C’est l’heure. Dimanche, Wout Van Aert et Mathieu van der Poel ont rendez-vous à Termonde. La 13e étape de la Coupe du monde de cyclo-cross devrait être le théâtre de leurs retrouvailles. D’un côté, un Van Aert qui broie la concurrence depuis sa reprise (trois victoires en trois courses). De l’autre, un Van der Poel qui va seulement renouer avec la compétition, après avoir repoussé d’une semaine son retour aux affaires, en raison d’une douleur à un genou. Steve Chainel est convaincu que le Néerlandais sera à la hauteur, pour ce premier duel de la saison.
"Van der Poel sera évidemment performant dès l’ouverture de sa saison, évidemment qu’il va jouer la victoire !", assure notre consultant. Selon lui, le vainqueur du Tour des Flandres 2020 sait ce qu’il fait : "Je suis persuadé qu’il cache son jeu avec son problème de genou. Je ne m’inquiète pas pour lui. On a vu l’année dernière, en fin de saison, lorsqu’il n’était pas sûr de prendre le départ de Paris-Roubaix. Tout le cinéma qui a été fait autour de ça… et il arrive pour la gagne (3e, NDLR)."
Le tracé proposé en Belgique ne convient, pourtant, pas spécialement à "MVDP" selon Chainel : "Lecircuit ne lui correspond pas du tout, par rapport à Van Aert." Mais cela a de quoi le rassurer sur l’état de forme du petit-fils de Raymond Poulidor : "Cela m’étonnerait qu’il vienne à Termonde dans l’idée de reprendre ‘malgré tout’ et de se prendre 3 minutes par Van Aert. Pour moi, il est prêt. Il aura le maillot de champion du monde sur les épaules. Je ne vois pas du tout comment il pourrait ne pas être compétitif. Impossible…"
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Une reprise stratosphérique : Van Aert a écrabouillé tout le monde dans la boue

La reprise de Van Aert ? "Cela ne m'impressionne pas du tout"

Compétitif, Van Aert l’est donc déjà assurément. Dans la boue à Boom le 4 décembre, sur la neige à Val di Sole huit jours plus tard, à Essen entre-temps : le champion de Belgique a roulé sur ses adversaires lors de chacune de ses trois sorties. "Cela ne m’impressionne pas du tout. Les trois courses que Van Aert a faites sont trois courses qui, sur le papier, lui correspondent à merveille, avec des circuits taillés pour lui et sa puissance", analyse Chainel, qui était au départ à Boom et a signé plusieurs places d’honneur en Coupe de France cette saison.
Ces succès ont été émaillés de quelques gadins. Alors, pas impressionnant, Van Aert ? Selon ses standards d’excellence, oui. Pour le reste du monde, en revanche… "Il a un tel niveau physique que s’il fait une ou deux erreurs ce n’est pas trop grave (en l’absence de Van der Poel, NDLR). Sachant qu’en plus, lui, les erreurs techniques, il va en faire moins que les autres parce qu’il est moins à fond", salue notre membre des "Rois de la Pédale".

Un gadin mais pas de bobo : Van Aert a dérapé pendant son cavalier seul

"Il y a cette forme de gestion..." mais plus pour longtemps

Un propos que le coureur français appuie par une analogie avec les sports mécaniques. "Il y a cette forme de gestion… C’est comme un pilote automobile qui n’est pas prêt physiquement, il ira plus facilement dans le décor, parce qu’il est à fond, cite-t-il en exemple. Van Aert a cette marge de sécurité physique. Il n’entame jamais un virage à 180 pulsations (par minute) de moyenne, il l’entame plutôt à 170. Il a cette lucidité qui fait qu’il partira moins à la faute."
Dimanche, "WVA" devrait enfin être poussé dans ses derniers retranchements. "Quand il va être en confrontation avec Van der Poel, on va voir", en salive Chainel, qui ne participera pas à la course. "Il va devoir s’employer un peu plus et on va voir s’il a perdu un peu de sa technique… Ce qui reste à mon sens le gros écart entre Van der Poel et lui. Van der Poel sait tout faire avec un vélo. Van Aert aussi… mais un cran en-dessous", ajoute le crossman de 38 ans, qui sera présent aux Championnats de France le 9 janvier à Liévin.

Même sur la neige, Van Aert est au-dessus du lot : son succès émaillé de chutes en vidéo

Le technicien Van der Poel, le puissant Van Aert

Chacun a son terrain de jeu favori. "Les parcours où il y a beaucoup de technique avec de la vitesse, c’est pour Van der Poel", résume Steve Chainel. "On voit aujourd’hui qu’il y a des cyclo-cross qui se courent à plus de 26 km/h de moyenne, avec quelques marches à pied mais surtout beaucoup de virages où il faut aller chercher l’extérieur, plonger à l’intérieur, faire un enchaînement, passer des planches etc. Cela privilégie clairement Van der Poel, qui est un vrai technicien, qui baigne dans les circuits depuis tout petit", détaille notre spécialiste.
En début d’année, "MVDP" avait brillé sur la plage d’Ostende, pour décrocher un quatrième titre mondial en cyclo-cross, contre trois pour Van Aert. "Van der Poel est un spécialiste du sable. On savait que le circuit était un peu plus taillé pour lui que pour Van Aert, lors des derniers Mondiaux, relate Chainel. En revanche, Van Aert a été champion du monde à Valkenburg (en 2018) avec plus de 2 minutes d’avance parce que c’était un circuit qui était extra-physique, avec des marches à pied assez incroyables."

Pour l'arc-en-ciel, Van der Poel a fini par écoeurer Wout van Aert : revivez leur mano a mano

"Van Aert est un peu plus un coureur à l’ancienne, considère-t-il. Il y a de moins en moins de cyclo-cross avec des dénivelés pas possibles et de la boue jusqu’au tibia". D’un côté le funambule, de l’autre la machine ? Impossible d’opposer diamétralement ces deux champions, mais là semble résider leur différence : "Sur un circuit très rapide, dit moderne (…) Van der Poel est un peu plus à l’aise que Van Aert. Quand c’est un circuit très boueux, très physique où il faut appuyer ‘bêtement’, avec les cuisses, c’est Van Aert qui sort du lot, ça se rapproche des efforts en contre-la-montre."
Ce que Van Aert a réalisé sur le Tour, je pense que Van der Poel est capable de le faire
Bon courage, maintenant, pour départager Mathieu van der Poel (26 ans) et Wout van Aert (27 ans), "deux phénomènes qui ont un grand respect l’un pour l’autre." Pour le plus grand bonheur de Steve Chainel : "C’est génial. Ils se connaissent depuis les années juniors. On a tendance à dire : ‘Là c’est plus la période Van Aert, là c’est plus la période Van der Poel’. Mais pour l’instant, c’est du 50-50, personne n’a pris l’ascendant."
Même définir le plus polyvalent des deux prodiges relève de la gageure : "Ce qu’a réalisé Van Aert cette année, c’est fou (trois étapes du Tour de France remportées dans trois registres différents, NDLR). Mais le VTT, c’est tellement technique. Je ne peux pas dire : 'Lui est vraiment beaucoup plus pluridisciplinaire que l’autre' (…) Si je devais trancher… Je dirais que Van der Poel a ce petit truc technique en plus."
Pour Chainel, le Néerlandais pourrait un jour devenir un routier aussi complet que son compère de joutes, qui aura plus de mal à étendre sa si large palette : "Ce que Van Aert a réalisé sur le Tour, je pense que Van der Poel est capable de le faire. En revanche, Van Aert qui gagne une Coupe du monde de VTT, j’en suis moins certain." En attendant, c’est dans la discipline qui cristallise leur rivalité depuis tant d’années que les deux hommes ont prévu de s’expliquer dimanche.

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