Le paradoxe est flagrant. D'un côté, plus de 70 000 spectateurs à l'Allianz Arena, un stade plein pour la première fois depuis le vertige pandémique de 2020, une ambiance retrouvée, un flamboyant et émouvant tifo en l'honneur de l'inaccessible et éternelle légende bavaroise Gerd Müller dans le virage sud. De l'autre, une élimination pénible, dans les derniers instants du quart de finale retour de Ligue des champions, par le 7e de Liga, adversaire objectivement inférieur dans son effectif comme dans son potentiel. Un but encaissé au bout d'un contre parfaitement mené par Villarreal a suffi à causer la perte du Bayern dans cette campagne européenne.
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Tandis que dirigeants, directeur sportif et entraîneur faisaient la moue, les supporters prenaient le choc de la désillusion en pleine figure, désertant le stade au plus vite, constatant avec amertume le décalage entre leur soutien et l'attitude peu tranchante des joueurs sur le terrain. C'est la deuxième fois consécutive que le club du sud de l'Allemagne disparaît de la compétition continentale à ce stade, ce qui n'était plus arrivé depuis 2006-2007 respectivement sous Felix Magath et Ottmar Hitzfeld. La différence, au regard de ces trois précédents, tient au prestige de l'adversaire – le Paris Saint-Germain l'an dernier, le Real Madrid, Barcelone ou Liverpool par le passé ; un outsider cette fois. Les conséquences n'en seront que plus inexorables.
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13/06/2022 À 18:35
Depuis le crash, les analyses développées outre-Rhin sur ce thème brûlant sont d'autant plus sévères que, si l'on en croit leurs auteurs, un statu quo est inenvisageable si le Bayern entend, comme il le fait savoir régulièrement par la voix de sa direction, continuer à viser chaque saison le dernier carré de la Ligue des champions.

Manque de concurrence interne

Un Bayern en forme eut raisonnablement été en mesure de se qualifier face au 7e de Liga. Sauf qu'à l'aller comme au retour, les joueurs en-deçà de leurs capacités, présumées ou réelles, furent légion : Leroy Sané au premier chef, mais aussi des tauliers comme Thomas Müller, Joshua Kimmich ou Serge Gnabry. Un constat qui ne date pas d'hier. "Le Bayern, depuis des semaines, ne livre pas les prestations qu'on attend de lui", a tranché Lothar Matthäus mi-avril dans la presse spécialisée.
Parmi les éléments d'explication, le manque de profondeur du groupe professionnel : de fait, la plupart des titulaires du Bayern sont assurés de leur place au coup d'envoi, de Neuer à un bout de la chaîne à Lewandowski à l'autre, ce qui constitue un frein à l'émulation et témoigne d'un certain manque de concurrence. Dans l'analyse de l'entraîneur Nagelsmann, la mauvaise prestation du match aller – défaite 0-1 – constitue la clef de l'élimination.
Pourtant, remonter un retard d'un but chez soi en 90 minutes ne paraît pas insurmontable, en témoigne la démonstration de ses joueurs au retour, en huitième de finale, dans une configuration proche. Las, ces derniers ne se sont procurés, in fine, que quelques occasions, comptées sur les doigts d'une main, à peine. Le bilan 2022 en Ligue des champions est maigre : trois matches faiblards sur quatre, ou du moins trois matches largement en-deçà de l'étiage non seulement qu'on lui prête mais que le Bayern revendique lui-même.

"Nagelsmann est le principal responsable de l'élimination du Bayern"

Si le niveau de jeu est incertain en ce début de printemps, l'avenir de plusieurs des vedettes du club l'était plus encore au moment des quarts. Manuel Neuer, Thomas Müller, Robert Lewandowski et Serge Gnabry : voilà au moins quatre piliers de l'effectif professionnel qui n'avaient pas encore prolongé leur contrat mi-avril. Si la situation des deux premiers s'est éclaircie depuis – ils prolongent et continueront donc à exercer un puissant pouvoir d'identification – celle des deux autres fait beaucoup causer. Le Polonais avance en âge et le Bayern rechigne toujours à allonger les contrats de ses "vieux" trentenaires de plus d'une saison.
Le choix, pour le club, est cornélien : garder "Lewi" jusqu'en 2025 (il aura 36 ans) et risquer non seulement une baisse de compétitivité de son avant-centre au fil du temps mais aussi une transition brutale, sans parler d'assumer les 25 millions d'euros annuels qu'il pèse ; ou le laisser filer pour 50 ou 60 M€ et le remplacer par un attaquant de moindre niveau, plus jeune certes, forcément moins cher, mais avec une baisse de compétitivité immédiate.
Gnabry, quant à lui, n'a pas montré, ces dernières semaines, des prestations en adéquation avec ses prétentions salariales à la hausse, ni même exprimé un désir irrépressible de rester en Bavière. C'est que le Real a ses coordonnées, voyez-vous. Sauf que le Bayern, sauf rare exception, n'a jamais été un club vendeur. Peut-il, doit-il le devenir ? Dilemme, encore.

"Yes, he Kahn"

S'il a misé sur l'avenir en enrôlant Julian Nagelsmann pour cinq ans – un record –, ce Bayern doit accepter le fait qu'à 34 ans, l'ancien coach d'Hoffenheim ne peut, par définition, pas être omniscient : dynamique et affable, il n'a pas su pour autant trouver de clef pour percer ou contourner le casse-tête défensif et tactique proposé par Unai Emery, un homologue autrement plus expérimenté. En rompant, à la 88e minute du match retour, l'équilibre de sa défense – carrément convaincante jusque là – pour faire entrer Alphonso Davies, Nagelsmann a même sans doute précipité sa chute et ce contre létal synonyme d'élimination.
Ostensiblement corrigé en coupe d'Allemagne par Mönchengladbach (0-5), le Bayern devrait finir la saison avec le seul championnat comme trophée, insuffisant dans la balance au moment du bilan. Mais la chaîne des responsabilités remonte peut-être plus haut. Jusqu'à très récemment, les nouveaux présidents Herbert Hainer et Oliver Kahn ont conservé une grande retenue, ce dernier allant jusqu'à dire qu'une élimination en quart de finale n'allait pas engendrer un flot de larmes au Bayern. Qu'elle ne serait donc pas si douloureuse. Ce qui est fort discutable sur deux points : du côté de l'image, forcément un peu écornée, et des finances, forcément un peu réduites.

Oliver Kahn - FC Bayern Munich

Crédit: Getty Images

Faut-il alors revenir à la grande tradition bavaroise des grognards, incarnée pendant des décennies par Uli Hoeness et Karl-Heinz Rummenigge ? Si la nostalgie ne fait guère avancer, Oliver Kahn n'en a pas moins commencé à mettre formellement les pieds dans le plat, dans la foulée de l'élimination, changeant son planning initial pour se rendre, finalement, à Bielefeld avec son équipe le week-end qui a suivi, après s'être adressé directement à ses joueurs dans le vestiaire. Cette réaction du patron était guettée et attendue.
Mais la communication est une chose – et décharger Nagelsmann d'une partie du déminage médiatique, dont il s'est jusqu'ici beaucoup occupé, ne peut pas faire de mal –, les actes en sont une autre. En qualité comme en quantité, le personnel va vite poser question. Süle parti libre, Tolisso sur le point d'en faire autant, Sarr, Roca, Sabitzer ou Richards insuffisants pour les standards bavarois : déjà une demi-douzaine d'éléments à remplacer ou à exfiltrer. Pas forcément un mal pour Nagelsmann d'ailleurs, qui pourrait dès lors manoeuvrer vers un recrutement plus en adéquation avec le football de pressing et de mouvement qu'il prône.

Chaleur humaine évaporée

Mais indépendamment des recrues possibles – dont certaines, en provenance de l'Ajax, sont toutes proches, à savoir Gravenberch et Mazraoui, d'autres comme Adeyemi ou Schlotterbeck, courtisés par Dortmund, un peu plus lointaines – susceptibles de combler certaines insuffisances, un manque demeure : le paternalisme et la dimension humaine qu'incarnait au premier chef Uli Hoeness depuis un demi-siècle.
Bien qu'un Salihamidzic clame qu'on peut toujours venir prendre un café dans son bureau, ces attributs se sont évaporés, l'esprit de famille et de vivre ensemble avec eux, des gènes très bavarois qu'incarnait encore Hansi Flick il y a quelques mois ou Franck Ribéry un peu plus tôt. Et auxquels tiennent passionnément les supporters du Bayern les plus historiques. Faire évoluer son ADN n'a rien d'évident, surtout quand ses racines, au sein et en dehors du club, sont si profondes.
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