"Pendant la Marseillaise, il chantait et il pleurait en même temps. C'était à mourir de rire. J'avais du mal à rester sérieux." Maxime Pauty chambre Julien Mertine. Et tout le monde rigole, la cible du chambrage n'étant pas le dernier. Il y avait de la joie dans cette équipe de fleuret dimanche à Chiba, après ce titre olympique conquis avec une aisance inattendue en finale contre la Russie (45-28).
Il y a eu de la joie après parce qu'il y en a eu avant et pendant ces Jeux. "On n'est pas forcément les quatre meilleurs en individuel, mais ce qui fait notre force c'est notre état d'esprit, notre cohésion, on vit ensemble, on s'entraîne ensemble, on mange ensemble, on part en compétition et en stage ensemble, résume Erwann Le Péchoux, l'un des quatre mousquetaires dorés du fleuret tricolore. La plupart du temps, on est entre nous, les autres équipes n'ont pas ça. Notre cohésion et notre union font que mentalement on est au-dessus des autres équipes."
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Le Péchoux : "Tellement fier de tirer avec ces mecs"

Erwann Le Péchoux. Il n'était pas le moins heureux ni le moins ému. A 39 ans, le Vauclusien va tirer sa révérence sur le plus parfait des scénarios. Lui dont le destin a souvent été contrarié dans les grands rendez-vous, surtout aux Jeux. En individuel, il rêvait d'or à Pékin en 2008. Battu par Salvatore Sanzo dans un quart de finale au couteau en forme de finale avant la lettre, il n'avait pas pu compenser par équipes. Le fleuret masculin n'était pas au programme en Chine. A l'époque, les Bleus étaient triples champions du monde en titre.
Puis il y eut Londres. L'année du fiasco. Comme cette année à Tokyo, les fleurettistes fermaient le ban. Ils avaient été sortis dès les quarts de finale, scellant l'historique zéro pointé de l'escrime tricolore. C'était le temps des dissensions dans un groupe pourri de l'intérieur. Le Péchoux, déjà associé à un tout jeune Enzo Lefort, avait eu des mots très durs envers un autre de ses coéquipiers : "Je n'ai même pas envie de parler de lui, ça arrive de passer à côté d'un match, mais quand ça arrive dans tous les matches importants, ça m'agace."
Tout cela est loin. Aujourd'hui, quand Erwann Le Péchoux parle de cette équipe, il n'a que du bien à en dire. "J'ai pris énormément de plaisir aujourd'hui, assure-t-il. C'était ma dernière compète avec mes potes et je voulais profiter de ces moments. On a passé énormément de temps ensemble et on a pris un plaisir fou. On s'amuse. Je suis tellement fier de tirer avec ces mecs. Je suis heureux. Ils m'ont fait un cadeau fantastique aujourd'hui. J'ai juste envie de leur dire merci."

Erwann Le Péchoux quitte la scène en beauté.

Crédit: Getty Images

Lefort : "Erwann m'a apporté énormément de stabilité"

Retenu uniquement pour la compétition par équipes, Erwann Le Péchoux n'est plus le leader technique de ce groupe. Ce rôle a échu à Enzo Lefort le champion du monde 2019, quart de finaliste en individuel à Tokyo. Mais le "vieux" gaucher tient toujours une place centrale. Hier comme aujourd'hui. "Quand je suis entré dans l'équipe, raconte Enzo Lefort, j'étais relativement jeune, j'avais dix-neuf ans et j'étais très fou fou. Je suis toujours un tireur instinctif mais avant je l'étais beaucoup plus. Et Erwann m'a apporté énormément de stabilité et de la sérénité de par son statut de finisseur."
Voilà pourquoi c'est lui, Le Péchoux, qui a tenu cette position délicate. "Quand il est en dernier relayeur, reprend Lefort, il est capable de faire n'importe quoi : soit de mettre les cinq touches, soit de remonter dix-quinze touches, il l'a déjà fait ! Je sais qu'il est capable du meilleur. Et du coup, moi ça me donne encore plus envie de le mettre dans les meilleures conditions possibles pour qu'il finisse". Mais Enzo Lefort est trop modeste. Monstrueux au cours de cette finale face aux Russes, qu'il a survolée de toute sa classe, il a lui aussi appris à transmettre. Quand Maxime Pauty parle de ses deux aînés, il les englobe dans une même louange :
"Ce n'est pas tant sur ce qu'ils (Erwann Le Pechoux et Enzo Lefort) nous apprennent, c'est la force qu'ils nous donnent. Moi je suis entré en équipe il y a trois-quatre ans et j'ai senti beaucoup de chaleur, de bienveillance, ce sont des gens qui croient, qui ont confiance dans les autres. Ils nous transmettent notre énergie et de ça que je leur serai redevable à vie. Car j'ai fait des choses que je ne me pensais pas capable de faire, grâce à leur force et leur bienveillance".

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Pas de cadeau

Cette victoire, c'est donc l'histoire d'un groupe qui vient bien et, à ce titre, illustre parfaitement l'état d'esprit global de toute la délégation française en escrime. Ces mêmes fleurettistes avaient bondi sur la piste pour partager avec Manon Brunet sa médaille de bronze au sabre, lundi. Pourtant, une poignée d'heures plus tôt, ils avaient tous fini déçu leur propre tournoi.
Lefort, Le Péchoux, Mertine et Pauty s'étaient promis d'aller au bout. Notamment pour les deux premiers, si frustrés d'avoir échoué en finale à Rio. Contre les Russes, déjà. "Il n'était pas question de ne pas entendre la Marseillaise, sourit Erwann Le Péchoux. On s'est beaucoup parlé en arrivant ici, on s'est dit les choses, 'qu'est-ce que j'attends de toi, qu'est-ce que toi tu dois faire'. Se connaître et se faire confiance, c'est ça qui fait la différence. L'état d'esprit qu'on avait aujourd'hui était incroyable : de confiance en l'autre, de se dire que si je prends des touches, le gars après moi va rattraper, j'ai une totale confiance en lui. Ça met de la pression, on a envie de bien faire pour ses potes, mais ça en enlève aussi".
Il s'est dégagé de cette équipe une forme de conviction permanente, jusqu'à cette finale. Le Péchoux, encore : "On se l'était dit avant la finale : si les Russes voulaient être champions olympiques, il allait falloir qu'ils soient très, très forts. Parce qu'il n'y aurait pas de cadeau." Le Cadeau, Dimanche, il était pour le petit barbu de 39 ans, à l'escrime parfois enchanteresse. Le long voyage d'Erwann Le Péchoux avec les Jeux, avec les Bleus, avec l'escrime, a pris fin dimanche. Parfois, les histoires d'amour ne finissent pas si mal.

Erwann Le Pechoux après la victoire de la France en finale du fleuret par équipes aux Jeux Olympiques, le 1er août 2021

Crédit: Getty Images

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