Allemagne - Union Berlin, le leadership par le travail

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BUNDESLIGA - Le Bayern Munich ? Non. Le Borussia Dortmund ? Non plus. Durant cette première partie de saison, le patron du championnat allemand s'appelle Union Berlin. Ancré dans une profonde tradition de galérien, drapé dans cette image de modestie qu'il cultive consciencieusement, le club de l'Est de la capitale allemande continue de surprendre.

Les joueurs de l'Union Berlin en communion avec leur public après une victoire face à Wolfsburg, le 18 septembre 2022 en Bundesliga

Crédit: Getty Images

"Ils exploitent tout leur potentiel. Le Bayern, non." Avec son sens travaillé de la formule, l'influent journaliste suisse Marcel Reif résumait mi-septembre le classement de la Bundesliga : Union Berlin est en tête parce qu'il donne tout ; le Bayern englué à la cinquième place parce qu'il n'y parvient pas. Notre confrère n'est pas le seul à exprimer des idées bien arrêtées sur l'inédit leader du championnat d'Allemagne : tout le monde, ces dernières semaines, y va de son opinion. Et notamment Michael Ballack, qui s'y connaît en matière de sensation, lui qui est devenu champion avec Kaiserslautern en 1998 comme... promu !
"Fondamentalement, il serait présomptueux de parler ouvertement de titre", avance l'ancien milieu international dans les colonnes de Sport Bild. "Surtout avec un adversaire aussi fort que le Bayern en face de vous, qui domine la Bundesliga depuis des années. Mais on peut rêver ! Pourquoi pas ? En football, tout est possible : le passé l'a montré. Je l'ai vécu avec Kaiserslautern. Il y a aussi l'exemple de Leicester, surprise totale en 2016 pour le titre en Premier League. Vous pouvez connaître un rush qui vous porte toute la saison. C'est ce qu'il s'est passé pour nous comme pour Leicester."

Beaucoup de fautes, peu de sanctions

Sur quoi fonder l'espoir d'une telle sensation ? "Le style de jeu", avance d'abord Ballack. "J'aime leur façon de pratiquer le football. C'est un bon mélange de jeu et d'engagement physique. En outre, l'équipe montre une belle mentalité. Les supporters s'identifient à son style. C'est très important. Le règne du tiki taka ne peut pas être absolu."
Ici, c'est même le contraire. Union est l'équipe qui commet le plus de fautes en Bundesliga, et de manière réfléchie, au milieu du terrain, pour briser l'élan adverse. De quoi passer en dessous des radars : les Berlinois sont la formation la moins sanctionnée en cartons jaunes ! Plus surprenant encore : avec 15 buts marqués, c'est aussi la 2e meilleure attaque de l'élite allemande derrière le Bayern !
De quoi récolter rien moins que les éloges d'un certain Uli Hoeness, dès le mois d'août : "Une franche réussite. Un club très sympathique. Ça me plaît. Ils font un super boulot !" À tel point que même à l'Ouest de la ville, dans les cours de récréation, les maillots aux couleurs d'Union fleurissent sur les épaules des enfants...
Union bâtit d'abord ce succès sur la forteresse que constitue son stade. An der Alten Försterei, l'atmosphère est unique et porte les joueurs. Le club n'y a perdu que 2 de ses 37 derniers matches de Bundesliga, pour 21 victoires et 14 nuls. Mais ce n'est pas tout : il vient de remporter 5 de ses 6 dernières rencontres de championnat à l'extérieur, avec un nul pour compléter le tableau et enregistrer une série record dans son histoire. C'est que les hommes d'Urs Fischer concèdent très peu d'occasions, offrent très peu d'espace – la distance moyenne entre les défenseurs est la plus faible de Bundesliga – et aucun répit à leurs opposants.
"Nous sommes un bloc très, très solidaire. Personne ne se prend pour quelqu'un d'autre", explique Rani Khedira. Son capitaine Christopher Trimmel enchérit : "Nous sommes capables de très bien défendre. On a ça en nous." La défense très appliquée des Köpenicker, digne d'une toile d'araignée – la patte tactique de l'entraîneur, qui organise sa formation en un 3-1-4-2 très compact – est effectivement la meilleure des dix-huit équipes de Bundesliga, avec seulement 4 buts encaissés et le même nombre de grosses occasions concédées par match.
Logiquement, on retrouve aussi Union en tête du classement des kilomètres parcourus par équipe par match (seule formation à plus de 117). Chacun rattrapant avec assiduité l'éventuelle erreur d'un coéquipier...
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Video credit: Eurosport

Les Berlinois assoient aussi leur réussite sur la continuité à tous les étages, avec l'une des équipes à la moyenne d'âge la plus élevée de l'élite allemande depuis l'accession, en 2019. "Sur les 3-4 dernières saisons, selon leurs moyens, ils ont réalisé de très belles choses", constate Ballack. "En progressant systématiquement. Ça décuple les forces, surtout quand vous pointez en haut du classement."
17 points sur 21 possibles, 14 matches sans défaite d'affilée en championnat – mieux que toute autre formation –, seule équipe invaincue, la première place pour la première fois de l'histoire... Et des revers en coupe d'Europe qui ne les déstabilisent en rien. "Le championnat, c'est le cœur de nos efforts", décrypte le capitaine. "C'est sur cela que l'on se concentre. Bien sûr que nous voulons aussi prendre des points à l'international, mais ça ne nous déviera pas de notre objectif principal." À savoir la barre des 40 points aussi vite que possible. Façon Guy Roux.

Recrutement organisé en profondeur

Les décideurs ont évidemment, eux aussi, leur part dans ces succès. Le patron, Oliver Ruhnert, jeune quinquagénaire, par ailleurs arbitre au niveau amateur, mais surtout l'entraîneur Urs Fischer, recruté par le premier en 2018 et qui n'a cessé de conduire le club vers le haut, de la 2e division aux joutes européennes, sans traverser la moindre crise.
"Avec lui, Union dispose d'un entraîneur au top", assure Ballack. "Il est posé, dans le concret – je suis sûr qu'il peut aussi élever la voix quand c'est nécessaire. Dans sa façon de diriger, je dirais qu'il est plutôt classique, avec un excellent contenu. À moyen et à long terme, c'est ce qui mène au succès. Fischer va comme un gant à ce club, dont les structures, par ailleurs, sont solides."
Ayant eu le légendaire Otto Rehhagel comme coach en 1998, Ballack sait de quoi il parle dans ce domaine. Mais comme pour Rehhagel, Fischer a connu le succès ailleurs, remportant à deux reprises le titre en Suisse avec le FC Bâle mais aussi, voire surtout, menant le FC Thoune à une sensationnelle 4e place.
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Le défenseur Diogo Leite, l'une des révélations d'Union Berlin

Crédit: Getty Images

Au sein de ces structures, chacun connaît parfaitement son rôle, communique avec fluidité et sans inertie, ce qui permet un recrutement organisé, efficace, intelligent et inspiré. À Berlin, les recrues, parfois en échec ailleurs – tel le patron de la défense Robin Knoche –, s'intègrent à une vitesse étonnante, livrant ainsi rapidement des prestations à la hauteur, compensant avec bonheur les inévitables départs des meilleurs – Awoniyi, Prömel, Kruse, Friedrich ou Andrich, dernièrement.
C'est que la cellule de recrutement est pleinement intégrée à la direction sportive, avec laquelle elle échange chaque mois, se réunissant elle-même chaque semaine sur de possibles candidats, actualisant sa liste en permanence pour parer sans délai à toute éventualité. Les résultats sont bluffants. Un exemple ? Le défenseur prêté par Porto Diogo Leite, 23 ans. "Ici, j'ai l'opportunité de faire mes preuves dans un championnat de pointe ainsi qu'en Ligue Europa et de continuer ma progression", avance le bonhomme avec assurance.

Siebatcheu et Becker, complémentarité congénitale

Le prêt du jeune Lusitanien comportant une option d'achat, Union peut le conserver s'il continue à s'imposer. Son sérieux et la qualité de son pied gauche devraient l'y aider. Le discours simple et clair de l'entraîneur aussi. Le Suisse réclame une implication totale et les rôles, avec lui, sont clairement identifiés, tels ceux de Siebatcheu et de Becker en attaque, parfaitement complémentaires et ainsi immédiatement décisifs.
Le premier cité était déjà pisté par le club plus d'un an avant le départ d'Awoniyi... Tous les acteurs du jeu profitent de cette atmosphère d'implication et de confiance, à l'image du jeune Lennart Grill, 23 ans, prêté par le Bayer, qui a bluffé son monde en remplaçant mi-septembre face à Cologne l'habituel titulaire Frederik Rönnow, blessé, dans les buts. Résultat : quelques frayeurs en début de match, une prestation convaincante et une clean sheet à l'arrivée...
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Bien peu probable, à Berlin, que quiconque prenne la grosse tête. Les revers européens – deux défaites en deux matches, jusqu'ici – servent d'antidote, s'il en était besoin. Le maintien, même si on l'évoque avec moins d'insistance, reste la priorité. Les supporters n'en apprécient pas moins le moment, eux qui ont fêté le nul contre le Bayern (1-1), début septembre, comme s'ils avaient gagné le titre. Ils sont conscients que leurs favoris présentent toutes les qualités pour déranger les gros, à l'image de ce nul ou de la victoire des Berlinois contre Leipzig (2-1).
Des points "pas immérités", selon la litote d'un Urs Fischer drapé de sa légendaire prudence et toujours prêt à traquer les imperfections. Le tout en alignant des anti-stars comme Andras Schäfer ou Kevin Behrens, capables de compenser au pied levé, contre le Bayern, les habituels titulaires, à peine plus connus.
"Nous sommes très humbles, nous savons d'où nous venons", rappelait cette semaine le défenseur Niko Giesselmann. "Nous sommes toujours Union, sommes engagés dans trois compétitions et devons ne nous fixer que des objectifs réalistes. C'est ce que nous avons fait ces dernières années, et je trouve que ça nous réussit très bien." Et de rappeler, inlassablement et à l'unisson, l'essentiel : "La discipline et le travail, c'est la clef. Cette discipline de fer, c'est ce qui nous caractérise, et c'est pour cela que nous fonctionnons si bien."
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