17 ans que la France attendait ça. Brice Guyart attendait un successeur depuis sa victoire à Athènes en 2004. Le sacre du fleurettiste du Vésinet était le dernier de l'escrime tricolore en individuel aux Jeux Olympiques. Jusqu'à ce dimanche. A Tokyo, on attendait surtout Yannick Borel. On espérait les filles au fleuret. On a vu surgir Romain Cannone. 24 ans. Invité de dernière minute. Un parcours atypique. Un sacre totalement inattendu, qui restera à jamais le tout premier de la délégation française au Japon.
Suivez les Jeux Olympiques de Tokyo en intégralité sur Eurosport !
Le contexte olympique débouche de temps à autre sur ce genre de destins en forme de conte de fées. Sa victoire, c'est celle de l'insouciance maîtrisée. Celle du type sur son nuage tout au long de la journée, mais qui a toute la lucidité requise pour ne pas en tomber avant d'être arrivé au paradis. Sportivement, son parcours ce dimanche parle pour lui, de sa victoire au premier tour face au Vénézuélien Francisco Limardo, champion olympique 2012, à son succès en finale contre le Hongrois Gergely Siklosi, champion du monde en titre et numéro un mondial.
Tokyo 2020
Lefort : "on était en mission"
03/08/2021 À 16:48

Cannone en or : la 15e touche du sacre et l'explosion de joie du clan français

Je n'ai pas de mots pour décrire ce que je ressens, mais je réalise pleinement que je suis champion olympique
Romain Cannone est un joueur. "L'escrime est un jeu d'échecs, mais c'est d'abord un jeu, dans lequel il faut prendre beaucoup de plaisir, a-t-il expliqué sur Eurosport après son titre. Dans l'équipe de France, je suis peut-être le plus 'joueur' de tous. Parfois, ça me dessert, et parfois c'est en ma faveur. Aujourd'hui (dimanche, NDLR), j'ai senti que beaucoup de gens étaient stressés."
Lui, pas du tout. Pourtant, il l'assure, il a bien conscience de ce qu'il vient d'accomplir. "Oui, oui, je réalise. Je n'ai pas de mots pour décrire ce que je ressens, mais je réalise pleinement que je suis champion olympique. Je sais ce que j'ai fait." Comme quoi, "Pano", s'il traîne sur son nuage, a aussi su garder la tête froide.
"Pano", en référence à Peter Pan, c'est le surnom dont on l'a affublé au sein du groupe France, pour son petit côté lunaire et naïf. Peter Pan, désormais, est champion olympique. A peine croyable pour ce garçon de 24 ans qui, dans sa carrière, n'avait atteint qu'une seule fois les quarts de finale dans une manche de Coupe du monde. A Tokyo, il n'aurait eu qu'un statut de remplaçant et ne serait jamais monté sur la piste sans le retrait forcé de Daniel Jérent, un des leaders du groupe, contrôlé positif quelques semaines avant les Jeux.

Les deux dernières touches et l'explosion de joie de Cannone, qui passe en finale de l'épée

Il faut jouer, il ne faut pas s'enfermer, il faut kiffer, il faut créer
Au-delà de ce coup du destin de dernière minute, tout son parcours semblait l'éloigner d'un tel triomphe sous le casque frappé du bleu, du blanc et du rouge. Après le Brésil, Romain Cannone a suivi ses parents aux Etats-Unis. A New York, ils ont ouvert plusieurs boutiques très prisées, les "Macaron Café". C'est là-bas qu'il a commencé l'escrime, à Manhattan, "dans un tout petit club, à 12 ans", précise-t-il. D'où son expression dans un anglais absolument parfait.
La France, il l'a retrouvée pour l'escrime, où, malgré son profil particulier, certains ont décidé de miser sur lui. Ils avaient vu juste. "Aujourd'hui, je suis heureux pour moi mais aussi pour tous ceux qui ont bien voulu croire en moi", reprend le nouveau champion olympique. "Aux Etats-Unis, on lui a appris à répéter des coups, nous on lui a appris à construire des touches", confiait à l'AFP Ronan Gustin, remplaçant durant ces J.O. Voilà sa grande force : avoir conservé son escrime très instinctive, tout en la structurant.
Dimanche, son style a emballé tout le monde. Vif, offensif, malin, audacieux, Peter Pan a été magique. "Je ne me suis pas posé de questions, j'ai vraiment kiffé la journée, reprend-il. Il faut jouer, il ne faut pas s'enfermer, il faut kiffer, il faut créer, plus on joue, plus on s'amuse, plus on prend du plaisir. Je me suis même fait plaisir toute la journée."

Romain Cannone

Crédit: Getty Images

29 ans après Srecki

Son émergence tardive doit aussi au fait que Cannone a décidé de mener de front l'entraînement au très haut niveau avec des hautes études dans le commerce international. Pas simple. Mais depuis deux saisons, il progressait.
Sans aller jusqu'à dire qu'ils avaient senti venir le scénario de ce dimanche, le staff et ses coéquipiers, qui le connaissent mieux que personne, ne sont pas totalement surpris de ce qu'il vient de réaliser. "On sentait qu'il avait ça sous le pied depuis le début de la préparation", a assuré Yannick Borel, leader très déçu de sa sortie prématurée, mais qui a sauté des gradins pour venir embrasser son jeune coéquipier après la finale.
Eric Srecki, aussi grand, imposant et sérieux que Romain Cannone apparaît léger avec un côté lutin sur la piste, était le dernier champion olympique français à l'épée. C'était à Barcelone, il y a près de trente ans. Il était temps que l'épée française renoue avec son passé. Il fallait bien un Peter Pan pour retrouver la magie d'antan.
Tokyo 2020
Lefort : "La force de cette équipe, c'est que chacun connaît son rôle"
03/08/2021 À 06:48
Tokyo 2020
Berder au JO Club : "On aurait pu aligner deux ou trois équipes de France de sabre"
02/08/2021 À 14:36