"Ne pas reproduire les mêmes erreurs" : Brillant chez les jeunes, le cyclo-cross français peut-il dominer à l'avenir ?

Eurosport sur Google

Le week-end dernier, lors des Mondiaux de cyclo-cross à Tabor, l'équipe de France a particulièrement brillé dans les catégories de jeunes avec notamment le titre chez les juniors féminines de Célia Gery (18 ans). Le sacre en relais a aussi montré la densité du collectif tricolore. Les Bleus peuvent-ils dominer chez les élites à l'avenir ? Tout ne dépend pas que de la discipline en elle-même.

Gery sur le toit du monde : revivez son sprint final pour le sacre

Video credit: Eurosport

Les futurs Mathieu van der Poel et Fem van Empel seront-il Français ? S'il est bien trop tôt pour l'affirmer, l'espoir est légitime après les résultats des championnats du monde de cyclo-cross à Tabor le week-end dernier. Car si la domination néerlandaise a donc été implacable dans les catégories élites hommes et femmes, les Bleus ont, eux, particulièrement brillé chez les jeunes. Célia Gery a été ainsi sacrée chez les juniors féminines après avoir remporté le classement général de la Coupe du monde et Aubin Sparfel a bien failli l'imiter au même âge (18 ans) chez les messieurs, avant d'être finalement frustré par une crevaison alors qu'il était en tête (4e à l'arrivée).
Ajoutez à cela un titre en relais mixte, certes en l'absence des Néerlandais, avec une moyenne d'âge sur 6 participants d'à peine 21 ans et un joli tir groupé chez les moins de 23 ans messieurs (Léo Bisiaux 4e et quatre Français dans le Top 10), et vous comprendrez que la densité de la jeune génération est particulièrement prometteuse. D'autant que ces Mondiaux ont été la grande confirmation de championnats d'Europe en novembre dernier, où la France avait déjà dominé le tableau des médailles, le relais étant déjà couronné, de même Gery et Sparfel.
picture

"Oh il a crevé !" Le moment où Sparfel a vu le titre puis la médaille s'envoler en Juniors

Video credit: Eurosport

Génération exceptionnelle certes, mais pas une garantie pour autant

"Les Hollandais sont aujourd'hui intouchables, ce qui est le fruit d'un travail des dix dernières années. Les résultats n'arrivent jamais par hasard. Dans mes ambitions pour l'équipe de France, il faut travailler pour que cette génération s'installe et perdure, nous confie François Trarieux, le sélectionneur national depuis 2017. Ce que je retiens, c'est qu'Aubin a su prendre le relais de Léo, ce qui n'était pas facile parce que Léo a tout gagné l'an dernier. Ce n'était jamais arrivé d'avoir deux champions d'Europe consécutifs chez les juniors, on a réussi à le faire. On n'avait jamais eu une championne du monde et d'Europe chez les juniors filles, on a réussi à le faire. On n'avait plus de coureurs médaillés européens chez les espoirs depuis Antoine Benoist, c'est chose faite."
Ce succès éclatant chez les jeunes est à la fois le fruit d'une génération d'exception et du travail fédéral. "Je voulais m'attaquer vraiment aux sujets de fond, c'est-à-dire à la pratique du cyclo-cross en France, au calendrier, au circuit de la Coupe de France… On a créé un trophée de France du jeune cyclo-cross. Après, il s'agit d'accompagner les équipes, les coureurs pour faire évoluer la discipline en France, la rendre plus professionnelle, structurer les choses sur l'aspect médical, de l'entraînement, les logiques de préparation et d'objectifs. Ceux qui m'ont précédé ont fait du très bon travail et j'y ai ajouté ma philosophie. Et c'est une histoire de cycles aussi bien entendu", nous confirme François Trarieux.
La route du succès chez les grands semble donc toute tracée pour cette génération dorée. Et pourtant, tout n'est pas aussi simple que cela. La France a effectivement connu d'autres cycles brillants il n'y a pas si longtemps. Clément Venturini, qui a terminé 16e de la course élite à Tabor dimanche, était ainsi sacré champion du monde juniors en 2011. L'année précédente, un certain Julian Alaphilippe allait chercher l'argent. Et pourtant, Dominique Arnould, sacré en 1993, reste le dernier Français à avoir porté le maillot arc-en-ciel dans la discipline chez les messieurs (Pauline Ferrand-Prévot l'a fait en 2015 chez les femmes). Comment cela est-il possible ?
picture

Cyclo Cross World Championships Tabor - Highlights

Video credit: Eurosport

Tout simplement parce que les pépites du cyclo-cross l'ont souvent délaissé pour la route. "Le travail de l'équipe de France, c'est une étape. Derrière, c'est le travail d'autres acteurs qui fera que les coureurs perdureront ou pas, explique le sélectionneur national. On sait très bien que les équipes professionnelles, en particulier françaises, ont été réfractaires pendant des années au cyclo-cross. J'espère qu'on ne reproduira pas les mêmes erreurs que par le passé. Aujourd'hui, il y a des agents qui sont des intermédiaires. Et quand ils présentent les contrats des équipes pros aux coureurs, est-ce que le cyclo-cross fait partie de leur imaginaire ? Tout le monde parle de Tour de France, mais est-ce qu'aujourd'hui une équipe a intérêt à faire signer un coureur pour qu'il devienne champion du monde de cyclo-cross ou pour qu'il devienne un équipier sur le World Tour ?"
Tout le travail de François Trarieux est d'expliquer sans relâche à ces acteurs incontournables du cyclisme professionnel pourquoi la pratique du cyclo-cross n'est pas incompatible avec la route. Les arguments sont d'ailleurs aussi simples que de bon sens. Alors que le World Tour est de plus en plus dense, qu'il est de plus en plus difficile d'y lever les bras en vainqueur, se construire une culture de la gagne et un statut de leader en cyclo-cross sont autant d'atouts pour entretenir un cercle vertueux. Même s'ils sont par définition exceptionnels, Mathieu van der Poel, Wout Van Aert et Tom Pidcock l'ont bien prouvé ces dernières années.
picture

Un problème mécanique nous a privés du duel Viezzi-Sparfel : le résumé de l'épreuve Juniors

Video credit: Eurosport

MVDP, Van Aert et Pidcock font changer les mentalités

Et ce n'est pas tout. "Le problème du World Tour, c'est que ça développe des qualités sur des filières qui 'dieselisent' les coureurs pour ainsi dire. Et qu'est-ce qui se passe quand on se 'dieselise' ? On n'est moins capable d'être performant sur les plus hautes intensités qui font la différence. On a beau reproduire des efforts à l'entraînement derrière un scooter, on a beau faire tous les tests en 5-10-20 minutes qu'on veut, ce qu'on ne remplacera jamais, c'est la compétition à haute intensité, encore plus sur un terrain escamoté, où il y a de la boue, où il faut être concentré, savoir jouer avec ses adversaires. C'est là où le cyclo-cross a toute sa place."
La discipline apparaît alors comme un moyen pour des coureurs professionnels de plus en plus robotisés de retrouver de la fraîcheur mentale, de la spontanéité. "Mon rêve un jour, c'est d'avoir une génération de coureurs chez les élites français qui écrase au niveau international en cyclo-cross, conclut le sélectionneur des Bleus. Je travaille pour ça et tout le staff de l'équipe de France également. Il y a des équipes professionnelles qui reviennent comme Arkéa B&B Hotels qui a recruté Clément Venturini, Rémi Lelandais. Il y a aussi Décathlon-AG2R qui a fait signer Léo Bisiaux aussi dans ce projet-là. Donc ça revient et ça investit. Et cet investissement doit se faire sur la durée avec cette ambition-là."
Rejoignez Plus de 2M d'utilisateurs sur l'app
Restez connecté aux dernières infos, résultats et suivez le sport en direct
Télécharger
Partager cet article
Publicité
Publicité