Eurosport
Chute Bordeaux - Un crève-coeur pour les anciens joueurs (Giresse, Tholot, Faubert, Celades, Bugnet)
Par
Publié 31/07/2024 à 09:36 GMT+2
Alors que les Girondins ont été placés en redressement judiciaire par le tribunal de commerce mardi et qu'ils devraient repartir au mieux en N1, les ex-joueurs de Bordeaux ressentent aujourd'hui "de la colère et du dégoût" au regard de la situation actuelle. Pour Alain Giresse, Didier Tholot, Julien Faubert, Albert Celades et Hervé Bugnet, interrogés par Eurosport, ce déclassement ne passe pas.
La situation actuelle des Girondins de Bordeaux affecte ses anciens joueurs (Montage Marko Popovic).
Crédit: Marko Popovic
Deux ans après la relégation en Ligue 2, la chute des Girondins de Bordeaux se poursuit. Malgré une douzième place acquise sur le terrain la saison passée, le champion de France 2009, qui a abandonné son statut professionnel la semaine passée, jouera au mieux en National la saison prochaine. Après le passage devant le tribunal de commerce mardi, qui a décidé d'un redressement judiciaire au lieu d'une liquidation, le club, dont la dette totale est estimée à environ 90 millions d'euros selon L'Equipe, va de nouveau passer devant la DNCG jeudi. Il saura donc dans quelle division il évoluera lors de l'exercice 2024-25.
Chez les anciens joueurs, toutes générations confondues, "un sentiment de colère et de dégoût" prédomine. Double champion de France (1984 et 1985), vainqueur de la Coupe de France 1986 et demi-finaliste de la C1 1985, Alain Giresse, légende bordelaise, a "du mal à imaginer que c'est la réalité". "C'est très triste d'en arriver là. Cela démontre que le club était en sursis, nous confie l'ex-milieu de terrain. Quand on est un club comme Bordeaux, et par rapport à ce qu'il a été, ce n'est pas prévu d'en arriver là. La chute est vertigineuse. Bien évidemment que ça me fait mal au cœur. Ce club, c'était un patrimoine mais aussi une fierté. Maintenant, c'est dur d'en arriver à ces extrémités."
Avant d'imaginer un come-back au plus haut niveau comme Strasbourg (ndlr : le Racing avait déposé le bilan en 2011 puis avait été relégué en N3. En 2017, il faisait son retour en L1), Alain Giresse estime qu'il y a "beaucoup de choses à remettre en ordre avant d'en arriver là". "Actuellement, ce n'est pas le cas, enchaîne l'ancien international français. Ce qui a été fait depuis quelques jours est pour permettre à ces dirigeants de continuer au mépris du club et de tout ce qu'il est. On vire les salariés, les joueurs, sans parler du centre de formation. Comment peut-on dire 'ça va aller mieux' et être crédible quand on a amené les Girondins de Bordeaux où ils sont actuellement ? Pour moi, cela a du mal à passer."
Passé par les Girondins entre 1995 et 1997, Didier Tholot, premier buteur lors du mythique Bordeaux-AC Milan 1996 (3-0, quart de finale retour de C3), ressent "beaucoup de tristesse" au regard de la situation du club. "Beaucoup d'erreurs ont été faites. Pour moi, on a voulu se couper du passé et aujourd'hui on voit ce que ça donne. Bordeaux en N1, c'est inimaginable. Ce club avait une âme, des valeurs. Il y faisait bon vivre. Tout ce qui avait été construit a été galvaudé en quelques années, nous indique l'actuel entraîneur de Sion. Aujourd'hui, j'ai une pensée pour toutes ces personnes qui vivaient autour de ce club et pour ce club."
Hervé Bugnet, passé quatorze ans chez les Girondins et dont "le sang bleu et blanc" coule dans les veines, a été bercé dans l'ambiance du Parc Lescure. Aujourd'hui, le déclassement du club ne passe pas. "A cause de plusieurs personnes dont une en particulier, qui pensent plus à leurs intérêts personnels qu'à ceux du club, plein de salariés vont se retrouver démunis", lâche-t-il avec émotion avant de rappeler pourquoi Bordeaux était une institution du football français.
"A mon époque, j'ai côtoyé des très, très grands joueurs comme Pedro Miguel Pauleta, Christophe Dugarry, Lilian Laslandes, Johan Micoud ou Sylvain Wiltord. Quand je suis arrivé au sein du groupe pro, la marche était très, très haute, note Hervé Bugnet (18 matches avec Bordeaux avant divers prêts en L2). Pour signer aux Girondins, il fallait un CV de malade et travailler dur pour espérer s'entraîner avec tous ces joueurs et grappiller quelques minutes avec l'équipe pro. Aujourd'hui, ce n'est plus ça."
Passé par le Barça et le Real Madrid, Albert Celades avait effectué une pige d'une saison chez les Girondins en 2003-04. L'ancien milieu international espagnol conserve de très bons souvenirs de son passage et la récente actualité bordelaise l'a également affecté. "Je ressens de la colère, nous confie-t-il. J'ai encore des amis à Bordeaux et depuis longtemps ils me parlaient de la mauvaise gestion des dirigeants et des difficultés financières du club. Au regard de son histoire et de sa grandeur, je pensais qu'une solution aurait pu être trouvée."
Julien Faubert a connu deux époques aux Girondins en tant que joueur : au milieu des années 2000 (2004-2007) et une quasi-décennie plus tard (2013-15). Désormais entraîneur à Fréjus Saint-Raphaël, l'ex-international français a du mal à accepter la situation actuelle de son ancien club. "Pour moi, c'est inimaginable ce qu'on vit. On a du mal à réaliser. On parle d'un club qui est dans le top 5 français. Je suis en colère envers ces gens qui ont saccagé ce club avec cette renommée et son histoire. On dit toujours que les joueurs ont une responsabilité. Mais quand le travail est fait sur le terrain, on attend que ce soit aussi le cas dans les bureaux", a regretté l'ex-ailier.
Pour lui, "la décadence des Girondins a commencé quand Jean-Louis Triaud est parti (en 2017)". "Tout doucement, on a vu le club changer mais pas dans le bon sens. Après, Bordeaux ne peut pas mourir et il reviendra à un moment donné. Mais il faut faire table rase, tout nettoyer, tout restructurer et tout assainir pour prétendre à ce que notre club vive de nouveau des heures glorieuses", a-t-il conclu.
Sur le même sujet
Publicité
Publicité