Tour de France 2026 - "Il a le talent pour me remplacer" : Isaac Del Toro (UAE Emirates XRG), le successeur adoubé

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Arrivé sur son premier Tour de France en qualité de lieutenant de luxe de Tadej Pogacar, Isaac Del Toro a confirmé qu’il était bien plus que ça. Le Mexicain de 22 ans a pris la 3e place du général, en plus de l’étape gagnée à Barcelone, adoubé par le maillot jaune qui s’est mis à son service en dernière semaine. Comme une passation de pouvoir écrite avant même que l’histoire ne l’exige.

Del Toro "reconnaissant envers Tadej" : "Je n'avais jamais eu autant de pression dans ma vie"

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On se souviendra longtemps du Tour de France 2026 d’Isaac Del Toro. Parce qu’il a remporté une étape, bien sûr. Mais, surtout, parce qu’il est monté sur un podium historique. Troisième de la Grande Boucle, il ouvre une porte que Raul Alcala, immense figure du cyclisme mexicain dans les années 90, avait longtemps tenté de forcer sans jamais l'entrouvrir, malgré neuf participations et une 8e place comme meilleur résultat. Une seule tentative aura suffi au prodige d'UAE Emirates XRG.
Mais le plus fascinant est peut-être ailleurs. Dans une édition avalée à une vitesse folle, marquée par l'irruption fulgurante de Paul Seixas et le cinquième sacre de Tadej Pogacar, l'exploit de Del Toro paraît presque naturel. Comme si ce garçon de 22 ans ne faisait que confirmer une évidence que le Giro lui avait déjà soufflée l'an dernier. Et pourtant, rien de ce qu'il vient d'accomplir ne devrait être considéré comme normal.
Je n’avais jamais ressenti autant de pression
Le Tour de France est un monde qui échappe à toutes les comparaisons. On peut en raconter la folie, décrire son tumulte, évoquer son immensité. Rien n'y fait. Il faut le vivre pour comprendre ce qu'il exige. Tous les coureurs disent la même chose. La foule ne dort jamais. Les réseaux sociaux ne pardonnent rien. Les sponsors attendent, les équipes surveillent, les regards ne quittent jamais les épaules des favoris. Tout est plus grand. Tout est plus lourd. Et lorsque l'on porte le maillot d'UAE Emirates XRG, l'équipe du double tenant du titre parti à la conquête d'un cinquième Tour de France, cette pression prend une autre dimension. Et Isaac Del Toro a fini par en prendre toute la mesure.
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"S'il vous plaît, considérez ce qu'a fait Seixas comme un exploit"

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"Je n’ai jamais été dans cette situation auparavant, avouait-il au soir de la 20e étape. Je n’avais jamais ressenti autant de pression. Mais la pression est un privilège". Celui des plus grands champions, observés à chaque instant, jugés à chaque accélération. Une phrase qui résume presque le Tour de France. La pression est le prix de la grandeur. Celui que paient les champions lorsque chacun de leurs coups de pédale devient une promesse ou un jugement. Et Del Toro appartient désormais à ce cercle. Pourtant, son histoire avait commencé autrement. Dans l'ombre de Pogacar. C'est lui qui emmène le Slovène vers la victoire aux Angles, qui allume la première mèche dans le Tourmalet. Il excellait dans ce costume de lieutenant de luxe que Joao Almeida avait incarné avant lui. Mais Del Toro n'a jamais été un lieutenant comme les autres. Là où le Portugais incarnait une assurance, le Mexicain représente depuis toujours un investissement sur l'avenir, un joyau que l'on polit avec la patience de ceux qui savent déjà ce qu'il vaudra.

Le podium à 22 ans, tout sauf une évidence

Comme Pogacar en son temps, le Mexicain est couvé par la formation émiratie depuis son année espoir. Volontairement ou non, par son parcours ou par son style sur le vélo, il est devenu le successeur naturel du Slovène. Si naturel que même le désormais quintuple vainqueur du Tour de France le voit ainsi. "Je ne serai plus en compétition très longtemps, et il a le potentiel et le talent pour me remplacer", déclarait-il samedi soir. Avait-il seulement besoin de le dire tant ces relais et son travail pour le Mexicain en disaient plus que n’importe quel discours ? Il a roulé, contrôlé, attendu, protégé. Il a accepté de sacrifier une part de son avance et deux victoires potentielles pour permettre au Mexicain de défendre son podium. Jamais il n'avait offert autant de lui-même à un coéquipier. Ni pour Almeida, ni pour Adam Yates, ni pour aucun autre. Mais Isaac Del Toro occupe une place à part, qu’il a gagnée à la force de son talent et de ses résultats.
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Car il ne faudra jamais banaliser ce qu'Isaac Del Toro vient d'accomplir. À 22 ans, monter sur le podium du Tour de France reste une anomalie, même dans une génération qui semble avoir décidé de défier toutes les lois de la précocité. Oui, Paul Seixas est encore plus jeune. Oui, Jonas Vingegaard a abandonné au Plateau de Solaison, libérant une place du top 3 et Tadej Pogacar de l’unique danger pour son maillot jaune. Mais réduire ce podium à ces circonstances serait passer à côté de l'essentiel. Car le Mexicain ne s'est pas retrouvé troisième. Il est allé chercher cette troisième place. Il a résisté aux efforts de Paul Seixas, au Markstein et dans Sarenne, à sa propre défaillance vers Le Lioran, à ces journées passées à se vider pour son leader sans s’occuper alors de ses propres ambitions.
Les gars m'ont appris à être résilient
"Je suis arrivé dans une très bonne situation, mais j'ai beaucoup souffert, raconte le Mexicain. Ces trois dernières journées ont été très douloureuses, mais les gars m'ont appris à être résilient. Je ne sais pas pourquoi ils me soutiennent tellement et veulent me voir dans des endroits où je rêve. Je suis content d'être au niveau qu'ils m'ont souhaité. Je ne peux pas être plus privilégié". Le privilège n'est pourtant jamais un cadeau sur le Tour de France. Il se mérite. Il s’obtient par le travail et un sens du collectif qui n’a cessé de surprendre ses équipiers. "Il aurait pu disputer le Giro, la Vuelta ou n’importe quelle autre course pour la gagner, mais il est venu ici pour tout donner pour l’équipe, rappelait Tadej Pogacar. Le voir sur le podium est tout simplement incroyable". Et il vaudrait mieux ne pas l’oublier. Avec Isaac Del Toro, l’avenir ne se contente plus d’être prometteur : il s’écrit déjà au présent.
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