Tour de France 2025 | L'entraîneur de Kevin Vauquelin : "En interne, le classement général n'est pas un sujet à date"

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Kevin Rinaldi, 37 ans, est l'entraîneur de Kevin Vauquelin. Nous l'avons joint, jeudi matin, alors qu'il faisait la route entre Caen, lieu du chrono de la 5e étape, et son domicile à La Ciotat. "Je reviendrai pour le chrono de Peyragudes" explique le technicien d'Arkéa-B&B Hotels, qui nous décrypte ce que l'on peut attendre du 4e du classement général pour la suite du Tour de France.

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De votre œil d'entraîneur, Kevin Vauquelin a-t-il réalisé à Caen le meilleur chrono de sa carrière ?
Kevin Rinaldi : En termes de place et vis-a-vis de la concurrence, oui. Cinquième sur le Tour, c'est clairement son meilleur chrono. Mais en termes de watts, on est exactement là où il doit être vu son niveau des derniers mois et des dernières années, à 2 ou 3 watts près. Il a fait un très bon chrono, il était à son meilleur niveau. C'était l'objectif, car on travaille le contre-la-montre depuis longtemps. On s'est vraiment investis avec le nouveau vélo qu'on a depuis cet hiver. On a fait de la soufflerie, des tests en vélodrome. Avant, Kevin n'avait qu'un seul vélo de chrono.
Je me le trimballais, je le descendais à Nice (où vit Vauquelin), je le remontais à Paris, j'allais à Loudéac quand on partait en stage. Il y a eu donc un vrai investissement de l'équipe au niveau du projet chrono. C'est aussi pour ça que c'était fort, hier. Il y a Kevin, qui est à son meilleur niveau. Et il y a l'aspect performance, derrière, qui est payant. Et ça, c'est satisfaisant pour l'ensemble des acteurs de l'équipe.
Vous expliquez donc que Kevin Vauquelin n'a pas surperformé lors du chrono. Mais êtes-vous surpris de son niveau de performance depuis le début du Tour, de le voir grimper jusqu'à la 3e place du général (il est passé 4e suite à la 6e étape jeudi, ndlr) ?
K.R. : Être 3e du général, oui, je suis surpris. On ne s'est jamais projetés, on n'a jamais pensé à aller sur ce tableau-là. C'est une surprise. Mais son niveau de performance ne me surprend pas tant que ça. On est sur ce que l'on connaît de Kevin. On savait qu'il allait être très fort sur ce début de Tour, car ce sont des étapes qui lui conviennent bien. Ce sont des durées d'effort sur lesquelles il a déjà gagné des courses et performé au niveau World Tour. Il est à son niveau.
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Par contre, là où il me surprend énormément, c'est sa tête. Il a une force psychologique incroyable. Ce n'est pas quantifiable, mais ça contribue pleinement à sa réussite. Il est hyper relax, hyper détente, très confiant. Il ne fait pas d'erreurs dans les mots qu'il utilise avec les coéquipiers. Il a beaucoup de confiance en lui mais à juste titre. Ce n'est pas un excès de confiance, il a raison d'avoir confiance en lui. Je le trouve vraiment évolué sur ce point par rapport aux années précédentes et même à ce début de saison. Il est vraiment plus serein, plus fort dans sa tête qu'on ne l'a jamais connu. 
Comment l'expliquez-vous ?
K.R. : Je pense que c'est lié au Tour de Suisse. L'échappée du premier jour, le maillot jaune, jouer un général sur une semaine... Je pense que ça lui a permis de prendre confiance, de ne plus faire de complexe. Maintenant, il prend le "lead", il sait se placer aux bons endroits. C'est vraiment ça qui me surprend le plus sur ce début de Tour. Sur l'aspect physique, c'était l'objectif d'être performant à cette période. Cet hiver, on avait ciblé le championnat de France et la première semaine du Tour. C'était l'objectif n°1 de la saison. Il voulait être champion de France, il voulait gagner une étape et il veut toujours gagner une étape sur le Tour, car les étapes lui conviennent bien.
Les voyants étaient-ils déjà au vert durant le stage pré-Tour à Isola ?
K.R. : Oui, vraiment. Il était en altitude avec (Ewen) Costiou, que j'entraîne aussi. Il y avait une très bonne émulation entre les deux. Ils ont validé tous les points de passage ensemble, même si chacun avait bien sûr son propre programme. On est sorti du stage sans frustration, avec le sentiment d'avoir tout bien fait, on n'a pas loupé de séance. On a réussi à suivre le plan sans qu'il y ait de trou dans la raquette. En tant qu'entraineur, une fois que le stage était fini, je savais qu'on était sur les bons rails en vue du Tour.
Le classement général, clairement, on n'y pense pas
Il y a deux mois, vous nous disiez qu'il lui fallait encore franchir certaines étapes avant de pouvoir envisager un classement général. Qu'en est-il aujourd'hui ? Peut-il se laisser emporter par cette quête du général sur ce Tour ?
K.R. : Honnêtement, l'objectif reste vraiment de gagner une étape. Kevin est un gagneur. Que ce soit pour sur l'étape d'hier (jeudi, 6e étape), pour aujourd'hui (vendredi) ou à Toulouse (11e étape), l'objectif n°1 de Kevin et de l'équipe est de relever les bras. Le classement général, clairement, on n'y pense pas. Oui, on voit qu'il est 3e. Mais on n'est qu'à l'étape 5. La montagne n'a pas commencé, la haute montagne encore moins. Pour l'instant, ce sont des bosses de trois à cinq minutes, des durées d'effort où il fait partie des meilleurs mondiaux.
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Quand on va arriver à Hautacam, où ça va monter durant 40 minutes, ce ne sera plus la même chose. Donc pour l'instant, on ne l'évoque même pas. Hier soir, le discours était porté sur l'analyse du chrono, d'être focus sur aujourd'hui (la 6e étape), car on sait qu'il est motivé avec ce départ de chez lui. Puis il y a les étapes bretonnes... Honnêtement, la question du général, on l'entend surtout de l'extérieur, de la part des médias, des supporters. Mais en interne, ce n'est pas un sujet à date. On veut gagner une étape.
Mais pour gagner une étape, il vaut mieux être loin au général. Pourrait-il se relever volontairement pour trouver cette liberté d'action ?
K.R. : Je pense que la hiérarchie en montagne va se faire rapidement, après Toulouse. Mais d'ici-là, je ne suis pas sûr que beaucoup considèrent Kevin comme une menace au général. Certes, il a fait 2e du Tour de Suisse, c'est fabuleux. Mais il ne faut pas oublier qu'Almeida avait trois minutes de retard au premier jour. Et c'était sept jours sans haute montagne. En contextualisant, c'est pour ça qu'on ne va pas sur ce registre-là. Et c'est aussi pour cela que les autres équipes ne sont pas inquiètes de voir Kevin 3e du général.
Ne le pensez-vous pas capable de se découvrir en haute montagne sur ce Tour ? Chez les espoirs, son ancien entraîneur, Léonard Cosnier, le voyait capable, à terme, d'être très fort sur des cols de 45 minutes à 1h.
K.R. : Si je parle en tant qu'entraineur, je suis certain qu'il va encore progresser dans ce domaine. Il arrive à mieux appréhender ces journées-là et à se faire davantage mal. Donc je suis certain qu'il va continuer d'évoluer favorablement sur ce plan. Mais, par rapport au contexte actuel et aux attentes autour de lui, je suis très prudent… Le fait de dire qu'il va progresser ne signifie pas qu'on va le voir jouer devant avec Pogacar et Vingegaard. Il ne sera pas là, c'est certain. Mais oui, je pense que cette année en montagne, avec le niveau qu'il a, sa confiance et les caps qu'il est en train de franchir, Kevin sera certainement meilleur que l'an passé. Mais meilleur ne veut pas dire qu'il sera avec les meilleurs.
Cet hiver, vous l'aviez préparé de manière à ce qu'il soit le plus régulier possible de février à mai, en lissant ses pics de forme. Quelle a été l'idée de sa préparation pour le Tour ?
K.R. : Ce printemps, on a coupé plus tard que l'année d'avant. Il marchait bien après les ardennaises, donc on est allé jusqu'aux classiques bretonnes (Tro Bro Leon, 11 mai). Et quand il a coupé, il était vraiment en super bonne condition. Il n'était pas fatigué de son début de saison, et cela nous a permis de reprendre vite et bien. Et là clairement, on a travaillé spécifiquement pour être très fort fin juin et durant la première semaine du Tour. On ne visait pas à être performant sur la longévité, en 2e ou 3e semaine. Quand la haute montagne va arriver, on verra où son niveau fatigue se situera.
Doit-on donc s'attendre à ce qu'il flanche un peu en 2e semaine ?
K.R. : En tout cas, il ne va pas augmenter.
Le mois dernier, dans Vélo Magazine, Vauquelin évoquait le Tour comme une "lessiveuse d'émotions". L'an passé, il avait subi le contrecoup de sa victoire d'étape à Bologne par la suite… Il s'était laissé un peu déborder par toutes les sollicitations et sa notoriété nouvelle. Comment le voyez-vous gérer cet aspect-là ces jours-ci ?
K.R. : L'an dernier, c'était tout nouveau pour lui. Là, il prend ça vraiment différemment. Il est beaucoup plus serein, et nous sommes aussi plus vigilants sur ça. Au massage, on lui dit bien que ce sont des moments pour se relâcher, à somnoler, à parler avec son masseur, et non à être sur son téléphone à parler ou répondre aux médias. On essaie vraiment de l'accompagner sur ça. Et lui, de son côté, il a plus d'expérience et de recul. L'an passé, on ne s'attendait pas à ce qu'il gagne sitôt. Là, on ne va pas dire qu'on n'était pas prévenu, mais… 
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