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Wouter Vandenhaute, l'homme des Flandres, ennemi de l'ennui

Vandenhaute, l'homme des Flandres, ennemi de l'ennui
Par AFP

Le 30/03/2018 à 12:32Mis à jour Le 30/03/2018 à 12:33

TOUR DES FLANDRES - Halte à l'ennui ! Sans cesse en quête de modernité, le patron du Tour des Flandres, Wouter Vandenhaute, a entrepris il y a près de dix ans, avec plus ou moins de bonheur, une vaste opération de dépoussiérage du cyclisme en Belgique.

Quant il rachète le "Ronde" en 2009, Wouter Vandenhaute, ancien journaliste et homme de télévision, devenu brillant homme d'affaires, juge que le potentiel "immense" du cyclisme est "mal exploité", voire "vieillot", martèle-il à l'époque. Des enquêtes publiées par des médias flamands montrent que les jeunes Belges se désintéressent du cyclisme et de ses courses jugées "ennuyeuses".

Le "Berlusconi flamand"

"On ne peut pas leur donner tort", confie alors Vandenhaute au quotidien La Dernière Heure. Volontiers provocateur, l'homme (58 ans) égratigne parfois le Tour de France qui, "sur le plan télévisuel, est un mélange entre une émission de tourisme et une épreuve sportive. Pas étonnant dès lors que les téléspectateurs soient d'un certain âge". Fort de ce constat (qu'il avait déjà posé avant 2006 en tant que journaliste sportif sur les chaînes flamandes), Vandenhaute décide de quitter le confort de son poste de commentateur pour "devenir acteur".

"Ce qu'un jeune veut, ce sont des caméras dans les voitures des directeurs sportifs, du bruit, des caméras sur les vélos ou connaître le wattage (puissance développée en watts), le rythme cardiaque et la vitesse de son coureur favori en direct". Ces idées ont aujourd'hui fait leur chemin mais le Belge regrette un déficit de globalisation. Affaires faites dans les médias (il est le patron du holding De Vijver Média, chapeaute des boîtes de production, est présent dans la presse écrite), celui qui est parfois qualifié de "Berlusconi flamand" rachète une à une les principales courses du nord du pays.

Polémique à Grammont

Le Circuit Het Nieuwsblad, À Travers la Flandre, Gand-Wevelgem, le GP de l'Escaut, la Flèche Brabançonne et, bien sûr, le Tour des Flandres, sont désormais regroupées sous la bannière "Flanders classics". Avec un mot d'ordre : "faire le spectacle". Jadis ennuyeuse et souvent réservée aux sprinters, la semi-classique A travers la Flandre est désormais une épreuve palpitante depuis un resserrage du parcours.

Philippe Gilbert passe la ligne du Tour des Flandres en soulevant son vélo

Vandenhaute, qui a fortement développé le système des "hopitality" (prestations payantes pour vivre la course d'une autre manière) et augmenté d'autant ses ressources, pousse sa logique révolutionnaire jusqu'à modifier le parcours du "Ronde" avec la volonté de concentrer les difficultés du final dans les Ardennes flamandes. Jadis jugée à Meerbeke, l'arrivée est déplacée 40 kilomètres plus à l'ouest, à Audenarde, avec pour conséquence la suppression du mythique Mur de Grammont, ancien juge de paix de la course. Mais on ne touche pas à un monument de la sorte: la levée de boucliers est rude. Personne n'imaginerait Milan-SanRemo sans le Poggio ou Paris-Roubaix sans Arenberg.

Pourtant, le Ronde restant excitant, le débat sera vite clos en Belgique. "Les gens n'aiment pas les changements et comme le "Ronde" ne s'essoufflait pas, il n'y avait pas de raison de changer. Mais je voulais faire des Ardennes flamandes le coeur de la course. Celle-ci est restée palpitante", estime celui qui déteste "les concepts figés". Paradoxalement, ce moderniste est aussi un grand nostalgique "du temps béni d'Eddy Merckx où tous les plus grands se mesuraient sur tous les terrains".

Pour lui, l'hyper-spécialisation nuit au vélo et fait fuir les jeunes téléspectateurs : "On a besoin de raconter une histoire cohérente du début à la fin de la saison. C'est comme cela dans d'autres sports, pas en cyclisme où il est difficile de s'identifier à des figures fortes." L'Italien Gianni Bugno est le dernier vainqueur du "Ronde" (en 1994) également vainqueur d'un grand tour (Giro-90). Vandenhaute appréciera donc cette saison la présence de Vincenzo Nibali au départ dimanche à Anvers. En espérant que d'autres stars de juillet les imitent à l'avenir.

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