Mathieu Van der Poel… et après : “Le cyclo-cross survivra à Mathieu !”
Mis à jour 02/02/2026 à 16:06 GMT+1
Mathieu Van der Poel, avec Wout van Aert puis en soliste, a transformé le cyclo-cross et généré un engouement majeur pour la discipline. Après un huitième titre mondial, sa retraite est une perspective réelle. Mais, avec son héritage, le cross peut encore prospérer.
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Stop ou encore ? Après le huitième sacre historique de Mathieu Van der Poel, dimanche à Hulst, la question était attendue, autant que la démonstration de la star Oranje devant son public. La réponse ne nous a pas surpris non plus : "Je ne vais pas décider aujourd’hui mais plutôt savourer cette victoire." Le moment ne se prêtait pas aux adieux pour MVDP, qui a fêté son titre aux Pays-Bas avant de filer vers Livigno, en Italie. Mais, en public comme en privé, tout indique que le triple vainqueur de Paris-Roubaix et du Tour des Flandres se projette vers un retrait du cyclo-cross, au moins le temps d’une saison. L’icône interdisciplinaire va consacrer tous ses efforts à la construction de sa légende routière, après avoir imposé son panache irisé dans les sous-bois. Et le monde du cyclo-cross se prépare à exister sans son emblématique néerlandais.
"Bien sûr qu’il va me manquer !", sourit Sven Nys, témoin particulièrement privilégié : parmi les plus illustres prédécesseurs de Van der Poel (il détenait encore récemment le record du nombre de victoires en Coupe du monde, avant de voir MVDP le dépasser avec un 51e succès), le Belge est le père de Thibau Nys, médaillé de bronze à Hulst comme à Liévin l’an dernier, et le manager de l’équipe Baloise Verzekeringen-Het Poetsbureau Lions, où se côtoient stars d’aujourd’hui (Nys, Brand, Van Anrooij…) et de demain (Haverdings, Moors…). Également à la tête d’une académie pour jeunes cyclistes, il fêtera ses 50 ans dans quelques semaines et a consacré l’essentiel de sa vie à sa passion boueuse. Alors il peut l’affirmer sans douter : "Bien sûr, le cyclo-cross survivra à Mathieu !"
"La discipline a toujours été populaire pendant les 30, 40 dernières années", poursuit le maître belge. "On a toujours eu des batailles entre champions, et c’était Mathieu et Wout [van Aert] ces dix dernières années. Ce qui est spécial avec eux, c’est qu’ils ont également gagné de grandes classiques sur la route, et même aux Mondiaux. Donc ils ne sont pas seulement les meilleurs en cyclo-cross, ils sont aussi parmi les meilleurs cyclistes du peloton. C’est pour ça qu’ils ont attiré autant d’attention, au-delà des pays traditionnels du cyclo-cross. Mais je suis convaincu que des coureurs comme Thibau [Nys] et Tibor Del Grosso peuvent entretenir cette attention."
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Un héritage à entretenir
Pour François Trarieux, l’omnipotence de Van der Poel a été plus prégnante encore. "Mathieu, je l’ai vu quand j’ai commencé ma carrière de cadre technique", se souvient le jeune sélectionneur de l’équipe de France. "Il dominait les jeunes et on le voyait déjà tourner aussi vite que Sven Nys à Coxyde notamment. On savait que ça allait être le client. Et c’est grâce à lui qu’une nouvelle histoire s’est écrite." En dehors de la Belgique, où les indécrottables font partie de l’aristocratie cycliste de longue date, Van der Poel (bien aidé par Van Aert) a redonné ses lettres de noblesse au cyclo-cross à travers le monde et tout particulièrement en France.
Avec un seul podium pour Francis Mourey chez les hommes (2006) depuis le titre de Dominique Arnould (1992), le bilan sportif tricolore était assez maigre. Laurence Leboucher (2002, 2004), Maryline Salvetat (2007) et Pauline Ferrand-Prévot (2015) ont bien décroché l’arc-en-ciel chez les femmes, mais le cyclisme féminin n’avait pas encore connu l’explosion médiatique de ces dernières années. Alors l’attention s’était largement étiolée. La discipline s’enracinait dans le passé. En retour, "même dans les équipes professionnelles, le cyclo-cross était presque black-listé", regrette Trarieux. Jusqu’au coup de fouet apporté par le petit-fils de Raymond Poulidor et son grand rival, Wout van Aert.
La lignée de Van der Poel et les duels épiques MVDP - WVA n’ont pas suffi à briser le plafond de verre. Mais ils ont apporté les étincelles d’une passion nouvelle, embrasée par les exploits ensuite accomplis sur la route. "C’est à ce moment-là qu’on a dit : ‘Il vient du cyclo-cross, c’est peut-être bien pour faire de la route’", rappelle le sélectionneur français. "Mathieu, Wout et aussi Pidcock ont montré le chemin en gagnant en cyclo-cross et sur la route. Maintenant, il y aura cet héritage", assure celui qui se réjouit de voir l’Union cycliste internationale prendre en compte, à partir de 2027, les performances en cyclo-cross et dans les autres disciplines pour établir le classement des équipes sur route. "Tout n’est pas lié à Mathieu mais c’est une idole et un modèle."
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De nouvelles histoires, avec un horizon olympique ?
"Le risque, c’est d’avoir résumé la discipline à un duel, et ensuite le soufflet retombe", prévient Trarieux. "C’est là qu’il y a tout un travail pour faire connaître la discipline, faire en sorte que le public s’approprie le cyclo-cross au-delà de deux têtes d’affiche. Il y a d’autres histoires à raconter." Particulièrement en réussite ces dernières années dans les catégories de jeunes, le sélectionneur et le public français peuvent rêver de lendemains enchanteurs, notamment avec des talents versatiles comme Célia Gery ou Léo Biseaux. Le retour des Mondiaux en France l’an dernier (21 ans après l’édition de Pontchâteau) et les étapes de Coupe du monde à Troyes, Besançon ou Flamanville nourrissent l’intérêt renouvelé pour la discipline en attendant, peut-être, de voir le cyclo-cross s’inviter aux Jeux Olympiques d’hiver 2030, dans les Alpes françaises.
À l’étranger, qui peut reprendre le flambeau vanderpoelien ? "Mon fils !", sourit Sven Nys, tout en soulignant le talent "spécial" de Tibor Del Grosso. "Je pense que Thibau Nys a une aura à part", appuie Trarieux, qui anticipe "un renouvellement au plus haut niveau, avec des courses plus ouvertes", chez les hommes et chez les femmes. Les Néerlandaises continuent de dominer, avec des championnes hors-normes comme Lucinda Brand ou Puck Pieterse, mais les stars de demain pourront être française, britannique, slovaque…
Le cyclo-cross reste encore très européen, en dépit de quelques excursions américaines. L’Olympe ouvrirait de nouveaux horizons internationaux, et les exploits en mondovision de Van der Poel sont parmi les plus beaux arguments pour intégrer la discipline au programme dans quatre ans. Déjà, les spéculations vont bon train : et si le Hollandais volant tirait sa révérence à cette occasion, plutôt qu’à Hulst ?
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