Invité samedi sur les ondes de RTL pour parler du Ballon d’Or, institution qu’il a présidée de 1995 à 2007 - en même temps qu’il dirigeait la rédaction de France Football -, Gérard Ernault, l’homme de la première ouverture de la récompense à tout footballeur portant les couleurs d’un club européen, s’est penché sur l’état de l’institution. Et, deux jours avant la révélation du lauréat 2021, a eu ces mots pour décrire l'évolution de la récompense.
“Le jury européen avait la culture du Ballon d’Or. L'extension du Ballon d’Or à un jury mondial, qui d’abord a été placé sous la tutelle de la FIFA et qui comportait des entraîneurs, des capitaines et des journalistes, allait complètement à l’envers de la culture du jury des journalistes. Je pense que ce nouveau jury, très large, aurait besoin d’un petit stage de formation pour revenir à la culture ancienne.”

Et de sept pour Messi : sera-t-il battu un jour (et par qui) ?

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On pourrait s’arrêter là. Parce qu’en trois phrases, Gérard Ernault a tout dit. Ou presque. Sans connaître l’identité du nouveau lauréat, le journaliste a mis le doigt sur la lente dérive de la récompense qui ressemble à s’y méprendre à l’élection du meilleur joueur du monde, plus qu’à celle du footballeur de l’année. C’est arrivé plusieurs fois lors de la décennie écoulée. Celle qui débute n’est pas née sous de meilleurs auspices.
Allons-y tout de go : Robert Lewandowski aurait largement mérité le Ballon d’Or 2021. Pour une raison simple : son niveau de performance de janvier au 24 octobre - date de clôture du scrutin - aura été tout bonnement éblouissant. On peut évidemment s’arrêter aux statistiques et ses buts marqués (personne ne fait mieux cette année), ce qui serait déjà un argument de poids et a suffi à d’autres pour décrocher un beau ballon doré, mais on peut aussi se dire qu’aucun footballeur n’a hissé ses standards autant que lui et tout au long de l’année. En tout cas, pas Lionel Messi.

Lewandowski pouvait-il vraiment gagner ?

Le fantastique footballeur qu’est l’Argentin, désormais sept fois Ballon d’Or, n’a pas fait une année immense. Impossible d’avancer le contraire, surtout si l’on se penche sur tout ce qu’il a accompli (ou pas) depuis le début de la saison en cours : 1 but en L1 et 3 en C1, ça fait léger. La Copa America remportée ? Elle compte parce que c’est Messi.
Depuis 1999 et le Ballon d’Or de Rivaldo, qui avait aussi remporté la compétition continentale sud-américaine avec le Brésil, on ne peut pas dire que le jury avait fait grand cas de ce qu’il se passait de l’autre côté de l’Atlantique durant l’été. Personne ne s’en souciait vraiment, pour ainsi dire. Cette fois, l’occasion a fait le larron.
Alors oui, Robert Lewandowski s’est fait sortir à l’Euro dès le premier tour avec la Pologne. Il n’a marqué “que” trois fois durant le Championnat d’Europe et a même quitté la Ligue des champions dès les quarts de finale, au terme de deux matches face au PSG qu’il n’a pu disputer puisque blessé. Pour autant, on en vient à se demander si, même allé plus loin, il aurait été mieux considéré par les votants.

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En 2019, ceux-ci avaient privé Virgil van Dijk du sacre pour sept petits points. Imaginez, un défenseur - poste que le Ballon d’Or n’aime guère - qui échoue à sept minuscules unités de Lionel Messi en ayant gagné la Ligue des Champions avec Liverpool et brillé individuellement. Le Néerlandais avait alors autant été battu par le génie argentin que la force de l’habitude des votants qui, lorsqu’on leur remet le bulletin de vote entre les mains, savent déjà deux des cinq noms qu’ils coucheront dessus.
En 2020, Robert Lewandowski, dont le club ne fait guère la publicité sur les réseaux sociaux - question de culture -, aurait pu/et dû décrocher un premier Ballon d’Or. Parce que le Polonais avait hissé le Bayern sur le toit de l’Europe et, déjà, tout cassé en terme de statistiques (ndlr : il a inscrit 41 buts en 2020/2021 en Bundesliga, record de Gerd Müller battu). Mais le Covid est passé par là et France Football, alors que les championnats majeurs du continent sont allés au bout, alors que l’Europe a couronné son roi, a décidé de mettre le Ballon d’Or entre parenthèses. Le Polonais aurait-il été sacré ? On l’espère, Messi aussi, d'ailleurs. Mais on ne jure plus de rien…
Une chose est certaine : Robert Lewandowski n’a pas gagné. Pas plus en 2021 où il a reçu un trophée créé pour l’occasion : celui du meilleur buteur de l’année. Pas sûr que ça fasse passer la pilule pour autant.

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