Tour de France 2026 | 16e étape | "On le sent en pleine confiance" : Remco Evenepoel, l'homme qui tombe enfin à pic
Par Laurent Vergne
Mis à jour 21/07/2026 à 20:40 GMT+2
Une victoire en haute montagne dimanche. Une autre nette et sans bavure dans le contre-la-montre mardi. Les deux fois devant Tadej Pogacar, qu'il a battu cette fois sans que celui-ci ne lui fasse le moindre cadeau. À 26 ans, Remco Evenepoel, dauphin du Slovène sur ce Tour de France, est en train de changer de dimension. Son pari risqué en amont de la Grande Boucle est en train de payer.
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Celle-ci, il la voulait. Au moins autant que celle de dimanche au sommet du Plateau de Solaison. Le chrono, c'est son truc, son joujou, sa chasse gardée. Il avait un territoire à marquer. Et un compte en forme d'ego à régler. Le sien en avait pris un petit coup il y a 48 heures. "Je pense qu'il a revu les images et il s'est dit 'Bon, Pogacar me l'a laissée, alors celle-là, je vais aller la chercher vraiment à la pédale'", estime Steve Chainel, le consultant d'Eurosport. "Je voulais jouer la victoire aujourd’hui, assure le maillot jaune, mais Remco est le champion olympique, du monde et d’Europe en titre du contre-la-montre. Ce n’était donc pas gagné d’avance. Chapeau à lui." Cette fois, il n'y a rien eu à dire ni à redire.
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La victoire du Belge, en ce jour de la fête nationale, ne souffre effectivement d'aucune contestation. Evenepoel a dominé Pogacar d'un bout à l'autre, y compris dans l'ascension de deuxième catégorie en début de tracé. "On a senti un Remco Evenepoel qui était meilleur grimpeur que Tadej Pogacar, insiste Chainel. On pouvait avoir des doutes sur cette première partie, mais il lui met 15 secondes sur une montée de 15 kilomètres. C'est rare de voir Pogacar mis à l'épreuve et bousculé quand ça monte. Remco, ce qui est le plus impressionnant, c'est sa position. Il est aéro de fou, il adore cet exercice. Là, on est en début de troisième semaine, et on le sent en pleine confiance."
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Approche iconoclaste
Et ça, c'est nouveau chez lui, en tout cas dans le contexte d'une fin de Tour. Remco Evenepoel est un ambitieux. Quand tout ne fonctionne pas comme il le souhaiterait, il cherche la clé et la solution. Quitte à se mettre en danger. Jusqu'ici, le Tour de France a constitué une expérience frustrante et mitigée pour le jeune Belge. Un podium pour sa première participation il y a deux ans, avec le maillot blanc, mais loin de Jonas Vingegaard et plus encore du vainqueur Tadej Pogacar. L'an dernier, il avait abandonné en fin de deuxième semaine. Alors, cette année, il a tout changé. Et c'est peut-être en train de payer.
On ne l'avait pas vu depuis Liège-Bastogne-Liège, dernière classique du printemps, à la fin du mois d'avril. Une approche assez iconoclaste et radicalement différente de ses options passées. "On a le sentiment qu'il se cherchait, qu'il se demandait comment être au top au départ du Tour de France, évoque Jacky Durand dans Les Rois de la Pédale, sur Eurosport. Il a tenté plusieurs options. Il a fait le Critérium du Dauphiné, il a pris l'option Tour de Suisse et, à chaque fois, ça ne marchait pas. Il était parmi les meilleurs, mais ça ne lui suffit pas."
Alors, il a exploré une autre piste, assez audacieuse. "Le sentiment que j'ai eu de l'extérieur, prolonge Durand, c'est que cette année, il a voulu prendre un risque. Il s'est dit que s'il n'arrivait pas à être au niveau des meilleurs avec une préparation, disons classique, en faisant le Dauphiné ou la Suisse, il fallait essayer autre chose. Donc après Liège-Bastogne-Liège, il a fait le pari de couper." Le leader de l'équipe Red Bull s'est préparé en solitaire et en altitude. Il s'est délesté aussi de quelques kilos qu'il jugeait sans doute en trop pour briller sur une course comme le Tour de France.
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C'est tout simplement incroyable de pouvoir rivaliser un peu avec lui
Pour Steve Chainel, il était de toute façon indispensable pour lui d'envisager autre chose. "On verra cette semaine si ça paie, mais sur les sept derniers tours, il y en a eu cinq où il a eu une craquante dans la dernière semaine, rappelle-t-il. Donc, forcément, tu te cherches. On l'a vu très affuté au départ du Tour. Quand tu perds 4 kilos, c'est toujours un risque. C'est tout bon ou tout mauvais, car tu peux aussi perdre ta force. Mais si ça a vraiment été bien calculé et millimétré, il va faire une énorme dernière semaine". Même s'il demeure prudent, car c'est maintenant, dans cette dernière ligne droite, que la vérité éclatera, dans un sens ou dans l'autre. "Pour le moment, je suis encore méfiant. Il n'est quand même pas à l'abri de nous faire une craquante", prévient Chainel.
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"Ce n'est un secret pour personne : les étapes les plus difficiles arrivent à la fin du Tour", convient d'ailleurs le principal intéressé. Mais jusqu'ici son plan se passe à merveille. Il a ciblé ce Tour et plus encore cette semaine du 20 juillet : "Je n'étais pas au top lors de la première semaine, j'avais besoin de cette première semaine pour retrouver le rythme de la course. Je tiens à remercier mon entraîneur et mon staff." Remco Evenepoel l'avoue, "cela faisait longtemps que je n'avais pas atteint ce niveau. C'est une sensation formidable, même s'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir."
Les malheurs de Jonas Vingegaard l'ont également propulsé un peu plus dans la lumière, en l'intronisant dans la peau du dauphin de Tadej Pogacar. Ce nouveau statut, il l'embrasse magnifiquement pour l'heure, même s'il s'interdit de voir trop loin ou trop haut. "Je me concentre sur ma propre course, jure-t-il. Tadej est en route pour remporter son cinquième Tour de France, et c'est un honneur de courir à ses côtés, car c'est peut-être le meilleur coureur de tous les temps. C'est une étape importante pour moi de pouvoir être un peu proche de lui, d'apprendre de lui et c'est tout simplement incroyable de pouvoir rivaliser un peu avec lui." Un peu, ou beaucoup ?
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