Tour de France 2024 | "On est la génération inspirée par Armstrong" : Peut-on dire ça en 2024 ?

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Au mois de mars dernier, quand il avait triomphé de Paris-Nice, Matteo Jorgenson (Visma | Lease a Bike) s'était enflammé à propos de la nouvelle génération du cyclisme américain. Citant Brandon McNulty ou encore Sepp Kuss, l'homme à tout faire, actuel 12e du Tour de France au soutien de Jonas Vingegaard, avait évoqué, pour lui et les autres, l'influence de… Lance Armstrong.

Lance Armstrong et ceux qu'il a "inspirés" : Matteo Jorgenson, Sepp Kuss et Brandon McNulty

Crédit: Quentin Guichard

Il y a un nom que le monde du cyclisme ne veut pas entendre prononcer. Un homme à qui tout le monde a préféré tourner le dos, peut-être pour ne pas avoir à faire son propre examen de conscience, sans doute aussi parce que personne, à notre connaissance, n'est allé aussi loin que Lance Armstrong dans la tricherie, plus mafieux que simple truand. De l'Américain, ancien septuple vainqueur du Tour de France, l'immense partie du monde de cyclisme a retenu la triche. D'autres, comme Matteo Jorgenson, en gardent, semble-t-il, autre chose.
Valeur montante avant son transfert chez Visma | Lease a Bike, et plus encore depuis cette année et son arrivée chez les Néerlandais, l'Américain de 25 ans était passé sous les radars médiatiques, faute d'une grande victoire. Il n'a pas attendu longtemps pour l'obtenir, triomphant de Primoz Roglic, Remco Evenepoel ou Egan Bernal sur le dernier Paris-Nice. L'occasion d'en dire plus sur son parcours qui l'a, un temps, mené en France dont il parle parfaitement la langue.

Jorgenson, McNulty, Kuss...

Ce dimanche de mars, sur la Côte d'Azur, ils étaient même deux Américains à monter sur le podium. Matteo Jorgenson vainqueur donc et Brandon McNulty (UAE-Emirates) sur la troisième marche. "C'est cool, c'est vraiment une nouvelle vague de cyclistes américains, appréciait Jorgenson. Je crois qu'on est la génération qui a été inspirée par Lance Armstrong. Pour moi, c'était le cas en tout cas." Une phrase lâchée le plus simplement du monde comme si le Texan n'était pas la personne la plus haïe de l'histoire du cyclisme, comme si se réclamer de lui relevait de l'acceptable.
Dans sa confession, le lieutenant de Jonas Vingegaard avait emmené Sepp Kuss et donc Brandon McNulty, avançant qu'eux aussi avaient évidemment été influencés par "L.A.". "Il a fait beaucoup pour l'image du cyclisme aux Etats-Unis, rembobine Phil Liggett, bien placé pour le savoir, lui qui commente le Tour de France pour NBC depuis 52 ans avant une probable retraite à l'issue de l'édition 2024. Grâce à la façon dont il a dominé le Tour, les Américains ont commencé à regarder le Tour."

Jorgenson est né en 1999, année de la 1re victoire d'Armstrong

Liggett fut, faut-il le rappeler, l'une des voix qui défendait plutôt Armstrong pendant son scandale. Il poursuit : "Parce qu'il est passé d'un cancer à sept victoires dans le Tour de France, c'est une histoire brillante. Il a fasciné le public américain." Son histoire ressemblait, en de nombreux points, à un film hollywoodien. Une métaphore que reprend notre interlocuteur. "Il était une célébrité de premier ordre, une star de cinéma". Un rappel qui expliquerait son influence sur toute une génération aux yeux de Liggett.
Né le 1er juillet 1999, Matteo Jorgenson sortait à peine de la maternité quand Armstrong remportait le prologue du Puy du Fou, prélude à son premier succès au général. Il n'avait que six ans quand son modèle montait une dernière fois sur la plus haute marche du podium à Paris et quand L'Equipe faisait sa Une sur "Le mensonge Armstrong", en août 2005, treize quand l'intéressé avouait ses fautes en direct à la télévision américaine. On peut donc imaginer que c'est entre 2005 et 2013 que l'influence de l'ancien septuple vainqueur fut la plus prégnante sur le jeune Jorgenson, à moins que…

L'ère du soupçon

Son "american dream" à lui, sa puissance médiatique aux Etats-Unis, la force de ses convictions et sa capacité à les faire passer aux autres, notamment au travers de la fondation "Livestrong" ainsi que son combat "moi contre le monde", autant d'arguments qui expliquent pourquoi un jeune se lançant dans le cyclisme par-delà l'Atlantique ne pouvait échapper à l'influence du plus grand vilain de l'histoire du cyclisme.
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A Evenepoel l’étape, à Jorgenson le général : revivez l’arrivée des deux coureurs à Nice

Video credit: Eurosport

Pour autant, la sortie de Matteo Jorgenson interroge, au moins autant sur lui que sur ses pairs et sur le cyclisme de 2024. Se serait-il permis une telle déclaration si la figure d'Armstrong n'était plus totalement honnie ? Se dit-on parmi les coureurs que l'Américain ne mérite pas son sort quand d'autres, comme Marco Pantani, sont célébrés, y compris par le Tour de France qui lui a rendu hommage ?
Dans une ère où les soupçons suivent immédiatement la moindre performance inhabituelle, le coureur de la Visma | Lease a Bike aurait gagné à être moins honnête, moins sincère. Au moins, sa sortie permet de se demander comment le peloton juge les affaires de dopage de ses devanciers. Dans l'euphorie, Jorgenson n'a pas été invité à préciser sa pensée. L'histoire ne dit donc pas si la vision qu'il avait de son champion a changé une fois qu'il a avoué avoir triché.
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