C’est le joueur dont la France doit se méfier. Celui dont le nom revient systématiquement dans les bouches tricolores au moment d’évoquer les atouts de l’Ukraine, adversaire des Bleus en barrage pour la Coupe du monde 2014. Les Français sont briefés sur le cas Yevhen Konoplyanka. Ceux qui évoluent outre-Manche étaient aux premières loges pour le voir foudroyer l’Angleterre à Wembley, en septembre 2012 (1-1). Une frappe en pleine lucarne après un enchaînement de dribbles dans le plus pur style du milieu offensif ukrainien de 24 ans, véritable accélérateur de particules doté d’une capacité d’élimination impressionnante. Son profil offre quelques similitudes avec celui de Franck Ribéry. Et si la France compte sur son Kaiser pour mener les Bleus au Brésil, l’Ukraine attend que Konoplyanka soit le messie qui guide la sélection au-delà de l’obstacle tricolore.
Chaque pays a son joueur un peu talentueux qui se retrouve comparé aux plus grands sans avoir prouvé grand-chose. Si son coéquipier en sélection Andreï Yarmolenko a rapidement été présenté comme le successeur d’Andreï Shevchenko, Konoplyanka a très vite été étiqueté comme "le nouveau Messi" en Ukraine. Parmi les caractéristiques qu’il partage éventuellement avec l’Argentin, il y a la précocité. Konoplyanka n’avait pas 18 ans quand il a débuté chez les professionnels avec le Dnipro Dnipropetrovsk, après avoir fait ses gammes à l’Olimpik Kirovohrad, le club amateur de sa ville natale. A l’époque, il aurait aussi pu opter pour le karaté. Alors qu’il était ceinture noire dans cette discipline, le jeune Ukrainien a décidé de se tourner définitivement vers une carrière professionnelle dans le football.
Juande Ramos : "Il vaut entre 50 et 60 millions"
Konoplyanka a mis deux ans et une grosse vingtaine d’apparitions pour faire son trou en équipe première. Il est devenu l’un des joueurs clés du Dnipro durant la deuxième moitié de la saison 2009/2010. Son premier but en pro, en février 2010 face Zorya Luhansk (2-2) a contribué à l’installer comme un titulaire indiscutable et le lancer vers une fin d’exercice éblouissante. Il a crevé l’écran au point d’obtenir ses premières sélections en équipe d’Ukraine en mai 2010 pour des matches amicaux face à la Lituanie (4-0) et à la Roumanie (3-2), au cours duquel il a inscrit son premier but sous le maillot national. Konoplyanka a poursuivi son irrésistible ascension l’année suivante. Et le Dynamo Kiev n’a pas résisté à la tentation de s’attacher le joueur le plus prometteur du pays. Mais le club de la capitale n’est pas parvenu à ses fins malgré une offre avoisinant les 15 millions d’euros en mars 2011. "Il en vaut entre 50 et 60", a répondu Juande Ramos.
L’entraîneur du Dnipro n’a pas eu à regretter de s’asseoir sur une somme déjà intéressante. Konoplyanka a signé une saison 2011/2012 brillante en guidant le Dnipro à la 4e place du championnat en inscrivant 8 buts, son record, en 28 matches, synonyme de qualification pour les barrages de Ligue Europa. Alors âgé de 21 ans, il était déjà présenté comme l’un des joueurs à suivre de l’Ukraine pour l’Euro 2012, que le pays organisait conjointement avec la Pologne. Konoplyanka a en partie répondu aux attentes en adressant une passe décisive sur corner à Andreï Shevchenko pour le but de la victoire dès le premier match face à la Suède (2-1). Les coups de pied arrêtés, c’est l’un des autres atouts de ce joueur que l’Europe a découvert au cours de cet Euro. Une arme d’autant plus redoutable que Konoplyanka, par son jeu tout en technique, en dribble et en vivacité, à une faculté importante à provoquer des fautes.

UKRAINE, KHARKIV : Ukraine's Yevhen Konoplyanka (L) fights for the ball with Mateusz Klich and Łukasz Szukała (L) of Poland during their Fifa 2014 World Cup qualifier football match in Kharkiv on October 11, 2013. AFP PHOTO/ SERGEI SUPINSKY

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Il sera suivi à Kiev
Il continue d’en développer d’autres. La pile électrique ukrainienne a appris à canaliser son énergie pour un rendement plus efficace dans le dernier geste. Sa saison 2012/2013 a symbolisé cette progression, à l’image de ce but venu d’ailleurs face à l’Angleterre. Konoplyanka a aussi guidé le Dnipro jusqu’aux seizièmes de finale de la Ligue Europa. Il a d’ailleurs figuré dans l’équipe-type de la phase de poules après avoir conduit son équipe à la première place d’un groupe où figuraient quand même Naples et le PSV Eindhoven. Ses performances lui ont permis d’être sacré footballeur de l’année 2012 en Ukraine, un titre qu’il avait déjà obtenu en 2010. Depuis, Konoplyanka a confirmé son ascension au plus haut niveau. Il abordera le match face à la France en pleine confiance après avoir enchaîné les buts récemment, en Ligue Europa comme en championnat avec un petit bijou contre le Metalurg Dontesk (1-1).
La France a tout à craindre de ce joueur qui animera le côté gauche ukrainien, comme Ribéry celui des Tricolores. Didier Deschamps ne s’y est pas trompé en soulignant deux individualités ukrainiennes, Konoplyanka et Yarmolenko, au sein d’une équipe d’abord réputé pour sa solidité collective et sa rigueur défensive. Capable de déborder comme de rentrer vers l’intérieur pour frapper, l’ailier du Dnipro est un cauchemar à marquer pour un défenseur. Il a surtout cette faculté à pouvoir faire la différence à chaque instant, sur une accélération, un dribble ou une frappe qui clouera au sol la défense adverse. Et outre la motivation d’une qualification pour la Coupe du monde, Konoplyanka a aussi celle de convaincre enfin les recruteurs que Dnipropetrovsk est devenu trop petit pour lui. Il se murmure que Chelsea, Manchester United, Tottenham, Dortmund et le PSG auraient envoyé des émissaires pour l’observer à Kiev vendredi. De quoi avoir encore plus envie de donner raison à Deschamps en faisant mal aux Bleus.