Nous sommes loin, très loin même, de la malédiction du maillot arc-en-ciel, qui a si longtemps hanté le champion du monde en titre, pour qui les douze mois suivants tournaient souvent au cauchemar. Cela n'aura pas été le cas de Julian Alaphilippe en 2021. Si cette saison n'a pas été la plus prolifique de sa carrière, puisqu'il n'a signé "que" quatre victoires, la qualité de ces succès a largement compensé la quantité relativement faible selon ses standards :
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Irrespirable duel : Roglic a anticipé, Alaphilippe a fini par le croquer

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09/10/2021 À 18:12
Une grande partie du peloton professionnel signerait pour obtenir des victoires comme celles-ci... sur l'ensemble d'une carrière. Rien qu'avec son deuxième coup d'éclat mondial, le Français a écrit une page d'histoire qui suffit à faire de cette campagne 2021 une réussite. Mais elle ne fut pas toujours simple à gérer, a avoué cette semaine Alaphilippe lors d'une visio-conférence. "Porter le maillot de champion du monde a suffi à rendre cette année particulière. Il y a eu de belles victoires, mais aussi des moments difficiles", a-t-il admis.
J'étais clairement préparé à rendre le maillot arc-en-ciel et oui, ça aurait été une sorte de délivrance
Le puncheur tricolore estime avoir connu des hauts et des bas toute l'année. Ses bas demeurent nettement plus élevés que la moyenne, mais il a parfois buté sur un peu plus fort que lui, de Mathieu Van der Poel aux Strade Bianche à Tadej Pogacar sur Liège-Bastogne-Liège. Moins flamboyant qu'il y a deux ou trois ans, "Alaf'" a plus souvent joué placé que gagnant.

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"Le début de saison a été difficile, ajoute-t-il. Après le Tour de Provence, j'ai eu beaucoup de mal. C'était ma première course et après ça je suis tombé malade. Jusqu'à la campagne de classiques, j'ai souffert. Puis sur le Tour de France, j'ai bien démarré (victoire lors de la 1re étape, NDLR) mais eu beaucoup plus de mal à finir. Mais avec le recul, je suis satisfait de la façon dont j'ai géré ces moments-là."
A défaut de malédiction, le puncheur tricolore a pu mesurer le poids que représentait ce maillot irisé. Oui, être champion du monde en titre, avec tout ce qu'impose ce statut et cette tunique, lui a parfois pesé. Au point qu'il avait fini par lâcher en arrivant à Louvain pour les Mondiaux qu'il ne serait pas totalement fâché de rendre son maillot. Beaucoup ont cru au bluff, mais il était sincère, même si cette ambivalence peut surprendre. "J'étais clairement préparé à rendre le maillot arc-en-ciel et oui, ça aurait été une sorte de délivrance, a-t-il insisté cette semaine. Mais d'un autre côté, bien sûr que quand vous disputez les Championnats du monde c'est pour essayer de gagner." Ce qu'il a fait.

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Que lui reste-t-il pour la Lombardie ?

Julian Alaphilippe a donc rempilé pour un mandat de douze mois avec la pancarte arc-en-ciel dans le dos. Avec l'expérience de la première fois, il se sent prêt à mieux en appréhender la charge. "J'ai appris quelques leçons, je pourrais repenser tranquillement à tout ça cet hiver", dit-il mystérieusement. Changera-t-il sa préparation ? Son programme ? En attendant l'introspection, il lui reste un dernier coup de collier à donner ce week-end en Italie, avec le Tour de Lombardie, sur lequel il revient après quatre années d'absence.
"Fin 2019, je me souviens que j'étais tellement cuit que j'étais content d'en finir, mais là, ça va, je me sens relativement frais et je suis prêt à finir ici en Italie, analyse le désormais double champion du monde. Après les Mondiaux, j'ai bien récupéré, comme j'avais bien récupéré après le Tour de France, où je n'avais fait aucun critérium. Tout ça m'a laissé encore un peu d'énergie pour finir la saison. Je suis toujours motivé."
Sauf que sa prestation sur Milan-Turin, mercredi, où il a lâché prise très tôt lors de l'explication finale, interroge quant à sa capacité à briguer la victoire dans le Tour de Lombardie. A-t-il gardé tous ses atouts dans sa manche pour samedi ? A-t-il caché son jeu ? Est-il en réalité plus usé par la quête de son deuxième maillot arc-en-ciel qu'il ne le dit ?
Primoz Roglic, vainqueur de Milan-Turin, n'était pas loin de penser que la star de l'équipe Deceuninck - Quick Step avait caché son jeu, gardant le meilleur pour ce week-end. C'est que, les autres aussi, retiennent les leçons. Celle que, par exemple, Alaphilippe leur a donnée aux Mondiaux : il ne faut pas toujours prendre au pied de la lettre ce qu'il dit, ou les indices qu'il répand, parfois pour mieux vous semer.

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