Tour de France 2026 | "Même pas d'intérêt à être devant" : les échappés, grands perdants du Tour

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Pour les amoureux des échappées au long cours, ce Tour 2026 est une bien triste édition. Seulement trois des seize premières étapes ont vu des baroudeurs aller au bout de leurs intentions. Un total historiquement faible. Les choses peuvent-elles s'arranger au cours de la troisième semaine. Ce mercredi, sur la route de Voiron, les attaquants auront, peut-être, une nouvelle chance. La dernière ?

Décor parfait pour scénario indécis : le profil de la 17e étape

Video credit: Eurosport

Après l'unique contre-la-montre individuel de ce Tour de France, et avant l'enchainement de trois étapes de montagne avec à chaque fois une arrivée au sommet, la 17e acte tombe comme un répit ou une chance. L’ultime, pour beaucoup. Il n'aura pas fait bon être un baroudeur dans cette 113e édition, où les échappées auront eu un minimum d'occasions de briller et encore moins de gagner. On a beaucoup dit que les sprinters ne seraient pas à la fête sur un tel parcours, mais au moins ont-ils pu capitaliser au maximum sur le peu qui leur était offert. Les attaquants eux, n'auront eu que leurs yeux pour pleurer.
À ce jour, depuis le grand départ de Barcelone, trois étapes se sont achevées par une échappée victorieuse. Ironiquement, la première a consacré… un sprinter, Mads Pedersen, sur la route de Foix, la première semaine. Mathieu van der Poel, à Ussel, puis Mauro Schmid à Belfort ont également tiré leur épingle du jeu. Et c'est tout. Le reste, tout le reste, est revenu soit à des sprints (cinq étapes) soit à des ténors du classement général (Pogacar x 4, Del Toro et Evenepoel). Et encore. Pedersen et Van der Poel, deux anciens champions du monde, deux stars du peloton, n'entrent pas franchement dans la case "baroudeurs de second plan", sans mépris aucun pour ces coureurs, parfois de l'ombre, pour qui une échappée peut changer une carrière voire une vie.

Mercredi et jeudi, les dernières chances ?

Nous sommes donc possiblement partis pour une cuvée historiquement maigre pour les attaquants. A titre de comparaison, l'année dernière, huit des vingt-et-une étapes avaient souri à une échappée. Compte tenu de la configuration de cette dernière semaine, il semble peu probable que le scénario des deux premiers tiers du Tour évolue de manière significative. L'étape de Voiron, ce mercredi, constitue sur le papier d'assez loin la meilleure chance de voir une échappée se former pour aller au bout.
"C'est une étape un peu mixte qui pourrait arriver au sprint, mais ce n'est pas du tout gagné, suggère Thierry Gouvenou, le traceur du Tour, à propos de l'étape du jour. On va faire une première boucle dans le massif des Bauges. Le col des Prés, on le monte par le côté le plus facile. La particularité du final, c'est qu'il y a une côte non répertoriée à 4,5% à cinq kilomètres de l'arrivée qui devrait mettre en difficulté les sprinteurs. Elle fait entre 2 et 2,5 km. Donc, si ça doit finir sur un sprint, c'est pour un sprinteur résistant et puissant. Il faut aussi, ajoute Gouvenou, trouver les équipiers qui sont capables de contrôler les échappés. En troisième semaine, ce n'est pas simple."
Au-delà de la journée de mercredi, l'étape d'Orcières-Merlette, jeudi, peut également sourire à des fuyards de manière théorique, mais ils devront avoir une appétence toute particulière pour la montagne. Viendront ensuite les deux étapes de l'Alpe d'Huez et celle de Paris. Les favoris voudront s'expliquer dans les deux étapes reines des Alpes et sans doute ne laisseront-ils pas de place aux baroudeurs. Deux éléments ont joué contre ces derniers cette année : le tracé, clairement peu favorable, et la volonté de Tadej Pogacar et de ses hommes de l'équipe UAE Emirates XRG de gratter un maximum d'étapes.
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Jegat : "L'ambiance dans les échappées en montagne n'est vraiment pas bonne"

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UAE est tellement fort que beaucoup de coureurs pensent que c'est foutu de jouer la victoire
C'est dire si le cœur n'y est pas et cela s'est ressenti. Notamment dans les massifs intermédiaires, traditionnellement générateur d'échappées victorieuses. Mais cette année, Pogacar avait décidé d'y régner en maître. "Tadej est tellement fort que, sur les étapes de montagne, il ne laisse pas de champ aux échappées", déplorait Lenny Martinez, un peu blasé, vendredi dernier. Samedi, avant l'étape du Markstein, Jordan Jegat (Total Energies) avouait lui aussi un certain fatalisme teinté de découragement. "Je pense que UAE est tellement fort que beaucoup de coureurs pensent que c'est foutu de jouer la victoire. Pogacar va vouloir gagner aujourd'hui, donc ils vont faire le tempo et il gagnera à l'arrivée. Aujourd'hui, je n'essaierai pas."
Un vrai cercle vicieux. Ni le parcours ni le comportement de l'équipe du maillot jaune ne favorisent leurs desseins, donc les échappés peinent à se motiver et même à s'entendre. Or, pour avoir une chance, il faut non seulement essayer, mais il est en prime indispensable d'y croire et de jouer le jeu. Sinon, à quoi bon ? "On se plaint souvent que UAE contrôle tout et réduise l'écart pour que les leaders du général se jouent la victoire d'étape, mais je pense quand même que les trente de devant pourraient mieux s'entendre et unir leurs forces au lieu de commencer à s'attaquer à 100 km de l'arrivée. Tout le monde se regarde un petit peu en chien de faïence", regrettait notre consultant Romain Bardet, toujours dans l'étape du Markstein.
Jordan Jegat avait éprouvé la même chose en direction du Lioran. Ce jour-là, il était devant, mais l'entente avait été inexistante. "Il n'y avait même pas d'intérêt à être à l’avant, constate-t-il amèrement. Chacun défend son bifteck, que ce soit pour le GP de la Montagne, le prix de la combativité ou même juste se faire plaisir à l'avant. L'ambiance dans les échappées n'est vraiment pas bonne. Les années précédentes, il y avait plus d'entente, on essayait d'aller loin d'arriver avec un peu d'avance sur les dernières montées, peut-être pour gagner, mais au moins faire un bon classement à l'arrivée." Vivement l'année prochaine.
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