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Le Bayern doit-il encore compter sur Müller ?

Le Bayern doit-il encore compter sur Müller ?

Le 05/04/2019 à 12:38Mis à jour Le 05/04/2019 à 17:50

BUNDESLIGA - Eliminé de la Ligue des champions, qualifié dans la douleur pour la demi-finale de Coupe contre Heidenheim (D2) mercredi et seulement deuxième en championnat avant la réception de Dortmund samedi, le Bayern Munich vit une saison compliquée. Et son vice-capitaine est également loin de son meilleur niveau. Ca fait quelque temps que ça dure, d'ailleurs. Trop ?

On joue depuis un peu plus d'une heure à Gelsenkirchen quand Thomas Müller remplace Serge Gnabry. En ce lundi 19 novembre 2018, le champion du monde entre dans l'histoire : à seulement 29 ans, il honore sa centième sélection face aux Pays-Bas. Un joli moment que le score de 2-0 ne gâche pas. Sans enjeu pour l'Allemagne, cette dernière rencontre de la première phase de Ligue des nations se termine pourtant en queue de poisson. Coup sur coup, Quincy Promes et Virgil van Dijk trompent Manuel Neuer. Les Néerlandais continuent l'aventure, les Allemands prennent un nouveau coup sur la tête. "Nous aurions absolument dû inscrire le but du 3-0, peste Müller en zone mixte après la rencontre. Soudain, il y a 2-2, et l’arbitre siffle la fin. C’était comme dans un mauvais film."

Il ne le sait pas encore, mais ce sera bientôt au tour de son sélectionneur de siffler la fin. Le 5 mars dernier, Joachim Löw annonce qu'il ne compte plus sur trois joueurs, tous membres du Bayern Munich : Jérôme Boateng, Mats Hummels… et Thomas Müller. Trois tauliers de la sélection depuis près de dix ans, à la fois sur le terrain et dans le vestiaire, qui symbolisent désormais plus les galères rencontrées par la Nationalmannschaft lors du dernier Mondial que les succès d'antan. Mais trois joueurs encore relativement jeunes (30 ans pour les deux défenseurs), dont la régression tant discutée pourrait n'être qu'une simple mauvaise passe.

Position hybride

Pour Müller, le déclin se mesure d'abord dans les chiffres. Cinq fois buteur et trois fois passeur lors de ses deux premières participations à la Coupe du monde, il n'a été impliqué sur aucune réalisation l'été dernier. Et, depuis qu'il est devenu titulaire en 2009/10, jamais il n'avait affiché des statistiques aussi faibles, en championnat comme en coupe d'Europe : 6 buts et autant de passes décisives en Bundesliga jusqu'ici et une seule "assist" en Ligue des champions. Très loin de ses meilleures saisons, notamment celle à 20 buts en Bundesliga et 8 en C1 il y a trois ans, mais aussi d'autres joueurs qui évoluent dans la même zone. Dix ans plus jeune, Jadon Sancho, qui devrait occuper l'aile droite du Borussia Dortmund samedi, cumule par exemple 8 buts et 13 passes en championnat.

Thomas Müller, majoritairement aligné en tant qu'ailier droit par Robert Kovac, n'a cependant pas la même interprétation du poste que l'Anglais ou qu'Arjen Robben, longtemps indéboulonnable dans le couloir. Plutôt lent et dribbleur approximatif, l'Allemand n'est pas un joueur de percussion. Au lieu de coller la ligne de touche, il se positionne dans le demi-espace (la zone entre le défenseur central et le latéral adverse), un endroit plus dense où il est difficile de se mettre face au jeu. Pour son équipe, l'intérêt est double : obliger le latéral adverse à se recentrer, et donc libérer le couloir droit pour favoriser les montées de Joshua Kimmich, et offrir un soutien à Robert Lewandowski dans l'axe. Excellent centreur, le latéral droit du Bayern a déjà délivré 10 passes décisives. Malgré un inhabituel déchet à la finition, l'attaquant polonais a lui marqué 19 fois.

Ce rôle hybride, qui permet avant tout à ses partenaires de briller, n'est pas nouveau. Dès 2011, dans une interview au Süddeutsche Zeitung, Müller se qualifiait de "Raumdeuter", soit interprète de l'espace. Là où quasiment tous les joueurs offensifs pensent au ballon, lui fait de la géométrie. Chaque déplacement, même quand il semble totalement incohérent, sert en réalité à manipuler la structure du bloc adverse. Partout et nulle part, souvent hors du champ de la caméra, Müller travaille dans l'ombre. Le problème, c'est qu'il sait de moins en moins quoi faire une fois dans la lumière.

Thomas Müller (FC Bayern München)

Thomas Müller (FC Bayern München)Eurosport

La tête toujours, les pieds parfois

Car le Bavarois ressemble parfois plus à entraîneur venu participer aux exercices qu'à un joueur, quelqu'un capable de comprendre ce qu'il faut faire mais qui n'arrive pas à l'exécuter – et brille donc avant tout sans ballon. Encore aujourd'hui, dans une équipe remplie de stars, c'est lui qui dirige la manœuvre à distance. Là où Jorginho, relais de Maurizio Sarri à Chelsea, pointe du doigt les zones que ses partenaires doivent occuper pendant qu'il contrôle le cuir, Müller indique les circuits de passes et se charge d'occuper l'espace. Si les neuf autres joueurs de champ ont la qualité pour soigner la phase préparatoire, le terrain s'ouvrira une fois dans le camp adverse. Sinon, ils évolueront quasiment en infériorité numérique.

Samedi, dans le nul à Fribourg, le milieu offensif a joué un peu moins d'une heure. Côté pile : une passe volleyée au point de penalty que Lewandowski n'a pas cadrée et deux centres coupés devant la défense, l'un non-cadré et l'autre sur le gardien. Côté face : seulement 30 ballons touchés et 64% de passes réussies, 20% de moins que tous ses partenaires. Un match classique dans la vie de Thomas Müller, capable de créer des occasions à partir de rien et de vendanger des supériorités numériques.

La semaine précédente, dans la victoire 6-0 contre Mayence, on ne l'a vraiment vu que deux fois, pour une tête sur le gardien au point de penalty et une récupération au pressing permettant à James Rodriguez de marquer. Une journée plus tôt, dans un 6-0 infligé à Wolfsbourg cette fois, ce fut la totale. En vrac : une passe en profondeur pour Lewandowski non-convertie, des balles perdues en transition à cause de mauvaises conduites, une passe décisive pour Serge Gnabry avec un appel dans le dos de la défense suivi d'un centre en retrait, un but après s'être démarqué dans la surface… mais aussi une troisième réalisation vécue en position de défenseur après une permutation et une cinquième où, subitement positionné dans l'entrejeu, il coupe plusieurs contre-attaques adverses au début de l'action. Improbable mais payant.

Thomas Müller, FC Bayern München

Thomas Müller, FC Bayern MünchenGetty Images

Ajouter du déséquilibre ?

Ailier qui ne va sur l'aile que lorsque son équipe se replie, l'Allemand est un paradoxe vivant. Quelqu'un dont l'impact ne peut être quantifié par les statistiques (comment mesurer le fait de forcer un défenseur à le suivre sans toucher la balle?) mais qui, tout au long de sa carrière, a accumulé les buts et les passes décisives. Ce qui, maintenant que c'est de plus en plus rarement le cas, interroge sur la nécessité de l'aligner semaine après semaine. Encore plus dans ce Bayern qui, contrairement aux machines à étouffer l'adversaire concoctées par Jupp Heynckes et Pep Guardiola, a encore du mal à stabiliser ses phases de possession. Un domaine où Müller ne peut pas apporter grand-chose.

Lui le spécialiste des buts de raccroc, au style plus proche de Pippo Inzaghi que beaucoup de grands n°9 d'aujourd'hui, a besoin d'être dans un collectif fort pour briller mais ne produit pas assez pour être indiscutable. Et même son match face à Heidenheim mercredi, où il fut buteur grâce à un superbe déplacement puis passeur d'un centre au point de penalty, a rappelé qu'il n'était pas le Messie, même dans les bons jours : décisif quand son équipe a dominé, il a coulé avec elle dans les temps faibles, ces moments où l'adversaire court partout et où le ballon brûle les pieds.

Suspendu deux matches après avoir (involontairement) mis ses crampons dans la tête de Nicolas Tagliafico contre l'Ajax, il a suivi en spectateurs l'élimination de son club contre Liverpool en huitième de finale de Ligue des champions. Une double confrontation où son imprévisibilité a manqué, mais qui n'aurait a priori pas changé un rapport de force en faveur des Reds. Alors, faut-il recruter pour mieux contrôler ou se donner les moyens de gagner même sans maîtrise ? De Nicolas Pépé à Hakim Ziyech en passant par le prometteur Samuel Chukwueze, plusieurs ailiers droits percutants seront sur le marché cet été. Pas de quoi tourner définitivement la page Müller, sur la pente ascendante depuis plusieurs semaines et revanchard après son exclusion de la sélection. Mais, maintenant qu'il a retrouvé une forme d'équilibre, le Bayern pourrait bien se pencher sur des joueurs de déséquilibre…

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