Tour de Suisse : Thétaz : "Évidemment, on n'imagine pas la finance investir dans le cyclisme"

Eurosport sur Google

Patron de l'équipe IAM, Michel Thétaz sait que son investissement dans le cyclisme professionnel détonne. Mais le financier défend sa passion avec fermeté.

Eurosport

Crédit: Eurosport

Samedi matin, Michel Thétaz a pris la direction de Quinto, discret village suisse. La soixantaine entamée, l'élégant Valaisan y a rendez-vous avec l'équipe IAM Cycling pour le départ du Tour de Suisse. L'occasion pour lui de laisser tomber le costume de financier, qu'il assume à la tête du fonds d'investissement IAM, et de se consacrer à sa passion : le cyclisme. Peut-être même Michel Thétaz enfilera un cuissard, lui qui affirme rouler 3 à 4 000 kilomètres par an. Après tout, c'est sur son vélo qu'il prétend trouver ses meilleures idées d'investissement.
Comme sur de nombreuses courses cette saison, on vous retrouve au côté de votre équipe sur le Tour de Suisse. Pourquoi cette présence alors que nombre de sponsors se font beaucoup plus discrets ?
M.T. : Nous avons une particularité : IAM Cycling n'est pas associée à un grand groupe économique mais à une société, une personne. Cela a du sens qu'on puisse l'identifier. Le sponsor aime l'équipe, ses coureurs. Il aime ses stars et a envie de les accompagner pour participer aux moments de bonheur et à ceux plus difficiles que peut vivre l'équipe.
Quand même, que vient faire un fond d'investissements dans le peloton ?
M.T. : Evidemment, on n'imagine pas forcément la finance investir dans le cyclisme. Ses domaines de prédilection sont plutôt le golf, la voile… mais ce ne sont pas des sports qui nous ressemblent. IAM a une culture de long terme, de performance, de jeu d'équipe… Autant de valeurs qu'on retrouve dans le cyclisme professionnel de haut niveau.
Et puis, le cyclisme est aussi une passion personnelle…
M.T. : Bien sûr, j'aime le cyclisme. Mais il ne faut pas aussi oublier l'approche commerciale. Il y a toujours, dans ce type de projets, une motivation commerciale et émotionnelle. La motivation commerciale, c'est de faire connaître nos produits financiers.
Vous rejetez donc l'idée qui veut que vous soyez un mécène.
M.T. : IAM a la volonté d'allier objectifs sportif et commercial. Le mécène n'a pas cette possibilité-là. Ici, on est dans une approche commerciale avec forte motivation émotionnelle. Mais évidemment, allier cette ambition à une passion personnelle nous donne beaucoup plus de chances de réussir.
Depuis combien de temps vous intéressez-vous au cyclisme ?
M.T. : Depuis bien 50 ans ! Je roule depuis toujours, ça m'a toujours intéressé. En juillet, je suis le Tour de France depuis mon bureau, je vais sur des des courses, je regarde des reportages… quand je peux. Je dois malheureusement partager mon emploi du temps avec d'autres activités.
Sur cette période, quels champions vous ont marqué ?
M.T. : Pour moi, ce sont les Anquetil, Charly Gaul, Bahamontes… Des champions qui m'ont marqué dans mon jeune âge. Peut-être ceux qu'on a eu l'occasion d'admirer petits laissent les plus grandes traces dans la mémoire et l'esprit mais il y a des grands coureurs à toutes les époques.
Fan désormais à la tête d'une équipe, ressentez-vous une responsabilité vis-à-vis du cyclisme ?
M.T. : On veut se situer dans l'ère moderne du cyclisme pour travailler avec toute la transparence nécessaire. On a établi un protocole extrêmement précis avec l'hôpital de Genève. Notre responsabilité, c'est aussi, en tant que sponsor, d'être directement lié au sponsor médical pour être alerté au moindre problème et prendre immédiatement des mesures.
Comment ?
M.T. : Nous voulons intervenir le plus tôt possible, anticiper les problèmes et surtout être en première ligne. Si quelque chose, et je touche du bois, devait se passer, j'assumerai en première ligne, pas les directeurs sportifs. Il ne faut pas laisser la responsabilité à un manager général qui peut être tenté, comme on l'a vu par le passé, de prendre des initiatives à l'encontre du sponsor. Donc je fais tout pour ne pas avoir de problème. Ce serait un très mauvais jour pour moi. Renforcer la responsabilité des sponsors permet de diminuer le risque de dérapage.
Votre équipe manquera le prochain Tour de France. Que représente cette épreuve pour vous ?
M.T. : Un passage incontournable, une consécration pour les coureurs. C'est pour eux qu'on fait tout ça ; ce sont eux les stars, qui peuvent participer et gagner. Le Tour de France est une étape que nous allons tout faire pour franchir l'année prochaine.
Un autre rêve, pour l'an prochain, serait de recruter le meilleur coureur de votre pays, Fabian Cancellara…
M.T. : La problématique est relativement simple : Fabian est un très grand champion, nous sommes une petite équipe. Le fait d'être très courtisé, avec des formations Pro Tour qui peuvent lui offrir beaucoup de garanties, le met dans une situation très confortable et crée une équation très compliquée pour nous. Mais nous entretenons un contact très constructif avec son manager. Il s'agit là du plus haut niveau pour le cyclisme suisse, nous devons entretenir ce contact.
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité