La scène a fait du bruit, dans tous les sens du terme. Robert Lewandowski, au téléphone, dans le saint du vestiaire du Bayern, en mai. Dans la conversation en polonais, tout le monde a identifié à plusieurs reprises un mot prononcé à voix haute : "FC Barcelona, FC Barcelona". Les 30 M€ annuels promis par le Barça résonnaient apparemment bruyamment sur la ligne. Problème : l'homme aux 238 buts en 252 matches de Bundesliga avec le Bayern est sous contrat. Et si ce détail n'a plus guère de signification dans le monde du football d'élite, un petit territoire résiste encore et toujours au tourbillon de l'absurde : la Bavière.
À l'unanimité, relayés par leur directeur sportif Hasan Salihamidzic, les présidents Herbert Hainer et Oliver Kahn l'ont dit : Lewandowski ira au bout de son engagement (juin 2023). Fin de la discussion, d'autant plus avec ce que le Barça propose comme miséreuse indemnité de transfert (32 M€). Mais, comme il l'a déjà fait par le passé, le quintuple meilleur buteur d'affilée de Bundesliga bougonne. Ce fut parfois en direction de ses coéquipiers, coupables à ses yeux de ne pas lui servir suffisamment de ballons, c'est cette fois en direction du club lui-même, ce qui revient au même. La "Ich-AG" (le règne du moi), durement critiquée en Allemagne, se remet à faire des siennes.
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Les 8 questions qu'on se pose avant la reprise
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Deux outrances pour le prix d'une

Dès janvier, le Polonais a laissé entendre que s'il ne recevait pas d'offre de prolongation de la part de son employeur avant la fin de l'hiver, il partirait. Le FC Barcelone s'était déjà positionné, alors. Lewandowski, dit-on, a pris ombrage, le 8 août 2021, des déclarations télévisées de son directeur sportif indiquant, pourtant légitimement, qu'il ne serait pas professionnel de ne pas regarder soigneusement en direction d'Erling Haaland étant donné le rendement du Norvégien avec Dortmund.
"Lewandowski est tellement déçu que sa relation avec le Bayern est bel et bien terminée", estime-t-on depuis dans l'entourage de l'avant-centre polonais. La compagne de ce dernier évoque même publiquement apprendre l'espagnol. Le club, lui, a formulé par la voix de son président Oliver Kahn et de Salihamidzic une offre "univoque" de prolongation jusqu'en 2024 à l'agent du joueur, Pini Zahavi. Il s'agissait de conserver les mêmes émoluments. Non négociable. L'Israélien, qui exigeait trois ans au-delà du contrat actuel, a refusé par principe.
Une saison seulement de plus, c'est pourtant la norme stricte et bien connue pour les trentenaires au Bayern, comme en témoignent les prolongations de Manuel Neuer et de Thomas Müller récemment ou celles de Franck Ribéry et Arjen Robben par le passé, tous largement aussi légendaires que le Polonais. "Pour Lewandowski, le FC Bayern, c'est désormais de l'histoire passée", a lâché le septuagénaire qualifié de "piranha" par Uli Hoeness. Et d'ajouter : "Ce n'est pas le joueur, qu'a perdu le Bayern, c'est l'homme." Deux outrances à la famille bavaroise pour le prix d'une. "Lewandowski a un agent qui lui monte la tête à longueur d'année", a rétorqué "Brazzo" dans une émission télé dominicale, thèse confirmée par d'autres sources proches du dossier. "Ce n'est tout simplement pas correct." Nul ne peut croire en effet que les déclarations de son agent n'ont pas été validées par le joueur.
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"Voilà la vérité"

Le 23 août 2020, sur la pelouse de Lisbonne et alors que le Bayern vient de décrocher sa sixième Ligue des champions, Lewandowski susurre à l'oreille de son président : "Maintenant, nous devons construire une ère !" Vœu évaporé en un an et demi et qui sonne, aujourd'hui, bien étrangement. Les dirigeants bavarois font mine de croire que l'ère en question peut durer un an encore, ne cachant pas leur mésestime, voire leur condescendance, envers un Barça qui contorsionnerait encore ses dettes pour financer la venue de l'international de bientôt 34 ans. Un Barça peu rancunier vis-à-vis d'un joueur qui a fait la cour au Real de manière insistante pendant des années, peu rancunier vis-à-vis de l'attitude infantile d'une vedette qui sèche une soirée "team building" en octobre 2021 par bouderie ou qui renonce de la même façon, au bout d'une heure, à la fête du titre de champion dans la nuit du 23 au 24 avril 2022. Puérilités magnifiquement résumées ainsi par son agent : "Depuis des mois, Robert ne se sent pas respecté par les dirigeants. Voilà la vérité."
La vérité, c'est que Lewandowski est le joueur le mieux payé de l'histoire du Bayern, qui a consenti pour lui les plus grands sacrifices. La vérité, c'est aussi cette déclaration du bonhomme en conférence de presse avec l'équipe nationale, à l'occasion de la Ligue des Nations, la semaine dernière : "Mon temps au FC Bayern se termine. Je ne peux pas m'imaginer une collaboration saine avec le club après ce qui s'est passé ces derniers mois." Des mots jugés "indignes" par Karl-Heinz Wild, le grand reporter du bi-hebdomadaire kicker, pourtant d'une neutralité sourcilleuse, qui ajoute : "Il trouble ainsi son image rayonnante."
La vérité, c'est un Lewandowski qui, alors qu'il voulait rejoindre le Bayern en 2013, avait obtenu de Dortmund une rallonge de salaire de 5 M€ annuelle et 30 000 € d'argent de poche par but ou passe décisive – 930 000 € à l'arrivée. "L'escalade que l'on est en train de vivre, ça suffit", enjoint notre confrère.
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"Manque de reconnaissance"

Le Bayern a connu, dans son histoire, quelques-uns des plus grands attaquants du monde du football. Le regretté Gerd Müller, Ballon d'or 1970, champion d'Europe 1972, champion du monde 1974, élevé en Allemagne au rang exclusif de "Bomber der Nation", est évidemment le plus illustre d'entre eux. Il n'est pas le seul pour autant, au sein d'une liste qui comprendra sans doute Uli Hoeness ou Karl-Heinz Rummenigge, probablement moins Ruggerio Rizzitelli. Et Robert Lewandowski ? Depuis 2021, au moins, le Saint-Suaire du Polonais, maculé dès le départ, est tâché de manière indélébile, sans bien sûr qu'il ait nécessairement tous les torts.
Outre Lewandowski, Niklas Süle et Serge Gnabry ont eux aussi parlé récemment de manque de reconnaissance de la part de leur club. Le premier est parti libre vers Dortmund, le second renâcle à prolonger et pourrait suivre le même chemin dans un an si rien ne bouge. "Même sans le meilleur joueur FIFA de l'année, la vie continuera", avance Karl-Heinz Wild, qui en a vu d'autres. Peut-être même que le jeune entraîneur du Bayern, Julian Nagelsmann, gagnerait en liberté avec le départ de son avant-centre. Mais c'est un autre sujet…
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