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L'étoffe d'un héros
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Publié 02/04/2006 à 19:45 GMT+2
Totalement dominateur, Tom Boonen (Quick Step) a enlevé le Tour des Flandres pour la deuxième année de rang, en réglant à l'arrivée son compagnon d'échappée, Leif Hoste (Discovery Channel). A 25 ans, le champion du monde confirme qu'il est bien le nouveau
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L'empreinte d'un géant. Tom Boonen n'a encore que 25 ans, mais ce qu'il a accompli en l'espace de douze mois laissera une trace indélébile dans l'histoire du cyclisme belge, qui le vénère comme une icone. Vainqueur du Tour des Flandres 2005, la première très grande victoire de sa carrière, il a ensuite triomphé dans Paris-Roubaix, deux étapes du Tour de France, obtenu le titre mondial, et glané des victoires à la pelle un peu partout. Dimanche, Boonen a bouclé une première boucle en conservant son titre dans le Ronde, la course de sa vie, de ses rêves, de son enfance, dont il est désormais le maitre incontesté.
Pour mesurer la portée de l'exploit, il convient de rappeler que personne, depuis le début des années 70, n'avait été capable de s'imposer deux années de suite dans le "Ronde van Vlaanderen". Il fallait remonter à Eric Leman, lauréat en 1970, 72 et 73, pour trouver trace d'une telle performance. Dans un an, on peut déjà parier que, sauf pépin de santé, le champion du monde sera au départ à Bruges pour viser une troisième couronne d'affilée, comme le légendaire Italien Fiorenzi Magni. Aucun défi ne semble faire peur à ce champion hors normes.
Actes et paroles
Tom Boonen était bien le plus fort dans les Flandres. Comme prévu. Encore fallait-il supporter le poids de l'attente, gigantesque, qui pesait sur lui. A écouter certains, la course était pliée avant même de commencer. Lui-même avait contribué à ce sentiment en répétant qu'il se sentait plus fort que l'an dernier, plus fort que les autres, que sa marge de manoeuvre était réelle. Il ne fallait voir aucune morgue dans ses propos. Juste un état des lieux d'une éclatante lucidité. A l'instar d'un Hinault jadis, Boonen est de la trempe de ceux qui mettent en adéquation leurs actes avec leurs paroles.
Bien épaulé par une grande équipe Quick Step parfaitement digne de lui, le géant belge a maitrisé tous les éléments, de Bruges à Meerbeke. Lorsque l'échappée du jour (avec Ludovic Auger, le seul Français un tant soit peu en vue aujourd'hui), qui mit d'ailleurs du temps à se dessiner, s'est formée après quasiment 100 kilomètres de course, les équipiers du maillot arc-en-ciel contrôlèrent parfaitement la situation, ne laissant jamais l'écart atteindre le cap des cinq minutes. Dommage, notamment, pour Thierry Marichal, le Belge de chez Cofidis, qui semblait le plus costaud des six hommes de tête d'alors. Peut-être aurait-il dû attendre un peu plus, comme le suggérait son directeur sportif, Alain Deloeil.
Une équation insoluble
Mais il fallait bien se montrer, dans une course où chacun pressentait déjà le dénouement, comme une fatalité. Si quelqu'un l'avait oublié, Boonen se chargea dès le terrible Koppenberg, situé à 75 kilomètres de l'arrivée, qui était le patron. D'une foudroyante accélération, le Flahute fit exploser le peloton dans les passages les plus pentus, où la déclivité flirte avec les 20%. Au sommet, un premier écrémage était effectué. Pour un peu, on eut le sentiment que, s'il l'avait voulu, le grand Tom aurait pu dynamiter l'épreuve de manière définitive. La sagesse lui commandait toutefois de calmer le jeu, ce qu'il fit, attendant le retour de plusieurs de ses hommes, dont Filippo Pozzato et Serge Baguet, alors que Bettini l'accompagnait lui aussi.
Dès lors, il devint évident que seul un aléa, comme une chute ou une crevaison, pouvait priver Boonen d'un sacre annoncé. Au sprint, personne, à part Alessandro Petacchi, ne peut le dompter. Reste donc à attaquer. Mais à la régulière, qui peut le décrocher? Personne. Une équation insoluble. Comme il faut bien essayer, Leif Hoste prit la décision de lancer l'offensive décisive, dans le Valkenberg, à une trentaine de kilomètres du but. L'attaque du vainqueur des Trois Jours de La Panne, très incisive, eut raison de la vingtaine de prétendants encore aux avant-postes. Sauf Boonen, évidemment.
Finies les comparaisons
Parfaitement lucide, le protégé de Patrick Lefevere ne mit qu'une demi-seconde à prendre la roue du Discovery Channel. Cinq secondes, puis dix, puis vingt, puis cinquante. L'affaire était dans le sac. Hoste se retrouvait pris au piège, mais il n'avait plus le choix. Il lui fallait rouler, en espérant un miracle. Il suivit sans mal Boonen jusqu'à l'arrivée, en résistant dans le Mur de Grammont puis le Bosberg, les deux dernières difficultés, et pas les plus simples, mais son sort était scellé. Une dernière attaque, aux 300m, pour la forme, n'a pas suffi à déboulonner la statue Boonen.
Comme en 2004, lorsqu'il fut le dauphin de Steffen Wesemann, Leif Hoste doit se contenter de la deuxième place. Même en s'alliant avec son coéquipier George Hincapie, troisième, il n'aurait rien pu faire. Pas plus que le vétéran Peter Van Petegem, encore quatrième à 36 ans, ni Alessandro Ballan, la valeur montante italienne. Magistral champion, auteur d'un doublé majuscule dans une des courses les plus dures du circuit, Boonen écrit à chaque sortie un peu plus sa propre histoire. Plus personne ne le cherche désormais avec ces comparaisons pénibles pour lui. Il n'est ni le nouveau Museeuw ni le nouveau Merckx. Il est simplement Tom Boonen.
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