Tour de France - "On est des rats de laboratoire" : décryptage du "heat training", nouvelle méthode d'entraînement pour survivre à la canicule
Eurosport sur GooglePour la première fois de l'histoire du Tour de France, la 9e étape entre Malemort et Ussel a été raccourcie à cause de la canicule et du placement de la Corrèze en vigilance rouge ce dimanche. Les coureurs du peloton sont en première ligne face à cette vague de chaleur extrême qui bouleverse l’Hexagone. Pour y faire face, une nouvelle méthode d'entraînement se développe : le "heat training".
"Seixas gagnera le Tour, j'en suis persuadé… mais pas cette année"
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Imaginez un peu. Enfourcher son vélo par plus de 35 degrés en plein après-midi, grimper un col savoyard en plein cagnard sur des pentes exposées plein sud, plein fer à la chaleur de la roche et comme si ça ne suffisait pas, enfiler un imperméable au pied de la montée, afin d'être bien sûr de bouillir, de suer. C’est un des moyens employés par le coureur de St-Michel-Préférence Home-Auber 93, Simon Guglielmi, pour réaliser ses séances de heat training, un nouveau procédé pour s’acclimater aux températures extrêmes.
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Amplifier la chaleur pour mieux la supporter. Voici une définition ultra-simplifiée de cette nouvelle pratique. À sa propre initiative avec son staff, Simon Guglielmi a mis en place un protocole spécifique pour se préparer en vue des championnats de France disputés à La Tour-du-Pin le 28 juin dernier : "Mon entraîneur avait lu des études avec des choses que je pouvais faire chez moi : j'ai une baignoire donc j'ai pu faire des bains chauds, décrit-il. Je faisais au moins quatre séances par semaine : soit des bains, soit des sorties en pleine chaleur."
Ces bains n’ont rien de comparable avec celui pris par le commun des mortels après une dure journée de travail. Non, vraiment rien. "Je remplissais mon bain à 42 degrés au début. Tu rentres dedans, ça brûle les pieds, glisse-t-il. Je ne faisais pas plus de 25 minutes parce que je ne pouvais pas faire une seconde de plus. Je ne faisais pas de malaise, mais j'étais vraiment pas bien. Quand je commençais le bain, j'avais le cœur à 50 battements par minute, quand je finissais, j'étais à 170 pulsations. Donc, ça tape, vraiment."
Plus d’un kilo perdu en 20 minutes
Cette méthode rappelle celle du ”cutting”, employée dans les sports de combat pour perdre énormément de poids en très peu de temps : "Je me pesais avant et après pour voir. Et vraiment, j'ai été choqué des résultats, avoue-t-il. En 20 minutes, j'arrivais à perdre 1,2 kilo, soit 1,2 litre d'eau en fait, de transpiration."
Mais la logique n’est pas la même que pour les combattants, les cyclistes ne veulent pas perdre du poids, mais s’acclimater, et vont s’empresser de se réhydrater dans la foulée. "Même après, je transpirais encore pendant une demi-heure, ajoute le coureur de Saint-Michel. C'était pas agréable. Dans l'après-midi, je buvais plus de 2,5 litres."
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Indice de stress thermique, ravitaillements, horaires… comment le Tour s'adapte à la chaleur
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La résistance au mercure qui grimpe est surtout mesurable par les sensations du coureur, donc difficilement quantifiable. Mais cette pratique engendre aussi des bénéfices physiologiques. "Les vaisseaux sanguins vont se dilater un peu moins à la surface, ce qui augmente le flux sanguin vers les muscles et contribue à la performance pendant les étapes", expliquait à l’AFP Rory Nolan, médecin de l’équipe Uno-X Mobility, alors que ses coureurs effectuaient des séances lors du Tour de France 2025. En clair, cela favorise une augmentation du volume de plasma et booste de fait l'efficacité de la circulation sanguine pour envoyer plus d’oxygène aux muscles.
Ce protocole se développe à vitesse grand V, et des dizaines de vidéos deviennent virales sur les réseaux sociaux, mettant en avant des cyclistes en train de pédaler sur leurs home trainers dans des combinaisons dignes de cosmonautes, de véritables cocottes-minute. Une méthode qui a été employée par l’équipe TotalEnergies pour préparer la saison 2026 pourtant en plein cœur de l’hiver. En un clic sur votre moteur de recherche, des dizaines de propositions de heat training s'offrent à vous. Gare au piège et surtout, pousser son corps si loin n’est pas anodin, être encadré est indispensable.
Mais à force de repousser les limites, existe-t-il encore des lignes rouges à ne pas franchir ? "Quand je mettais mon K-Way dans le col de la Chambotte, je me disais : 'Bon, je sais pas trop comment j’en suis arrivé là, c'est peut-être un peu excessif', avoue le coureur de 29 ans. Ce n’est plus du vélo plaisir à profiter du paysage. On est arrivés presque à un stade où on est un peu des robots, des rats de laboratoire. Attention, ça me plaît toute cette optimisation. Mais des fois, c'est vrai que je trouve que c'est un peu excessif."
Il ne faut pas attendre qu'il y ait un mec qui décède à cause de la chaleur
En ce mois de juillet, les coureurs sont frappés de plein fouet par cette vague inédite de chaleur sur le Tour de France. Et les grands noms du peloton commencent à élever la voix comme son principal porte-étendard, Tadej Pogacar, qui s’est emparé du sujet en amont de la journée de repos en conférence de presse.
"Si j'en avais le pouvoir, je changerais tous les calendriers, a glissé le maillot jaune. Je n'organiserais pas de course en juillet et en août dans les endroits chauds. Je ferais un calendrier complètement différent, mais c'est quelque chose auquel il faut vraiment bien réfléchir et qui ne m'appartient pas". Simon Guglielmi partage le point de vue du Slovène. "Il ne faut pas attendre qu'il y ait vraiment un accident ou un mec qui décède à cause de la chaleur, avertit le Chambérien. Tu ne peux pas attendre d'en arriver là pour modifier les choses. Il faut aussi être un peu humain."
Le monde du vélo est face à un enjeu majeur et inédit. Les coureurs se questionnent de plus en plus, le Savoyard espère lui aussi une refonte du calendrier, même si l’ancrage historique des Grands Tours dans leur période de l’année respective est peut-être un frein aux changements. "Il y a plein de choses qui sont historiques et qui sont bouleversées parce qu'il faut aussi vivre avec son temps", conclut-il. Pour l’instant, cette méthode de plus en plus en vogue du heat training permet de vivre, peut-être plutôt de survivre à son temps. À l’avenir c’est certain, les coureurs ne devront pas être seuls dans ce tournant.
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Étape 10 | MontagneAurillac → Le Lioran / 166.6 km
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T. PogacarTerminé
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