Tour de France 2026 | Christopher Froome : "Ma crainte, c'est que si jamais Seixas ne gagne pas, on prenne ça comme une déception"

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Paul Seixas n'est pas le favori du Tour de France. A 19 ans, il ne manquerait plus que ça. Mais le jeune Français en est incontestablement la grande attraction. Christopher Froome, quadruple vainqueur de la Grande boucle, se montre pourtant prudent : il est irréaliste de l'imaginer en prétendant et presque criminel d'exiger de lui des résultats aussi tôt sur une course de trois semaines.

Encore une journée importante pour le maillot vert : le profil de la 8e étape

Video credit: Eurosport

À bien y réfléchir, Paul Seixas est un peu l'anti-Christopher Froome. Plus jeune coureur du Tour de France depuis neuf décennies et déjà considéré comme un leader d'équipe et même un prétendant au classement général, le Français de 19 ans est un phénomène générationnel, au moins en termes de précocité. Froome, lui, était un "nobody" jusqu'à 26 ans, avant d'émerger sur le tard puis de devenir un des coureurs les plus titrés de sa génération, vainqueur de sept grands tours, dont le Tour de France à quatre reprises. Pour le Britannique, voir un gamin de moins de 20 ans émerger aussi vite et aussi fort relève presque de l'anomalie.
Peut-être est-ce la raison de sa relative prudence à l'endroit du coureur de la Decathlon CMA CGM. Impose-t-on une pression excessive sur ses épaules ? "Oui, un peu. Un peu trop", souriait Chris Froome au micro d'Eurosport ce jeudi matin au départ de la première grande étape de montagne. Il le jure, ce n'est pas une critique, encore moins un désaveu. Il a parfaitement conscience du niveau exceptionnel du jeune Tricolore. "C'est un immense talent, confirme-t-il. Il a un énorme avenir devant lui. Il a de toute évidence un moteur impressionnant."
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Chris Froome sur le Tour de France 2026.

Crédit: Imago

Alors, quoi ? Chaque chose en son temps, voilà le credo du quadruple maillot jaune. "Il n'a que 19 ans…", répète-t-il, comme pour souligner l'improbabilité de la situation. Son anormalité, même. Oui, Froome n'est pas loin de penser que tout le monde, et surtout toute la France, tend à oublier l'âge de l'intéressé. "Pour l'instant, il ne doit pas se mettre trop de pression, plaide le "Kényan blanc". C'est ma seule crainte pour lui : que si jamais il ne gagne pas, on prenne ça comme une déception, alors que ce n'est encore qu'un gamin. Avec toute la France qui place ses espoirs en lui, c'est un fardeau assez lourd à porter."
Il est là pour préparer l'avenir
La démonstration de force de Tadej Pogacar jeudi, sur les pentes du Tourmalet puis à Gavarnie, a sans doute fait comprendre à beaucoup que le maillot jaune n'était rien d'autre qu'une utopie cette année. Encore heureux. Mais il s'agit là davantage de la responsabilité du Slovène et de sa sidérante supériorité, laquelle s'impose à tous, Seixas comme les autres, que d'une défiance envers le prodige tricolore. Dans un autre contexte, sans doute les mêmes continueraient-ils de croire au premier tiers de cette édition 2026 que Paul Seixas peut en être le grand triomphateur.
C'est que tout, chez Paul Seixas, tend à nous faire oublier sa date de naissance. Son niveau de performance, face aux meilleurs et sur les plus grandes courses. Son calme apparent aussi, son côté très posé. Mature sur le vélo et devant les médias. Il a tout compris et il a tout bon jusqu'ici. Mais oui, il a 19 ans. On y revient encore et toujours, et le Tour de France, sa première course de trois semaines, constitue un défi différent de tout ce qu'il a connu jusqu'ici dans sa naissante carrière. Chris Froome, lui, refuse d'oublier l'âge du Lyonnais. De lui, il serait raisonnable de rien attendre sur ce Tour.
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Paul Seixas et ses supporters sur le bord des routes pendant le Tour de France.

Crédit: Getty Images

"Si je devais le conseiller, je lui dirais : 'C'est génial que tu fasses le Tour cette année, mais contente-toi de ça, profite autant que possible, apprends, absorbe tout', poursuit l'Anglais sans en démordre. Bien sûr qu'il veut gagner, tout le monde veut gagner, et Paul veut faire le maximum. Mais il doit être ici pour profiter du Tour et prendre un maximum d'expérience. Il est là pour préparer l'avenir. Pas parce qu'il n'est pas capable, mais il a 19 ans, ce n'est pas le moment pour lui de gagner le Tour. Dans sa tête, il doit se dire que son véritable objectif se situe dans deux ou trois ans qui viennent quand il viendra ici pour essayer de se battre pour la victoire."
Trop frileux, Froomey ? Ou incarne-t-il une forme de voix de la raison ? Après tout, chacun peut penser ce qu'il veut de lui, mais il a une certaine connaissance et expérience de l'exigence de ce rendez-vous à part que constitue le Tour de France. "Si ça se trouve, il va me faire mentir et être dans la bagarre tout de suite", finit-il par concéder. Une autre forme de prudence, face à l'énormité d'un talent pas comme les autres. Mais tant qu'il ne l'aura pas vu, Chris Froome aura du mal à y croire. Pas cette année. Parce que, comme il le rappelle une dernière fois : "Seixas à 19 ans. Et à 19 ans, c'est lui demander énormément que de jouer la gagne sur le Tour."
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