Un Tour des Pyrénées à oublier pour Cordon-Ragot : "On s’est dit qu'on nous prenait pour des chèvres, des menteuses"

Eurosport sur Google

Une course à oublier, ni plus, ni moins. Ce week-end, les problèmes de sécurité ont été au cœur du peloton lors de la deuxième édition du Tour des Pyrénées féminin entraînant l'interruption définitive de la course dimanche. Quelques heures après l'annulation de la dernière étape, notre consultante Audrey Cordon-Ragot a accepté d'évoquer son expérience très contrastée de la course.

Pour se faire entendre, les cyclistes du Tour des Pyrénées féminin mettent pied à terre

Video credit: Eurosport

Les images ont secoué le monde de la petite reine. Pour sa deuxième édition, le Tour des Pyrénées féminin a fait couler beaucoup d'encre. Entre voitures à contresens, piétons sur la route et soucis avec les motos de sécurité en ouverture de la course, les deux premières étapes avaient fait grincer des dents. Les coureuses avaient d'ailleurs posé pied à terre à 52 kilomètres du terme du deuxième acte avant de reprendre au pied d'Hautacam. La troisième étape a, elle, été annulée.
Présente sur la course, la championne de France Audrey Cordon-Ragot (Human Powered Health) fut en première ligne du rififi qui a secoué le peloton. Quelques heures après l'événement, notre consultante s'est confiée sur les conditions de course et les sorties polémiques des organisateurs. Déçue, parfois à se demander "ce qu'elles foutaient là" comme elle nous l'explique, la Bretonne espère un sursaut et des changements à venir pour une course qu'elle apprécie.
Audrey Cordon-Ragot, c'était une course spéciale ce week-end. Quarante-huit heures après, quel est le sentiment qui règne ?
A. C. R : C’est de la déception et de la frustration. Il y a eu beaucoup de paroles dites par les organisateurs sur le coup de la colère et que je qualifierais d’inacceptables. Certes, je suis coureuse et j’ai vécu la première étape avec des yeux écarquillés en me disant 'qu’est-ce qu’on fout là’, mais je suis aussi proche des organisateurs. Ce sont deux anciennes coureuses qui en sont à l’origine. J’ai de l’affection pour elles donc ça m’embête de les voir un peu au fond du trou. Mentalement, ça a été dur, il y avait beaucoup de stress, de ‘blabla’.
Dès le premier jour déjà, on a vu des images où vous deviez slalomer entre les voitures, des piétons sur la route parfois…
A. C. R : C’était la première fois que je voyais ça sur une course. Il y a eu des courses comme le Tour de Toscane en 2012 ou 2013 où on s’était un peu rebellé. Ce week-end, on avait l’impression que personne n’était au courant qu’on allait passer, encore plus dans une ville comme Lourdes qui est très touristique. Beaucoup de gens ne connaissent pas le vélo et ne se rendent pas compte de la vitesse. J’ai eu peur.
Comment s'est déroulée la journée de samedi ?
A. C. R : Il y a eu beaucoup de choses de dites, mais la réalité est toute autre. On avait décidé avec l’organisation de neutraliser les vingt premiers kilomètres pour leur laisser le temps de se mettre en place, pour que ce soit mieux que la veille, prouver qu’ils avaient compris. C’était mieux, mais toujours pas assez. Les motos ne prenaient pas assez de champ pour arrêter les voitures à temps.
Il y a eu cette image avec la voiture qui remonte à contre-sens…
A. C. R : Une voiture au lieu de trois, ça suffit pour mettre un peloton en l'air ou tuer quelqu’un. C’est tolérance zéro. Ce sont des images qui ont a priori échappé aux organisateurs, notamment une où on voit des coureuses arrêter une voiture qui descend dans une bretelle d’accélération. Il y a eu une différence de vision de la course, ça a vexé beaucoup de filles. On s’est dit qu'on nous prenait pour des chèvres, des menteuses.
Il y a alors eu ce moment où on vous voit poser pied à terre à 52 kilomètres de l'arrivée…
A. C. R : Quand on est reparti après l'incident, tout le monde parlait pour savoir ce qu’il fallait faire et avec Ashleigh Moolman-Pasio, on s’est dit qu'on devait s'arrêter et décider de ce qu’on faisait.
Est-ce qu’il y a eu un consensus global ? Certaines voulaient continuer, d’autres arrêter…
A. C. R : Il y a eu un vote. Quatorze équipes ne voulaient pas repartir. Avec mon équipe, on souhaitait reprendre, on voulait laisser une chance à l’organisation de faire mieux. C’était une étape dans l’arrière-pays donc on s’attendait à moins de voiture. On a suivi la majorité, c’est ce qui a été fait.
Comment avez-vous accueilli la décision d'annuler l'ultime étape et de certaines équipes comme la Jumbo de se retirer ?
A. C. R : On n'a pas pris la décision. On a rapporté le vote au CPA (ndlr, le syndicat des coureurs) qui a fait le choix de se ranger de notre côté et d’envoyer un courrier à l’UCI. Le matin de la troisième étape, on ne savait pas comment ça allait se passer. Pour moi, il y avait un minimum de respect vis-à-vis des organisateurs de venir sur le parking de départ pour discuter du pourquoi du comment. Il y avait aussi les sponsors de la course avec qui il fallait échanger et surtout expliquer notre position. Ça m'a déchiré le cœur de voir les organisateurs aussi mal. On sait le travail et les sacrifices. On sait tous que c’est difficile d'organiser une course maintenant.
"Les filles ont des exigences qui ne sont pas en adéquation avec leur niveau. Elles s'imaginent qu'elles sont sur le Tour de France, et que toutes les routes doivent être fermées", "des caprices d'enfants gâtés". Ce sont les propos des organisateurs. Que vous inspirent les différentes sorties des directeurs de course ?
A. C. R : Ce sont des paroles de colère, regrettées aujourd’hui. Je leur en veux sans leur en vouloir. Ce sont clairement des paroles inadmissibles qui n’ont pas aidé à calmer les choses. Je peux comprendre la réaction à chaud. Si on leur pose la question aujourd’hui, ce ne serait pas le même discours.
La course plaît aux coureuses, beaucoup étaient déçues de la tournure des événements, vous avez d'ailleurs souligné que vous serez présente l'an prochain. Peut-on dire que c'est un premier avertissement ?
A. C. R : C’est aussi un avertissement pour d’autres organisations qui sont 'limite' et il y en a... Avant de penser à la médiatisation et tout le reste, on doit faire en sorte que la sécurité soit à 200 % OK, c’est la base. Il n’y a pas eu de drame, mais ça a existé. Il ne fallait pas pousser jusqu’à ce que la faute soit commise et qu’il y ait le fameux 'si on avait su'. C’est aussi pour ça qu’on a voulu arrêter : pour ne pas qu’il y ait cette phrase.
picture

Audrey Cordon-Ragot avec ses coéquipières du Team Human Powered Health sur Paris-Roubaix 2023

Crédit: Imago

Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité