler Caravane avant, plus vite, plus vite !" On se retourne, les quatre sont presque sur le pare-chocs. Le peloton ne les reverra pas.
Sur la route, des agriculteurs mécontents jettent des peaux de moutons sur les voitures suiveuses (le lendemain, sous une pluie battante, la course sera même déviée pour éviter les manifestations). L’échappée permettra à Maassen de gagner l’étape et aux trois autres de porter tour à tout le maillot jaune : Steve Bauer puis Ronan Pensec et enfin Claudio Chiappucci, en jaune jusqu’à la veille de l’arrivée, battu finalement dans le contre-la-montre du lac de Vassivière par Greg LeMond. Le Tour reviendra au Futuroscope en 1994, 1999 et en 2000 pour le grand départ. Lance Armstrong y gagnera deux étapes mais chut, il ne faut pas le dire.
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Le Tour de France au Futuroscope en 1999.
Crédit: Getty Images
Une villa comme cadeau
D’autres lieux ont savamment utilisé le Tour pour faire leur promotion : le Puy-du-Fou avec deux grands départs et une arrivée d’étape ; le lac de Madine, qui a eu moins de chance avec, en 1993, un contre-la-montre disputé sous une pluie glaciale et remporté par Miguel Indurain terrassant une fois de plus la course ; ou le lac de Vassivière, avec trois contre-la-montre.
Et puis il y eut les années Merlin-Plage, avec deux arrivées d’étapes en 1972 et 1975 et un grand départ en 1976 sur cette côte vendéenne où mille logements venaient d’être construits. L’entrepreneur Guy Merlin, inventeur du tourisme de loisirs avec des constructions plus ou moins élégantes sur le littoral, avait trouvé une sacrée caisse de résonnance pour ses appartements à bas prix. Une arrivée, quatre arrivées et cinq départs, dont un prologue remporté en 1976 par Freddy Maertens contre-la-montre. Les "circuits Merlin-Plage" se déroulaient sur le territoire des communes de Saint-Jean-de-Monts et Saint-Hilaire-de-Riez, mais on oubliait parfois de les citer, ce qui rendait furieux les maires. Mais ça ne leur avait rien coûté non plus, l’entreprise Merlin prenant tout en charge…
Accusé de défigurer la France avec ce que certains appelaient ses "cages à lapins", Guy Merlin était généreux avec les coureurs, offrant 100 000 francs de l’époque (environ 76 000 euros)… et une villa, notamment à Bernard Thévenet. Le vainqueur du Tour 1975 a souvent raconté qu’il n’était jamais allé chercher les clés…
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